Les États-Unis et l'ONU : fondateur, hôte et premier contributeur

Les États-Unis ont conçu l'Organisation des Nations unies en 1945, accueillent son siège à New York, disposent d'un droit de veto au Conseil de sécurité et en sont le premier financeur. Cette position centrale n'a jamais empêché une méfiance récurrente, qui se traduit par des retards de paiement et des retraits d'agences comme l'UNESCO ou l'OMS.

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La relation entre Washington et l'ONU oscille depuis 1945 entre deux traditions : l'internationalisme de Franklin D. Roosevelt, qui voyait dans l'organisation l'instrument d'un ordre mondial stable, et une méfiance envers toute institution susceptible de limiter la souveraineté américaine, très présente au Congrès.

Charte des Nations unies
signée à San Francisco le 26 juin 1945
Siège
Manhattan, New York (accord de siège de 1947)
Statut
membre permanent du Conseil de sécurité, avec droit de veto
Budget ordinaire
quote-part plafonnée à 22 %, la plus élevée des États membres

Une création américaine

Après l'échec de la Société des Nations, que le Sénat refuse de rejoindre en 1919-1920 malgré le rôle de Woodrow Wilson dans sa création, Roosevelt veut une organisation dotée d'un exécutif fort. La charte de l'Atlantique (1941) et la conférence de Dumbarton Oaks (1944), à Washington, en posent les bases. La Charte est signée le 26 juin 1945 à San Francisco et le Sénat la ratifie dès juillet par 89 voix contre 2 ; elle entre en vigueur le 24 octobre 1945. Eleanor Roosevelt préside ensuite la commission qui rédige la Déclaration universelle des droits de l'homme (1948), avec notamment le Français René Cassin.

Le siège de New York

En décembre 1946, John D. Rockefeller Jr. offre 8,5 millions de dollars pour acheter un terrain d'anciens abattoirs au bord de l'East River, à New York. Le siège, conçu par un comité d'architectes dont Le Corbusier et Oscar Niemeyer, est inauguré en 1952. L'accord de siège de 1947 oblige les États-Unis à laisser entrer les délégués des États membres, y compris d'adversaires. Washington a parfois refusé des visas, comme à Yasser Arafat en 1988 : l'Assemblée générale s'est alors réunie à Genève pour l'entendre.

Le Conseil de sécurité et le veto

Les États-Unis sont l'un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, avec la Chine, la France, le Royaume-Uni et la Russie. Le veto leur permet de bloquer toute résolution contraignante. L'URSS l'a utilisé massivement dans les premières décennies ; les États-Unis n'y recourent pour la première fois qu'en 1970, sur la Rhodésie du Sud. Depuis, la majorité de leurs veto concernent le conflit israélo-palestinien (voir Israël – États-Unis).

Le Conseil a autorisé deux grandes guerres menées par les États-Unis : la guerre de Corée en 1950, rendue possible par le boycott soviétique, et la libération du Koweït en 1990-1991. En revanche, l'invasion de l'Irak en 2003 a eu lieu sans autorisation explicite, après l'échec d'une seconde résolution face à l'opposition de la France, de la Russie et de l'Allemagne.

Le financement, levier politique

Le budget de l'ONU repose sur des quotes-parts calculées selon la richesse des États. Depuis 2000, celle des États-Unis au budget ordinaire est plafonnée à 22 %, à leur demande ; pour le maintien de la paix, la loi américaine limite depuis 1994 leur contribution à 25 %, en deçà du barème, ce qui génère des arriérés chroniques. S'y ajoutent des contributions volontaires aux agences (Programme alimentaire mondial, HCR, UNICEF), dont les États-Unis sont historiquement le premier donateur.

Le Congrès utilise ce financement comme moyen de pression. Dans les années 1990, les arriérés américains menacent les États-Unis de perdre leur droit de vote à l'Assemblée générale ; l'accord Helms-Biden de 1999 règle la dette en échange de réformes et de la baisse de la quote-part. La loi interdit aussi de financer toute agence admettant la Palestine comme membre à part entière, ce qui coupe la contribution à l'UNESCO dès 2011.

Chronologie des retraits et retours

DateÉvénement
26 juin 1945Signature de la Charte à San Francisco
1952Inauguration du siège de New York
1977-1980Retrait de l'Organisation internationale du travail
1984Retrait de l'UNESCO sous Ronald Reagan (retour en 2003)
1999Accord Helms-Biden sur les arriérés
2017-2018Nouveau retrait de l'UNESCO (retour en juillet 2023)
2018Retrait du Conseil des droits de l'homme (retour en 2021)
2020Notification du retrait de l'OMS, annulée par Joe Biden en 2021
20 janvier 2025Décret de retrait de l'OMS, effectif en janvier 2026
Juillet 2025Annonce d'un troisième retrait de l'UNESCO
Janvier 2026Retrait d'une soixantaine d'organisations internationales, dont plusieurs entités de l'ONU

Le cycle des retraits

Les retraits suivent un schéma récurrent : une administration républicaine quitte une agence qu'elle juge politisée ou hostile à Israël, une administration démocrate y revient. L'UNESCO en offre l'exemple le plus net, quittée sous Ronald Reagan, réintégrée sous George W. Bush, quittée de nouveau sous Donald Trump puis réintégrée sous Joe Biden. Le second mandat de Donald Trump élargit le mouvement : retrait de l'OMS par décret du 20 janvier 2025, sortie du Conseil des droits de l'homme et fin du financement de l'UNRWA en février 2025, annonce d'un nouveau départ de l'UNESCO en juillet 2025, puis, en janvier 2026, retrait d'une soixantaine d'organisations et de conventions internationales, dont la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques.

Questions fréquentes

Pourquoi le siège de l'ONU est-il à New York ?

Les États-Unis, principaux artisans de l'organisation, souhaitaient l'accueillir, et le don de John D. Rockefeller Jr. en décembre 1946 a permis d'acheter le terrain de l'East River. Le siège est inauguré en 1952.

Combien les États-Unis versent-ils à l'ONU ?

Leur quote-part au budget ordinaire est plafonnée à 22 %, la plus élevée de tous les États. Ils financent aussi une part importante des opérations de maintien de la paix et des agences par des contributions volontaires, dont le montant varie fortement d'une année à l'autre.

Les États-Unis peuvent-ils quitter l'ONU ?

La Charte ne prévoit pas de procédure de retrait. Des propositions de loi en ce sens sont régulièrement déposées au Congrès, sans jamais avoir été adoptées. Les retraits portent sur des agences ou des conventions particulières.

Combien de fois les États-Unis ont-ils utilisé leur veto ?

Plus de 80 fois depuis leur premier veto en 1970, en majorité sur des résolutions concernant Israël et les territoires palestiniens.

Sources