Walden ou la Vie dans les bois, l'expérience de Henry David Thoreau

Walden (1854) n'est pas un roman mais le récit des deux ans, deux mois et deux jours que Henry David Thoreau passa seul dans une cabane qu'il avait construite au bord de l'étang de Walden, près de Concord (Massachusetts), de 1845 à 1847. Essai sur la simplicité volontaire et la nature, c'est l'un des textes fondateurs de la pensée écologique et de la désobéissance civile.

Mis à jour le

Fiche du livre

Auteur
Henry David Thoreau (1817-1862), né et mort à Concord (Massachusetts)
Parution
Walden; or, Life in the Woods, Ticknor and Fields, Boston, 9 août 1854, tiré à 2 000 exemplaires
Traductions françaises
Louis Fabulet, Walden ou la Vie dans les bois (Éditions de la NRF, 1922) ; Brice Matthieussent, Walden (Le Mot et le Reste, 2010)
Cadre
La rive nord de l'étang de Walden, à deux kilomètres et demi du centre de Concord, de juillet 1845 à septembre 1847
Genre
Récit autobiographique et essai philosophique, en 18 chapitres

De quoi parle Walden (résumé sans entrer dans le détail)

Le 4 juillet 1845, jour de la fête nationale, Thoreau, 27 ans, diplômé de Harvard sans profession fixe, s'installe dans une cabane d'environ 3 mètres sur 4,5 qu'il a bâtie lui-même sur un terrain appartenant à son ami Ralph Waldo Emerson. Il y cultive des haricots, lit, écrit, observe la faune et l'étang, reçoit des visites et se rend presque chaque jour au village. Il ne vit donc pas en ermite, mais tente une expérience : réduire ses besoins au strict nécessaire pour disposer de son temps.

Le livre condense les deux années en une seule, de l'été au printemps suivant. Il en explique les raisons dans une phrase devenue célèbre : « I went to the woods because I wished to live deliberately, to front only the essential facts of life. » Il alterne comptes précis, descriptions naturalistes, satire de la société et méditations.

Résumé détaillé, chapitre par chapitre. Walden n'a pas d'intrigue à dévoiler ; cette partie en parcourt le contenu dans l'ordre.

Résumé détaillé

  • « Économie », le plus long chapitre : critique des voisins qui « mènent une vie de tranquille désespoir » pour payer fermes et maisons ; comptes de la cabane, qui lui a coûté 28,12 dollars et demi, et de ses dépenses de nourriture.
  • « Où je vivais et pourquoi je vivais » et « Lecture » : le choix du lieu et l'éloge des classiques, lus dans le texte grec.
  • « Bruits » et « Solitude » : le sifflet du train de Fitchburg qui longe l'étang, les chouettes, la pluie ; Thoreau affirme ne s'être jamais senti seul.
  • « Visiteurs », « Le champ de haricots », « Le village » : ses hôtes, son champ de deux acres et demi, son arrestation pour refus de payer l'impôt.
  • « Les étangs », « La ferme Baker », « Lois supérieures », « Voisins inférieurs » : la pureté de Walden, la pauvreté d'un journalier irlandais, le végétarisme, une guerre de fourmis.
  • Chapitres d'hiver : la cabane enfin isolée, les anciens habitants des bois, dont d'anciens esclaves, la mesure de la profondeur de l'étang, que l'on disait sans fond (environ 31 mètres), et la récolte de la glace.
  • « Printemps » et « Conclusion » : la débâcle de l'étang comme renaissance, puis l'invitation à chacun de suivre son propre chemin. Thoreau quitte Walden le 6 septembre 1847, expliquant qu'il avait d'autres vies à vivre.

Les figures du livre

  • Le narrateur : Thoreau lui-même, arpenteur, crayonnier dans l'entreprise familiale, naturaliste et polémiste.
  • Le bûcheron canadien : Alek Therien, Canadien français qui coupe du bois près de l'étang, homme simple et joyeux que Thoreau compare à un héros d'Homère.
  • John Field : immigré irlandais pauvre que Thoreau tente, en vain, de convertir à sa sobriété.
  • Le poète et le philosophe : ses amis Ellery Channing et Amos Bronson Alcott, visiteurs d'hiver.
  • Les animaux : le plongeon huard avec lequel il joue sur l'étang, les écureuils, la souris qui mange dans sa main.

Thèmes

La simplicité volontaire : le coût réel d'une chose est la quantité de vie qu'il faut échanger contre elle. La nature comme source de sens : héritier du transcendantalisme d'Emerson, Thoreau voit dans l'étang un miroir de l'âme. L'individu contre la société : chacun doit marcher au son de son propre tambour. La critique du progrès : le chemin de fer et le télégraphe accélèrent tout sans dire ce qu'on a à se communiquer.

Le contexte historique américain

Concord, dans le Massachusetts, est un haut lieu de la guerre d'indépendance et, au XIXe siècle, le foyer du transcendantalisme autour d'Emerson et de Nathaniel Hawthorne. La Nouvelle-Angleterre s'industrialise : la voie ferrée Boston-Fitchburg passe au bord de l'étang dès 1844, et les ouvriers du négociant Frederic Tudor y découpent la glace en hiver pour l'expédier jusqu'en Inde. Les ouvriers irlandais qui ont posé les rails vivent dans des cabanes semblables à la sienne.

En juillet 1846, Thoreau passe une nuit en prison pour avoir refusé de payer un impôt depuis plusieurs années, en protestation contre l'esclavage et la guerre contre le Mexique, liée à l'expansion vers l'Ouest (voir la conquête de l'Ouest). Il en tire la conférence publiée en 1849 sous le titre Resistance to Civil Government, connue ensuite comme La Désobéissance civile. Sa cabane accueille au moins un esclave fugitif en route vers le Canada, et il prononce en juillet 1854, un mois avant la parution de Walden, un discours enflammé, Slavery in Massachusetts, contre la remise à son maître d'Anthony Burns, esclave fugitif arrêté à Boston en vertu de la loi sur les esclaves fugitifs.

Réception et influence

Le livre se vend lentement : il faut cinq ans pour écouler le premier tirage, et Thoreau meurt de la tuberculose en 1862, peu connu hors de son cercle. Sa réputation grandit à la fin du XIXe siècle. La Désobéissance civile inspire Tolstoï, Gandhi, qui la lit en Afrique du Sud, et Martin Luther King, qui la découvre étudiant et l'applique dans le mouvement des droits civiques. Walden devient un texte fondateur de la protection de la nature, lu par John Muir et par les promoteurs des parcs nationaux, puis par la contre-culture des années 1960 et le mouvement de la décroissance. L'étang et ses bois sont protégés dans la Walden Pond State Reservation, où une réplique de la cabane a été construite.

Les adaptations et prolongements

Faute d'intrigue, Walden n'a pas connu d'adaptation au cinéma au sens classique. Il a inspiré le roman utopique du psychologue B. F. Skinner, Walden Two (1948), le journal filmé de Jonas Mekas intitulé Walden (1969), et un jeu vidéo, Walden, a game (2017), conçu à l'université de Californie du Sud, qui fait revivre l'expérience au joueur. L'histoire de Christopher McCandless, racontée par Jon Krakauer dans Into the Wild (1996) puis portée à l'écran par Sean Penn (2007), montre l'empreinte de Thoreau sur les candidats au retour à la nature.

Pourquoi le lire

Pour les questions qu'il pose sur le travail, la consommation et le temps, et pour une langue riche en formules frappantes. Il éclaire aussi l'origine des parcs nationaux et de la sensibilité écologique américaine.

Questions fréquentes

Thoreau vivait-il vraiment isolé ?

Non : l'étang est à moins d'une heure à pied du village, où il allait souvent dîner chez sa famille ou chez Emerson. Il le dit lui-même ; l'expérience portait sur la simplicité, pas sur la coupure du monde.

Combien de temps est-il resté à Walden ?

Deux ans, deux mois et deux jours, du 4 juillet 1845 au 6 septembre 1847. Le livre ramène ce séjour à une année.

Peut-on visiter l'étang de Walden ?

Oui : il se trouve à Concord, à environ 30 kilomètres au nord-ouest de Boston. On peut voir l'emplacement de la cabane, marqué par des bornes et un cairn, et une réplique près du parking.

Faut-il lire Walden ou La Désobéissance civile ?

Les deux sont souvent publiés ensemble. La Désobéissance civile est un court essai politique ; Walden un livre plus long et contemplatif, qui se lit volontiers par chapitres.

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Sources