Des souris et des hommes, le rêve brisé de deux ouvriers agricoles

Des souris et des hommes (Of Mice and Men, 1937) de John Steinbeck raconte l'amitié de George, petit homme vif, et Lennie, colosse à l'esprit d'enfant, deux journaliers itinérants de la Californie de la Grande Dépression qui rêvent d'avoir un jour leur propre ferme. Court roman d'une centaine de pages, il est l'un des textes les plus étudiés au lycée, aux États-Unis comme en France.

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Fiche du roman

Auteur
John Steinbeck (1902-1968), né à Salinas (Californie), prix Nobel de littérature 1962
Parution
Of Mice and Men, Covici-Friede, New York, février 1937
Traduction française
Maurice-Edgar Coindreau (Gallimard, 1939), préface de Joseph Kessel
Cadre
Un ranch de la vallée de la Salinas, près de Soledad (Californie), pendant la Grande Dépression ; l'action dure quatre jours
Forme
Six chapitres conçus comme des scènes de théâtre, d'où une adaptation à Broadway dès novembre 1937

Résumé sans spoiler

Un soir, au bord d'une rivière près de Soledad, George Milton et Lennie Small campent avant de se présenter le lendemain dans un ranch où ils ont été embauchés. Lennie, d'une force colossale, adore caresser les choses douces, souris, chiots, tissus, et ne mesure pas sa force ; George, qui veille sur lui depuis la mort de sa tante, s'en plaint autant qu'il y tient. Ils ont dû fuir leur précédent emploi à Weed, à cause d'un malentendu provoqué par Lennie.

Tous deux partagent un rêve que Lennie se fait raconter comme une histoire du soir : économiser pour acheter quelques arpents, vivre « de la graisse de la terre » et élever des lapins, dont Lennie aurait la charge. Au ranch, ils rencontrent les autres travailleurs, le fils du patron, Curley, petit homme agressif, et sa jeune épouse, qui s'ennuie et cherche la compagnie des hommes.

Attention : la suite révèle toute l'intrigue, y compris la fin.

Résumé complet

Curley provoque Lennie, qui lui broie la main ; le chef d'équipe Slim impose le silence sur l'incident. Le vieux Candy, homme à tout faire manchot, assiste à l'exécution de son chien trop vieux par Carlson, un ouvrier, et offre ses économies pour participer à l'achat de la ferme : pour la première fois, le rêve devient réalisable. Un soir, Lennie entre dans la chambre de Crooks, le palefrenier noir relégué dans l'écurie, qui se laisse un instant gagner par l'espoir avant de se raviser.

Le dimanche, dans la grange, Lennie tue par maladresse le chiot que Slim lui a donné. La femme de Curley vient lui parler de ses rêves déçus de cinéma, puis lui fait toucher ses cheveux ; prise de peur quand il les serre, elle crie, et Lennie, en voulant la faire taire, lui brise la nuque. Il s'enfuit au bord de la rivière, comme George le lui avait appris. Curley lance une chasse à l'homme pour le lyncher. George retrouve Lennie le premier et, en lui décrivant une dernière fois la ferme et les lapins, l'abat d'une balle dans la nuque avec le pistolet de Carlson. Seul Slim comprend son geste.

Les personnages principaux

  • George Milton : petit, méfiant, intelligent ; il sacrifie sa liberté à son ami.
  • Lennie Small : géant doux à l'esprit d'enfant, dont le nom (« petit ») est une ironie.
  • Candy : vieil ouvrier usé, qui sait qu'on le jettera comme son chien.
  • Curley et sa femme : le fils du patron, jaloux et violent, et son épouse, la seule à n'avoir pas de prénom.
  • Crooks : palefrenier noir au dos tordu, isolé par la ségrégation.
  • Slim : conducteur de mules respecté, figure de sagesse.

Thèmes

La solitude : tous les personnages du ranch sont seuls, sauf George et Lennie, ce qui intrigue et dérange. Le rêve américain : la petite ferme, symbole d'indépendance, reste hors d'atteinte pour ceux qui n'ont que leurs bras. Les faibles : vieux, handicapés, Noir, femme, chacun est exclu à sa manière. La fatalité : le titre reprend un vers du poète écossais Robert Burns sur les plans des souris et des hommes qui tournent souvent mal ; le chien de Candy annonce la fin de Lennie.

Le contexte historique américain

Pendant la Grande Dépression, l'agriculture industrielle de la Californie repose sur une main-d'œuvre itinérante, les « bindlestiffs », qui vont de ranch en ranch avec leur baluchon pour un mois de moisson, logés dans des baraquements et payés à la journée. Steinbeck, né à Salinas, avait travaillé dans les ranchs de la vallée et dans une raffinerie de sucre de betterave de la société Spreckels ; il y avait connu un ouvrier semblable à Lennie. La vallée de la Salinas, entre la chaîne de Gabilan et la côte, est le décor de plusieurs de ses livres ; elle s'ouvre sur la baie de Monterey, où se déroule Rue de la Sardine. La situation de Crooks rappelle que la ségrégation n'était pas propre au Sud (voir les droits civiques). Pour les mesures fédérales de l'époque, voir le New Deal.

Réception et influence

Le livre, sélectionné par le Book-of-the-Month Club, est un succès immédiat et fait de Steinbeck un auteur reconnu, deux ans avant Les Raisins de la colère. La pièce qu'il en tire avec George S. Kaufman reçoit en 1938 le prix du Cercle des critiques dramatiques de New York. Le roman figure parmi les livres les plus souvent contestés dans les écoles américaines, pour son langage, sa violence et ses termes racistes. En 2004, la Cour d'appel criminelle du Texas a pris Lennie comme repère dans une décision sur la peine de mort appliquée aux personnes déficientes intellectuelles ; lors d'une exécution fondée sur cette jurisprudence, en 2012, le fils de l'écrivain a protesté publiquement. En France, le livre est très lu en classe, en version originale comme en traduction.

Les adaptations

AnnéeRéalisationGeorge / Lennie
1937Pièce à Broadway, mise en scène de George S. KaufmanWallace Ford / Broderick Crawford
1939Film de Lewis MilestoneBurgess Meredith / Lon Chaney Jr.
1981Téléfilm de Reza BadiyiRobert Blake / Randy Quaid
1992Film de Gary SiniseGary Sinise / John Malkovich
2014Reprise à BroadwayJames Franco / Chris O'Dowd

Le film de 1939, nommé à quatre Oscars dont celui du meilleur film, doit sa musique à Aaron Copland. Celui de 1992, tourné dans la vallée de la Santa Ynez, est le plus fidèle au texte.

Pourquoi le lire

Pour sa brièveté et sa construction dramatique implacable : une centaine de pages suffisent à Steinbeck pour peindre la solitude des travailleurs de la Dépression. Son anglais simple en fait aussi un bon premier livre en version originale.

Questions fréquentes

D'où vient le titre ?

Du poème To a Mouse (1785) de Robert Burns, dont un vers dit que les plans les mieux conçus des souris et des hommes tournent souvent de travers. Steinbeck pensait d'abord intituler le livre Something That Happened.

Pourquoi George tue-t-il Lennie ?

Pour lui épargner le lynchage promis par Curley ou l'asile, et lui offrir une mort sans peur, en pensant à leur ferme. Le geste répond à celui de Carlson tuant le chien de Candy, qui regrettait de ne pas l'avoir fait lui-même.

L'histoire est-elle vraie ?

Elle s'inspire de ce que Steinbeck a vu dans les ranchs de la vallée de la Salinas ; il a dit avoir connu un ouvrier qui avait tué un homme dans un accès de colère. Les personnages sont fictifs.

Combien de temps faut-il pour le lire ?

Environ deux à trois heures : c'est un court roman d'une centaine de pages en édition de poche.

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Sources