Chine et États-Unis : la rivalité qui structure le XXIe siècle
Washington et Pékin sont à la fois les deux premières économies mondiales, des partenaires commerciaux profondément imbriqués et des rivaux stratégiques. Depuis 2018, leur relation alterne escalades douanières, restrictions technologiques et trêves négociées au sommet, sans régler les différends de fond sur les technologies et Taïwan.
La relation sino-américaine est passée de l'hostilité ouverte (1949-1971) au rapprochement contre l'URSS, puis à l'intégration économique après 2001, avant de devenir une rivalité assumée à partir de 2017. Cette page en retrace les étapes et explique les instruments que chaque camp utilise.
- Relations diplomatiques
- établies le 1er janvier 1979
- Taiwan Relations Act
- avril 1979
- Entrée de la Chine dans l'OMC
- 11 décembre 2001
- Qualification officielle
- « concurrent stratégique » (décembre 2017)
- Pic des droits de douane américains
- 145 % (avril 2025)
De l'affrontement à la normalisation (1949-1979)
Après la victoire communiste de 1949, Washington continue de reconnaître le gouvernement nationaliste réfugié à Taïwan. Les deux pays s'affrontent directement pendant la guerre de Corée (1950-1953), puis lors des crises du détroit de Taïwan de 1954-1955 et 1958. Le rapprochement naît de la rupture sino-soviétique : après la diplomatie secrète d'Henry Kissinger, la visite de Richard Nixon à Pékin en février 1972 aboutit au communiqué de Shanghai. Les relations diplomatiques sont établies le 1er janvier 1979 sous Jimmy Carter : Washington reconnaît la République populaire comme seul gouvernement légitime de la Chine, tout en maintenant avec Taïwan des liens non officiels encadrés par le Taiwan Relations Act.
L'intégration économique, puis la rivalité assumée
La répression de Tiananmen (juin 1989) entraîne des sanctions, dont un embargo sur les ventes d'armes, mais n'interrompt pas le rapprochement économique. Les crises se succèdent pourtant : troisième crise du détroit de Taïwan (1995-1996), bombardement de l'ambassade de Chine à Belgrade par l'OTAN (1999), collision d'un avion espion américain EP-3 avec un chasseur chinois au-dessus de Hainan (2001). L'entrée de la Chine dans l'OMC, en décembre 2001, accélère l'intégration des deux économies : délocalisations industrielles, déficit commercial américain massif, achats chinois de bons du Trésor.
La stratégie de sécurité nationale de décembre 2017 qualifie la Chine de « concurrent stratégique ». Le consensus est devenu bipartisan : l'administration Joe Biden a conservé l'essentiel des droits de douane du premier mandat de Donald Trump et ajouté des contrôles à l'exportation sur les puces avancées. L'incident du ballon chinois abattu au-dessus de la Caroline du Sud en février 2023 a illustré la défiance réciproque.
La guerre commerciale : chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| Juillet 2018 | Premiers droits de douane de 25 % (section 301) sur 34 milliards de dollars d'importations chinoises ; Pékin riposte. |
| 15 janvier 2020 | Accord commercial « phase 1 » : promesses d'achats chinois, largement non tenues. |
| Octobre 2022 | Contrôles américains sur l'exportation de puces et d'équipements avancés vers la Chine. |
| Février-mars 2025 | Droits « fentanyl » de 10 % puis 20 % sur tous les produits chinois. |
| Avril 2025 | Escalade « réciproque » : jusqu'à 145 % côté américain, 125 % côté chinois. |
| 12 mai 2025 | Accord de Genève : baisse temporaire des droits de 115 points de part et d'autre. |
| 30 octobre 2025 | Sommet Trump-Xi de Busan : droit « fentanyl » ramené à 10 %, pause d'un an des restrictions chinoises sur les terres rares, reprise des achats de soja. |
| 20 février 2026 | La Cour suprême juge illégaux les droits imposés au titre de la loi IEEPA ; l'administration bascule sur d'autres bases légales. |
| 14-15 mai 2026 | Visite de Donald Trump à Pékin, reportée de mars à cause de la guerre en Iran. |
| Septembre 2026 | Visite d'État de Xi Jinping aux États-Unis ; prolongation de la trêve commerciale. |
La guerre commerciale a montré la logique du rapport de force : chaque escalade américaine a suscité une riposte chinoise ciblée (soja et produits agricoles, terres rares, enquêtes contre des entreprises américaines), et chaque trêve a pris la forme d'engagements d'achat et de pauses temporaires plutôt que d'un accord global. Le détail des barèmes et de leurs fondements juridiques est traité sur la page consacrée aux droits de douane américains.
Technologies et semi-conducteurs : le cœur de la compétition
L'enjeu dépasse le commerce : il s'agit de la maîtrise de l'intelligence artificielle, des puces et des réseaux. Les États-Unis disposent de plusieurs instruments :
- Les contrôles à l'exportation du département du Commerce : inscription d'entreprises chinoises (Huawei dès 2019) sur l'« Entity List » et règle extraterritoriale sur les produits fabriqués avec des technologies américaines.
- Le filtrage des investissements : le CFIUS examine les rachats chinois d'entreprises américaines, et un dispositif encadre depuis 2024 les investissements américains dans certains secteurs chinois.
- La politique industrielle : le CHIPS and Science Act de 2022 subventionne la production de puces sur le sol américain.
- Les lois ciblées, comme celle de 2024 imposant la cession des activités américaines de TikTok.
Pékin répond par des contrôles sur les terres rares et des métaux critiques (gallium, germanium), dont il assure l'essentiel du raffinage mondial, par sa propre liste d'« entités non fiables » et par un effort massif d'autonomie technologique. Les entreprises de la Silicon Valley restent très exposées, à la fois au marché chinois et aux chaînes d'approvisionnement asiatiques.
Taïwan et la mer de Chine méridionale
Taïwan est le point de friction le plus dangereux. Les États-Unis pratiquent une « ambiguïté stratégique » : ils ne s'engagent pas formellement à défendre l'île, mais lui vendent des armes défensives en vertu du Taiwan Relations Act de 1979 et s'en tiennent à la politique d'« une seule Chine » fondée sur les trois communiqués conjoints (1972, 1979, 1982). Taïwan concentre en outre l'essentiel de la production mondiale de puces les plus avancées, ce qui accroît l'enjeu. Le dossier est détaillé sur la page Taïwan – États-Unis.
En mer de Chine méridionale, la Chine revendique la quasi-totalité de l'espace maritime et y a militarisé des îlots artificiels, malgré la sentence arbitrale de La Haye de 2016 qui a rejeté ses prétentions historiques. La marine américaine y mène des opérations de « liberté de navigation » et soutient les Philippines, son allié par traité depuis 1951. Le Japon, l'Australie et la Corée du Sud complètent ce réseau d'alliances (voir Japon – États-Unis).
Les intérêts structurels de chaque camp
- Washington : réduire le déficit commercial et la dépendance industrielle, garder l'avance technologique, sécuriser l'accès aux terres rares, lutter contre l'exportation des précurseurs du fentanyl, maintenir l'équilibre militaire en Asie.
- Pékin : obtenir la levée des contrôles technologiques et une baisse durable des droits de douane, préserver ses débouchés à l'exportation, empêcher toute évolution de Taïwan vers l'indépendance et réduire la présence militaire américaine près de ses côtes.
La rivalité s'étend aux crises régionales : la Chine est le premier acheteur de pétrole iranien, ce qui la place en porte-à-faux lors des confrontations entre Washington et Téhéran (voir les affrontements entre l'Iran et les États-Unis), et elle est la partenaire « sans limites » de la Russie depuis février 2022 (voir Russie – États-Unis). Pour une vue d'ensemble, consultez les États-Unis dans le monde.
Questions fréquentes
Comment fonctionnent les droits de douane américains sur les produits chinois ?
Ils se superposent : droits de la section 301 hérités de 2018-2019, droits sectoriels (acier, aluminium au titre de la section 232) et surtaxes décidées par l'exécutif, dont le niveau a souvent changé. Pour connaître le taux applicable à un produit, consultez le tarif officiel américain (Harmonized Tariff Schedule) et les avis de l'USTR.
Quels présidents américains se sont rendus en Chine ?
Richard Nixon (1972) a ouvert la voie, suivi notamment de Gerald Ford, Ronald Reagan, George H. W. Bush, Bill Clinton, George W. Bush, Barack Obama et Donald Trump, qui s'y est rendu en 2017 puis en mai 2026.
Les États-Unis défendraient-ils Taïwan ?
Aucun traité ne les y oblige depuis 1980, date de l'expiration du traité de défense mutuelle. Le Taiwan Relations Act prévoit la fourniture d'armes défensives ; la réponse en cas d'attaque reste volontairement ambiguë.
Pourquoi les terres rares sont-elles si importantes ?
Elles entrent dans les aimants des moteurs électriques, l'électronique et l'armement. La Chine domine leur extraction et surtout leur raffinage, ce qui lui donne un levier face aux industries américaines.
Sources
- Office of the Historian, Département d'État – Chine
- USTR – Représentant américain au commerce
- Bureau of Industry and Security – contrôles à l'exportation
- Département d'État
- Congressional Research Service – U.S.-China Relations
- Cour permanente d'arbitrage – Arbitrage relatif à la mer de Chine méridionale (2016)