Les affrontements militaires entre l'Iran et les États-Unis
Depuis 1979, l'Iran et les États-Unis se sont affrontés militairement à plusieurs reprises : raid manqué de 1980, combats navals dans le Golfe en 1987-1988, élimination du général Soleimani en 2020, bombardement des sites nucléaires iraniens en juin 2025, puis guerre ouverte menée avec Israël à partir du 28 février 2026.
Cette page retrace, date par date, les confrontations militaires directes entre l'Iran et les États-Unis. Pour l'histoire politique de la relation (coup d'État de 1953, révolution de 1979, accord nucléaire de 2015, sanctions), consultez notre page Iran – États-Unis : histoire d'un conflit depuis 1953.
- Opération Eagle Claw
- 24-25 avril 1980
- Opération Praying Mantis
- 18 avril 1988
- Vol Iran Air 655
- 3 juillet 1988, 290 morts
- Mort de Qassem Soleimani
- 3 janvier 2020
- Opération Midnight Hammer
- 22 juin 2025
- Offensive Epic Fury
- lancée le 28 février 2026
Un affrontement asymétrique : forces en présence et théâtres
Face à la puissance aérienne et navale américaine, l'Iran a construit une doctrine asymétrique : mines, vedettes rapides et missiles antinavires des Gardiens de la révolution dans le Golfe, arsenal de missiles balistiques et de drones, et réseau d'alliés armés (Hezbollah libanais, milices irakiennes, Houthis du Yémen), qualifié par Téhéran d'« axe de la résistance ». Les États-Unis s'appuient sur le commandement central (CENTCOM, créé en 1983), la Ve flotte basée à Bahreïn et des bases au Qatar (Al-Udeid), au Koweït et aux Émirats arabes unis.
Deux théâtres reviennent constamment. Le détroit d'Ormuz, par lequel transite environ un cinquième de la consommation mondiale de pétrole selon l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA), donne à l'Iran un levier économique mondial. Les installations nucléaires du plateau central, notamment l'usine souterraine de Fordo près de Qom, le complexe de Natanz et le centre d'Ispahan, sont la cible principale des frappes américaines et israéliennes.
1980 : l'échec de l'opération Eagle Claw
Après la prise d'otages de l'ambassade américaine à Téhéran (4 novembre 1979), Jimmy Carter autorise une opération de sauvetage. Dans la nuit du 24 au 25 avril 1980, la mission est interrompue sur la base improvisée de « Desert One », dans le désert iranien, après des pannes d'hélicoptères ; lors du repli, un hélicoptère percute un avion de transport C-130. Huit militaires américains sont tués. L'échec conduit à la création d'un commandement des opérations spéciales et pèse sur la défaite électorale de Carter. Les 52 otages sont libérés par la voie diplomatique le 20 janvier 1981.
1987-1988 : la guerre des tankers dans le Golfe
Pendant la guerre Iran-Irak, les deux belligérants attaquent les pétroliers. En juillet 1987, les États-Unis lancent l'opération Earnest Will : des pétroliers koweïtiens passent sous pavillon américain et sont escortés par l'US Navy, la plus grande opération de convoi naval depuis 1945. Le premier convoi est touché par une mine (le Bridgeton, 24 juillet 1987). En octobre 1987, l'opération Nimble Archer détruit des plateformes pétrolières iraniennes en représailles à un tir de missile sur un pétrolier.
Le 14 avril 1988, la frégate USS Samuel B. Roberts est gravement endommagée par une mine iranienne. Le 18 avril, l'opération Praying Mantis détruit deux plateformes pétrolières, coule la frégate iranienne Sahand et plusieurs vedettes : c'est le plus important combat naval de surface de la marine américaine depuis la Seconde Guerre mondiale. En 2003, la Cour internationale de justice a estimé que ces frappes ne pouvaient être justifiées au titre de la légitime défense, tout en rejetant la demande de réparation de l'Iran.
3 juillet 1988 : le vol Iran Air 655
En pleine escarmouche avec des vedettes iraniennes, le croiseur USS Vincennes abat un Airbus A300 d'Iran Air reliant Bandar Abbas à Dubaï, qu'il prend pour un avion de chasse. Les 290 passagers et membres d'équipage sont tués. Washington a exprimé ses regrets sans reconnaître de responsabilité juridique ; en 1996, un règlement devant la Cour internationale de justice a prévu le versement de 61,8 millions de dollars aux familles des victimes. Pour l'Iran, la tragédie reste un symbole majeur de l'hostilité américaine. Le cessez-le-feu Iran-Irak intervient six semaines plus tard.
| Date | Événement | Président américain |
|---|---|---|
| 24-25 avril 1980 | Échec du raid Eagle Claw, huit militaires tués | Carter |
| Juillet 1987 | Début de l'escorte des pétroliers (Earnest Will) | Reagan |
| 18 avril 1988 | Opération Praying Mantis contre la marine iranienne | Reagan |
| 3 juillet 1988 | Destruction du vol Iran Air 655 par l'USS Vincennes | Reagan |
| 20 juin 2019 | Drone américain RQ-4 abattu par l'Iran ; riposte annulée | Trump |
| 3 janvier 2020 | Frappe de drone tuant Qassem Soleimani à Bagdad | Trump |
| 8 janvier 2020 | Missiles iraniens sur la base d'Aïn al-Assad (Irak) | Trump |
| 28 janvier 2024 | Attaque de drone sur la Tower 22 (Jordanie) : trois soldats américains tués | Biden |
| 22 juin 2025 | Opération Midnight Hammer : Fordo, Natanz, Ispahan | Trump |
| 28 février 2026 | Début de la guerre américano-israélienne contre l'Iran | Trump |
2019-2024 : de la « pression maximale » aux frappes directes
Après le retrait américain de l'accord nucléaire (mai 2018), les incidents se multiplient : sabotage de pétroliers dans le golfe d'Oman, drone de surveillance américain abattu le 20 juin 2019 (Donald Trump annule une riposte à la dernière minute), attaque contre les installations saoudiennes d'Abqaiq en septembre 2019. Le 3 janvier 2020, une frappe de drone tue à l'aéroport de Bagdad le général Qassem Soleimani, chef de la force Al-Qods. Le 8 janvier, l'Iran tire des missiles balistiques sur la base d'Aïn al-Assad, en Irak : aucun Américain n'est tué, mais plus d'une centaine de militaires souffrent de traumatismes crâniens selon le Pentagone. La même nuit, la défense antiaérienne iranienne abat par erreur le vol 752 d'Ukraine International Airlines (176 morts).
Après l'attaque du Hamas contre Israël du 7 octobre 2023, les milices pro-iraniennes mènent des dizaines d'attaques contre les forces américaines en Irak, en Syrie et en Jordanie. Les États-Unis ripostent le 2 février 2024 contre des cibles des Gardiens de la révolution et des milices. En avril et en octobre 2024, l'Iran et Israël échangent pour la première fois des frappes directes depuis leurs territoires ; les forces américaines participent à l'interception des missiles iraniens.
Juin 2025 : la guerre des Douze Jours et l'opération Midnight Hammer
Le 13 juin 2025, alors que des négociations nucléaires indirectes étaient en cours depuis avril par l'intermédiaire d'Oman, Israël lance l'opération « Rising Lion » contre les sites nucléaires et balistiques iraniens et tue plusieurs hauts gradés et scientifiques. Le 22 juin (heure iranienne), les États-Unis entrent dans le conflit : sept bombardiers furtifs B-2 partis du Missouri larguent quatorze bombes anti-bunker GBU-57 sur Fordo et Natanz, tandis que des missiles Tomahawk tirés d'un sous-marin visent Ispahan. C'est la première attaque américaine directe contre le territoire iranien. Le lendemain, l'Iran tire des missiles sur la base d'Al-Udeid, au Qatar, après avoir prévenu ; ils sont presque tous interceptés, sans victime. Un cessez-le-feu entre en vigueur le 24 juin.
Selon les autorités iraniennes, ces douze jours ont fait plus d'un millier de morts en Iran ; une trentaine de personnes ont été tuées en Israël. L'ampleur des dégâts à Fordo a été débattue : Washington a parlé de sites « anéantis », tandis que l'AIEA a perdu l'accès aux installations et la possibilité de vérifier le stock d'uranium enrichi à 60 %. En septembre 2025, la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni obtiennent le rétablissement des sanctions de l'ONU (« snapback »).
2026 : la guerre ouverte
Fin décembre 2025, une vague de manifestations éclate en Iran ; la répression fait plusieurs milliers de morts selon les ONG de défense des droits humains. Donald Trump menace Téhéran et renforce la présence navale américaine dans le Golfe. Le 28 février 2026, les États-Unis (opération « Epic Fury ») et Israël (opération « Roaring Lion ») frappent l'Iran simultanément. Le guide suprême Ali Khamenei est tué dès la première vague. L'Iran riposte contre Israël et contre les bases américaines de Bahreïn, du Qatar, du Koweït et des Émirats arabes unis, ferme de fait le détroit d'Ormuz, provoquant un choc énergétique mondial, tandis que le Hezbollah ouvre un front au Liban. Les 8 et 9 mars, l'Assemblée des experts désigne Mojtaba Khamenei, fils du défunt guide, pour lui succéder.
| Date (2026) | Événement |
|---|---|
| 28 février | Frappes américano-israéliennes, mort d'Ali Khamenei, ripostes iraniennes dans le Golfe |
| 8-9 mars | Mojtaba Khamenei désigné guide suprême |
| 7-8 avril | Cessez-le-feu de deux semaines négocié par le Pakistan |
| 11-12 avril | Pourparlers d'Islamabad entre délégations américaine et iranienne, sans accord |
| 13 avril | Début du blocus naval américain des ports iraniens |
| 17 juin | Mémorandum d'Islamabad : 60 jours de négociations, réouverture d'Ormuz, levée des blocus |
| 8 juillet | Attaques iraniennes contre des navires marchands à Ormuz ; Washington déclare l'accord caduc et reprend frappes et blocus |
| Août-septembre | Alternance d'accalmies et d'échanges de tirs ; médiations d'Oman, du Qatar et du Pakistan, pourparlers indirects à l'ONU |
Comme lors des précédents conflits, la guerre a été menée sans déclaration de guerre ni autorisation spécifique du Congrès, ce qui a relancé le débat sur la War Powers Resolution de 1973. Elle s'est étendue au Liban et au Yémen, et a touché les États du Golfe, dont l'Arabie saoudite. Pour la coordination avec Israël, voir Israël – États-Unis ; pour les précédents engagements américains dans la région, la guerre d'Irak.
Voyager dans la région : avant tout déplacement en Iran ou dans le Golfe, consultez les conseils aux voyageurs du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, régulièrement mis à jour. En période de crise, les vols entre l'Europe et l'Asie peuvent contourner l'espace aérien de la région : vérifiez auprès de votre compagnie avant un vol avec escale à Doha ou Dubaï.
Questions fréquentes
Les États-Unis et l'Iran ont-ils déjà été en guerre ?
Les deux pays se sont affrontés militairement à plusieurs reprises sans déclaration de guerre : combats navals de 1987-1988, frappes et ripostes de 2020, bombardement des sites nucléaires en juin 2025. Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont déclenché une guerre ouverte contre l'Iran, au cours de laquelle le guide suprême Ali Khamenei a été tué.
Qu'est-ce que l'opération Praying Mantis ?
C'est la riposte de la marine américaine, le 18 avril 1988, à la mine iranienne qui avait endommagé la frégate USS Samuel B. Roberts : deux plateformes pétrolières détruites et plusieurs navires iraniens coulés, dont la frégate Sahand.
Pourquoi le vol Iran Air 655 a-t-il été abattu ?
Le 3 juillet 1988, l'équipage du croiseur USS Vincennes, engagé contre des vedettes iraniennes, a pris l'Airbus civil pour un chasseur F-14. Les 290 personnes à bord ont été tuées. Les États-Unis ont indemnisé les familles en 1996 sans reconnaître de responsabilité juridique.
Qu'est-ce que l'opération Midnight Hammer ?
C'est le nom des frappes américaines du 22 juin 2025 contre les sites nucléaires de Fordo, Natanz et Ispahan, menées par des bombardiers B-2 et des missiles Tomahawk pendant la guerre des Douze Jours entre Israël et l'Iran.
Le Congrès a-t-il autorisé les guerres contre l'Iran ?
Non. Aucune des opérations contre l'Iran n'a fait l'objet d'une déclaration de guerre ou d'une autorisation spécifique : les présidents ont invoqué leur autorité de commandant en chef. Le Congrès a plusieurs fois tenté de limiter ces opérations par des résolutions, sans parvenir à surmonter le veto présidentiel.
Sources
- Office of the Historian, Département d'État – Iran
- Naval History and Heritage Command – Earnest Will et Praying Mantis
- Cour internationale de justice – Plates-formes pétrolières (Iran c. États-Unis)
- Département de la Défense des États-Unis
- EIA – World Oil Transit Chokepoints
- AIEA – Iran
- Council on Foreign Relations – Conflict With Iran