Le Vieil Homme et la Mer, le dernier grand récit d'Hemingway

Le Vieil Homme et la Mer (The Old Man and the Sea, 1952) raconte le combat de trois jours d'un vieux pêcheur cubain, Santiago, contre un marlin géant, puis contre les requins qui le dévorent. Ce court récit, prix Pulitzer 1953, a relancé la carrière d'Ernest Hemingway et pesé dans l'attribution de son prix Nobel en 1954.

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Fiche du livre

Auteur
Ernest Hemingway (1899-1961), né à Oak Park (Illinois), prix Nobel de littérature 1954
Parution
Intégralement dans le magazine Life du 1er septembre 1952, puis en volume chez Charles Scribner's Sons ; prix Pulitzer de la fiction 1953
Traductions françaises
Jean Dutourd (Gallimard, 1952) ; Philippe Jaworski (Gallimard, 2017)
Cadre
Un village de pêcheurs près de La Havane (Cojímar) et le Gulf Stream, en septembre, à la fin des années 1940
Forme
Court récit d'environ 27 000 mots, sans division en chapitres

Résumé sans spoiler

Santiago, vieux pêcheur pauvre, n'a rien pris depuis quatre-vingt-quatre jours. Les parents de Manolin, le garçon qui l'accompagnait et qu'il a formé, l'ont envoyé sur un autre bateau, mais l'enfant continue de veiller sur lui, de lui apporter à manger et de parler avec lui de base-ball et du grand Joe DiMaggio. Le quatre-vingt-cinquième jour, Santiago part seul avant l'aube sur sa barque, et s'éloigne plus loin au large qu'aucun autre pêcheur.

À midi, un poisson énorme mord à l'une de ses lignes. Incapable de le hisser, le vieil homme se laisse remorquer vers le large, la ligne sur le dos, sans dormir, en parlant au poisson, à ses mains et à lui-même. Le récit est presque entièrement un face-à-face entre un homme, une bête et la mer.

Attention : la suite révèle toute l'intrigue, y compris la fin.

Résumé complet

Le marlin tire la barque pendant deux jours et deux nuits. Santiago, la main gauche paralysée par une crampe, mange du poisson cru pour tenir et se remémore sa jeunesse, notamment un bras de fer gagné après une nuit entière dans une taverne de Casablanca. Le troisième jour, le poisson tourne en cercles de plus en plus serrés ; Santiago le tue d'un coup de harpon. Le marlin est plus long que la barque ; il l'amarre le long du bord et met le cap sur La Havane.

Attiré par le sang, un requin mako attaque une heure plus tard ; Santiago le tue mais perd son harpon. Viennent ensuite d'autres requins, qu'il combat avec un couteau fixé à un aviron, une matraque, puis la barre du gouvernail. Il comprend qu'il est allé trop loin. Il arrive de nuit au port avec un squelette. Épuisé, il remonte jusqu'à sa cabane en portant le mât, tombe plusieurs fois, et s'endort. Le lendemain, les pêcheurs mesurent l'arête, des touristes la prennent pour celle d'un requin, et Manolin, en larmes, décide de repartir en mer avec lui. Santiago rêve des lions qu'il voyait sur les plages d'Afrique dans sa jeunesse.

Les personnages

  • Santiago : pêcheur humble et fier, héros du code d'Hemingway : endurance, courage et dignité dans la défaite.
  • Manolin : le garçon, disciple affectueux, qui assure la transmission.
  • Le marlin : adversaire que Santiago appelle son frère, et qu'il admire au point de se demander s'il a le droit de le tuer.
  • Les requins : forces aveugles qui détruisent la victoire.

Thèmes

La victoire dans la défaite : Santiago perd son poisson mais pas sa dignité ; sa phrase la plus célèbre, « A man can be destroyed but not defeated », résume la morale du livre. La fraternité avec la nature : le pêcheur respecte la mer, qu'il appelle au féminin, et la bête qu'il tue. La résonance chrétienne : mains blessées, mât porté comme une croix, chutes sur le chemin. L'écrivain vieillissant : on y lit volontiers le combat d'Hemingway contre les critiques qui le disaient fini.

Le contexte historique américain

Hemingway a vécu à Key West, en Floride, de 1931 à 1939, avant de s'installer à Cuba, dans sa propriété de Finca Vigía, près de La Havane, où il écrit le livre. Il pêchait le marlin dans le Gulf Stream sur son bateau, le Pilar, et s'inspire des pêcheurs de Cojímar, dont Gregorio Fuentes, son marin, et d'une histoire racontée dans un article de 1936 pour le magazine Esquire. Le récit témoigne des liens étroits entre les États-Unis et Cuba : Santiago suit les résultats des ligues majeures et vénère DiMaggio, star des Yankees de New York, alors que l'île vit sous influence américaine depuis 1898.

Après la révolution de 1959, Hemingway quitte Cuba en 1960 ; sa maison devient un musée cubain. Il se suicide le 2 juillet 1961 à Ketchum, dans l'Idaho. Les relations entre les deux pays, rompues en 1961, sont détaillées dans Cuba – États-Unis ; voir aussi la guerre froide. Pour découvrir Key West et la route qui y mène, voir les Florida Keys.

Réception et influence

Hemingway sortait de l'échec critique d'Au-delà du fleuve et sous les arbres (1950). Le numéro de Life se vend à plus de cinq millions d'exemplaires en deux jours, et le livre reste des mois en tête des ventes. Le prix Pulitzer suit en 1953 ; en 1954, l'Académie suédoise cite expressément le récit dans les motifs du prix Nobel, saluant sa maîtrise de l'art narratif. Une partie de la critique a jugé le symbolisme appuyé, mais le texte est devenu un classique scolaire mondial, apprécié pour sa langue simple. En France, il a été popularisé par la traduction de Jean Dutourd, critiquée ensuite pour ses libertés, d'où la retraduction de 2017. Hemingway avait connu Paris dans les années 1920, période racontée dans Paris est une fête.

Les adaptations

AnnéeRéalisationSantiagoRemarque
1958John SturgesSpencer TracyNomination à l'Oscar du meilleur acteur ; Oscar de la musique pour Dimitri Tiomkin
1990Jud Taylor (téléfilm)Anthony QuinnAdaptation pour la télévision américaine
1999Alexandre Petrov (animation)–Peinture sur verre, Oscar du meilleur court métrage d'animation en 2000

Hemingway participa au tournage du film de 1958 et chercha lui-même un grand marlin pour les prises de vues, sans succès ; il jugea le résultat décevant.

Pourquoi le lire

Pour découvrir le style d'Hemingway, phrases courtes et émotion contenue, dans son texte le plus accessible. Il se lit d'une traite et ouvre sur les liens entre la Floride, Cuba et l'Amérique du milieu du XXe siècle.

Questions fréquentes

Santiago a-t-il existé ?

Il est inspiré de plusieurs pêcheurs de Cojímar, souvent identifiés à Gregorio Fuentes, capitaine du Pilar, et d'une anecdote réelle de pêcheur dépouillé de son marlin par les requins.

Est-ce un roman ou une nouvelle ?

C'est un court roman, ou novella, d'une centaine de pages en édition de poche.

Pourquoi est-il question de DiMaggio ?

Joe DiMaggio, joueur des Yankees, souffrait d'un éperon osseux au talon et jouait malgré la douleur : Santiago en fait un modèle d'endurance.

Peut-on visiter la maison d'Hemingway ?

Oui : celle de Key West est un musée, célèbre pour ses chats à six doigts, et la Finca Vigía, près de La Havane, est un musée cubain.

Retour au dossier littérature américaine. À lire aussi : Moby Dick, autre combat d'un homme contre un animal marin.

Sources