La Case de l'oncle Tom, le roman qui ébranla l'Amérique esclavagiste
La Case de l'oncle Tom (Uncle Tom's Cabin, 1852) d'Harriet Beecher Stowe suit deux destins d'esclaves du Kentucky : Tom, vendu vers le Sud profond, et Eliza, qui s'enfuit avec son fils vers le Canada. Roman le plus vendu du XIXe siècle aux États-Unis après la Bible, il a mobilisé l'opinion du Nord contre l'esclavage à la veille de la guerre de Sécession.
Fiche du roman
- Autrice
- Harriet Beecher Stowe (1811-1896), née à Litchfield (Connecticut)
- Parution
- En feuilleton dans l'hebdomadaire abolitionniste The National Era (juin 1851 – avril 1852) ; en volume chez John P. Jewett, Boston, le 20 mars 1852
- Titre original
- Uncle Tom's Cabin; or, Life Among the Lowly
- Traductions françaises
- Une dizaine de traductions concurrentes dès 1852-1853, dont celles de Louis Enault et de Louise Swanton-Belloc ; le titre La Case de l'oncle Tom s'impose aussitôt
- Cadre
- Kentucky, Ohio, La Nouvelle-Orléans, une plantation de la Red River (Louisiane), vers 1850
Résumé sans spoiler
Arthur Shelby, planteur du Kentucky réputé humain mais criblé de dettes, se résout à vendre deux de ses esclaves au marchand Haley : Tom, un homme d'âge mûr, pieux et respecté, qui vit avec sa famille dans une case de la propriété, et le petit Harry, fils d'Eliza, la femme de chambre de Mme Shelby. Eliza surprend la conversation et s'enfuit la nuit même avec son enfant. Tom, lui, accepte son sort pour ne pas compromettre les siens.
Le roman suit alors deux trajectoires opposées : vers le nord et la liberté pour Eliza, que rejoint son mari George Harris, esclave évadé d'une autre plantation ; vers le sud et le cœur du système esclavagiste pour Tom, vendu de maître en maître le long du Mississippi.
Attention : la suite révèle toute l'intrigue, y compris la fin.
Résumé complet
Poursuivie, Eliza franchit l'Ohio en sautant d'un bloc de glace à l'autre, son fils dans les bras : c'est la scène la plus célèbre du livre. Elle est cachée par un sénateur de l'Ohio qui vient pourtant de voter une loi interdisant d'aider les fugitifs, puis par des quakers. Avec George, elle échappe aux chasseurs d'esclaves et gagne le Canada. Sur le bateau qui descend le fleuve, Tom sauve de la noyade la petite Eva St. Clare, dont le père, Augustine, l'achète. À La Nouvelle-Orléans, Tom vit quelques années paisibles. Eva, enfant angélique, meurt de maladie après avoir obtenu de son père qu'il affranchisse Tom ; St. Clare est tué dans une rixe avant d'avoir signé les papiers.
Sa veuve vend Tom aux enchères à Simon Legree, planteur brutal de la Red River. Tom refuse de fouetter d'autres esclaves, puis de révéler la cachette de Cassy et Emmeline, deux femmes qui se sont enfuies. Legree le fait battre à mort par ses contremaîtres. George Shelby, le fils de son premier maître, arrive pour le racheter, mais trop tard. De retour au Kentucky, il affranchit tous ses esclaves. Cassy découvre qu'Eliza est sa fille perdue ; la famille Harris part pour la France, puis pour le Liberia.
Les personnages principaux
- L'oncle Tom : chrétien fervent, qui préfère mourir plutôt que trahir, figure de martyr.
- Eliza et George Harris : couple d'esclaves qui conquièrent leur liberté ; George revendique ouvertement ses droits.
- Eva et Augustine St. Clare : l'enfant sainte et le maître lucide mais passif.
- Miss Ophelia et Topsy : la cousine du Vermont, abolitionniste qui répugne au contact des Noirs, et la petite esclave qu'elle doit éduquer.
- Simon Legree : planteur sadique, originaire du Vermont, preuve que le mal n'est pas seulement sudiste.
Thèmes
L'esclavage détruit les familles : Stowe s'adresse aux mères du Nord en montrant des enfants arrachés à leurs parents. Le christianisme : la foi de Tom condamne une institution défendue par les Églises du Sud. La complicité du Nord : le roman met en cause les citoyens qui appliquent ou tolèrent la loi sur les fugitifs. Les limites : la bonté de Tom, sa soumission et l'émigration finale des Harris en Afrique reflètent aussi les préjugés de l'époque.
Le contexte historique américain
Le roman répond directement au Compromis de 1850 et à sa loi sur les esclaves fugitifs, qui oblige les citoyens des États libres à prêter leur concours à la capture des évadés. Stowe a vécu dix-huit ans à Cincinnati, dans l'Ohio, face au Kentucky esclavagiste : elle y a vu des fugitifs et visité une plantation. Elle a puisé dans les récits d'anciens esclaves, dont celui de Josiah Henson, et dans les témoignages du réseau du chemin de fer clandestin, dont Harriet Tubman fut une figure. Elle écrit le livre à Brunswick, dans le Maine. Le « commerce vers le Sud », vers La Nouvelle-Orléans et les plantations de coton et de canne de la Louisiane, était la crainte majeure des esclaves du Haut-Sud. Voir l'histoire de l'esclavage.
Réception et influence
Environ 300 000 exemplaires sont vendus aux États-Unis la première année, et bien davantage au Royaume-Uni. Le Sud répond par une vague de romans « anti-Tom » décrivant des esclaves heureux, et Stowe publie en 1853 une Clé de la Case de l'oncle Tom pour documenter ses sources. Selon une anecdote familiale invérifiable, Abraham Lincoln l'aurait accueillie en 1862 comme la petite dame qui avait déclenché la grande guerre. Au XXe siècle, l'œuvre est critiquée par des écrivains noirs, dont James Baldwin (1949), pour son sentimentalisme ; « Oncle Tom » devient une insulte désignant un Noir servile envers les Blancs, sens né surtout des adaptations théâtrales, qui avaient vieilli et caricaturé le personnage. Frederick Douglass salua en revanche son effet sur l'opinion.
Les adaptations
Faute de loi protégeant les droits d'adaptation théâtrale, des troupes montent dès 1852 des « Tom shows » non autorisés, souvent joués par des acteurs blancs grimés en Noirs, qui tournent dans tout le pays jusqu'aux années 1930 et déforment le message du livre. Le cinéma s'en empare très tôt :
| Année | Réalisation | Remarque |
|---|---|---|
| 1903 | Edwin S. Porter (Edison) | Un des premiers longs métrages narratifs américains, d'environ 14 minutes |
| 1927 | Harry A. Pollard (Universal) | Version muette à gros budget |
| 1965 | Géza von Radványi | Coproduction européenne, avec Herbert Lom en Legree |
| 1987 | Stan Lathan (téléfilm) | Avery Brooks en Tom, Phylicia Rashad en Eliza, Edward Woodward en Legree |
Pourquoi le lire
Pour mesurer comment un roman a pesé sur l'histoire d'un pays, et pour lire l'esclavage tel qu'une abolitionniste blanche le présentait à ses contemporains. À lire avec un regard critique, en le confrontant aux récits d'anciens esclaves comme celui de Frederick Douglass.
Questions fréquentes
Lincoln a-t-il vraiment dit que Stowe avait déclenché la guerre ?
La phrase n'apparaît que dans des souvenirs familiaux publiés des décennies plus tard. La rencontre de 1862 est attestée, pas les mots.
L'oncle Tom a-t-il existé ?
Il est inspiré de plusieurs anciens esclaves, notamment Josiah Henson, évadé au Canada, dont la maison est un site historique en Ontario.
Pourquoi « oncle Tom » est-il une insulte ?
À cause des « Tom shows » et des caricatures qui ont transformé un homme d'âge mûr, digne et résistant jusqu'à la mort, en vieillard soumis. Le personnage du roman refuse en réalité d'obéir à Legree.
Où se trouve la maison d'Harriet Beecher Stowe ?
Sa maison de Hartford (Connecticut), voisine de celle de Mark Twain, et celle de Cincinnati se visitent.
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