Cuba et États-Unis : de la révolution castriste à l'embargo
Séparés par 150 km de mer, Cuba et les États-Unis sont en conflit depuis la révolution de 1959. L'embargo décrété en 1962, inscrit dans la loi en 1996, est le plus ancien régime de sanctions américain encore en vigueur ; le dégel de 2014-2016 n'a été qu'une parenthèse.
La relation se lit sur trois temps : une domination américaine de 1898 à 1959, une rupture totale pendant la guerre froide, puis une alternance entre ouverture et durcissement selon les présidents. La communauté cubano-américaine, concentrée en Floride, pèse fortement sur cette politique. Pour la présentation de l'île, voir la fiche Cuba.
- Distance minimale
- environ 150 km entre Key West et la côte cubaine
- Rupture diplomatique
- 3 janvier 1961
- Embargo total
- proclamé le 7 février 1962, codifié par la loi Helms-Burton (1996)
- Base de Guantánamo
- louée depuis 1903
De la guerre de 1898 à la révolution
Dès le XIXe siècle, les États-Unis convoitent Cuba : le manifeste d'Ostende (1854) envisage son achat à l'Espagne. L'explosion du cuirassé USS Maine dans le port de La Havane, le 15 février 1898, déclenche la guerre hispano-américaine. Cuba devient indépendante en 1902, mais l'amendement Platt, imposé dans sa Constitution, autorise les interventions américaines et la location de la baie de Guantánamo (1903). Les États-Unis occupent de nouveau l'île de 1906 à 1909. L'amendement Platt est abrogé en 1934, sous Franklin D. Roosevelt, mais pas le bail de Guantánamo.
Au milieu du XXe siècle, les intérêts américains contrôlent une grande partie de l'économie sucrière, des services publics et du tourisme de La Havane. Le dictateur Fulgencio Batista, soutenu par Washington, est renversé par Fidel Castro le 1er janvier 1959.
Baie des Cochons et crise des missiles
Les nationalisations de 1959-1960, qui touchent les biens américains sans indemnisation, et le rapprochement avec Moscou conduisent Dwight Eisenhower à rompre les relations le 3 janvier 1961. Du 17 au 19 avril 1961, environ 1 400 exilés entraînés par la CIA débarquent dans la baie des Cochons ; privés de l'appui aérien américain, ils sont battus en trois jours. L'échec humilie John F. Kennedy, qui décrète l'embargo total le 7 février 1962.
En octobre 1962, les avions espions U-2 découvrent des missiles nucléaires soviétiques à Cuba. Pendant treize jours, Kennedy impose une « quarantaine » navale de l'île ; Nikita Khrouchtchev accepte le 28 octobre de retirer les missiles, en échange d'un engagement américain de ne pas envahir Cuba et, secrètement, du retrait des missiles Jupiter de Turquie. Le monde n'a jamais été aussi proche d'une guerre nucléaire.
Migrations et loi d'ajustement
Les migrations rythment la relation. Le Cuban Adjustment Act de 1966 permet aux Cubains présents aux États-Unis depuis un an de demander la résidence permanente. En 1980, l'exode de Mariel amène environ 125 000 Cubains en Floride en six mois. La crise des balseros de 1994 aboutit à la politique « pieds mouillés, pieds secs » : les Cubains interceptés en mer sont renvoyés, ceux qui touchent terre peuvent rester. Barack Obama y met fin le 12 janvier 2017. Cette immigration a façonné Miami, dont une large part de la population est d'origine cubaine.
L'embargo, un régime gravé dans la loi
D'abord fondé sur des décisions présidentielles, l'embargo est durci et codifié par deux lois : la loi Torricelli (1992), qui interdit aux filiales étrangères d'entreprises américaines de commercer avec Cuba, et la loi Helms-Burton (1996), adoptée après que deux avions de l'association d'exilés Brothers to the Rescue ont été abattus par la chasse cubaine. Helms-Burton subordonne la levée de l'embargo à une transition démocratique sans les Castro : seul le Congrès peut donc l'abroger. Son titre III, qui permet de poursuivre devant les tribunaux américains les sociétés exploitant des biens confisqués, a longtemps été suspendu par tous les présidents, avant d'être activé en mai 2019. Il heurte les entreprises européennes, notamment françaises et espagnoles. Depuis 1992, l'Assemblée générale de l'ONU vote chaque année à une très large majorité une résolution demandant la fin de l'embargo.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 1898 | Guerre hispano-américaine |
| 1901-1934 | Amendement Platt |
| 1er janvier 1959 | Victoire de la révolution castriste |
| 3 janvier 1961 | Rupture des relations diplomatiques |
| 17-19 avril 1961 | Débarquement de la baie des Cochons |
| 7 février 1962 | Embargo total |
| 16-28 octobre 1962 | Crise des missiles |
| Avril-octobre 1980 | Exode de Mariel |
| 12 mars 1996 | Loi Helms-Burton |
| 17 décembre 2014 | Annonce du rapprochement par Barack Obama et Raúl Castro |
| 20 juillet 2015 | Réouverture des ambassades |
| Mars 2016 | Visite de Barack Obama à La Havane |
| Janvier 2021 | Réinscription de Cuba sur la liste des États soutenant le terrorisme |
| 20 janvier 2025 | Nouvelle réinscription, six jours après un retrait décidé par Joe Biden |
Le dégel Obama et le retour des sanctions
Le 17 décembre 2014, après dix-huit mois de négociations secrètes facilitées par le Vatican et le Canada, Barack Obama et Raúl Castro annoncent le rétablissement des relations. Les ambassades rouvrent le 20 juillet 2015 ; jusque-là, la Suisse représentait les intérêts américains à La Havane (voir Suisse – États-Unis). Cuba est retirée de la liste des États soutenant le terrorisme, les vols commerciaux reprennent, et Obama se rend à La Havane en mars 2016. L'embargo, lui, reste en place faute de vote du Congrès.
Le premier mandat de Donald Trump inverse la tendance : restrictions aux voyages et aux transferts d'argent, activation du titre III de Helms-Burton, réduction du personnel de l'ambassade après les troubles de santé inexpliqués des diplomates (« syndrome de La Havane », 2016-2017), et réinscription sur la liste terroriste en janvier 2021. Joe Biden retire Cuba de cette liste le 14 janvier 2025 ; Donald Trump l'y réinscrit dès le 20 janvier 2025. Voir aussi le rôle de Cuba dans la crise vénézuélienne : Venezuela – États-Unis.
Questions fréquentes
Pourquoi l'embargo contre Cuba n'a-t-il jamais été levé ?
Depuis la loi Helms-Burton de 1996, l'embargo est inscrit dans la loi : un président peut l'assouplir par des licences, mais seul le Congrès peut l'abroger, et la loi conditionne cette levée à une transition démocratique à Cuba.
Pourquoi les États-Unis ont-ils une base à Guantánamo ?
La baie est louée depuis 1903 en vertu d'un accord découlant de l'amendement Platt, confirmé par un traité de 1934 qui ne peut être résilié que d'un commun accord. Cuba conteste ce bail et refuse d'encaisser les loyers. Une prison militaire y fonctionne depuis janvier 2002.
Qu'a changé le rapprochement de 2014 ?
Il a rétabli les relations diplomatiques et les ambassades (juillet 2015), retiré Cuba de la liste des États soutenant le terrorisme et facilité voyages et échanges. Il n'a pas levé l'embargo, qui relève du Congrès.
Combien de temps a duré la crise des missiles ?
Treize jours, du 16 octobre 1962, quand Kennedy est informé de la présence de missiles soviétiques, au 28 octobre, quand Khrouchtchev annonce leur retrait.