Groenland : pourquoi les États-Unis veulent contrôler l'île arctique

Les États-Unis s'intéressent au Groenland depuis 1867 pour sa position entre l'Amérique du Nord et la Russie, ses ressources minières et les routes arctiques. Territoire autonome du royaume de Danemark, l'île accueille une base américaine depuis 1951 et a été au cœur d'une crise transatlantique en janvier 2026.

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Plus grande île du monde (environ 2,17 millions de km², environ quatre fois la France) pour moins de 60 000 habitants, majoritairement inuits, le Groenland est une colonie danoise à partir du XVIIIe siècle, intégrée au royaume en 1953, autonome depuis 1979 et doté d'un régime d'autonomie élargie depuis 2009. Copenhague conserve la défense et la politique étrangère. Géographiquement, l'île appartient au continent nord-américain ; politiquement, elle est rattachée à l'Europe.

Superficie
environ 2,17 millions de km²
Statut
territoire autonome du royaume de Danemark (1979, élargi en 2009)
Base américaine
Pituffik (ex-Thulé), accord de défense de 1951
Offres d'achat américaines
1867 (envisagée), 1946, 2019

Pourquoi le Groenland intéresse Washington

  • Position militaire : l'île se trouve sur la trajectoire la plus courte des missiles entre la Russie et l'Amérique du Nord. La base de Pituffik, rebaptisée ainsi en 2023, accueille un radar d'alerte avancée et des moyens de surveillance spatiale. L'île est associée au projet de bouclier antimissile « Golden Dome » voulu par Donald Trump.
  • Passage GIUK : le couloir maritime Groenland-Islande-Royaume-Uni est le point de passage obligé des sous-marins russes vers l'Atlantique, surveillé depuis la guerre froide.
  • Ressources : terres rares, zinc, graphite, uranium et potentiel pétrolier, alors que la Chine domine le raffinage mondial des terres rares. Le Parlement groenlandais a toutefois interdit l'extraction d'uranium en 2021.
  • Routes arctiques : la fonte de la banquise ouvre progressivement de nouvelles voies maritimes, que la Russie et la Chine cherchent aussi à exploiter.

Une présence militaire née de la Seconde Guerre mondiale

Le 9 avril 1941, un an jour pour jour après l'invasion du Danemark par l'Allemagne, l'ambassadeur danois à Washington, Henrik Kauffmann, signe de sa propre initiative un accord plaçant le Groenland sous protection américaine. Les États-Unis y construisent des bases aériennes et des stations météorologiques, essentielles pour la bataille de l'Atlantique et le convoyage des avions vers l'Europe (voir Seconde Guerre mondiale).

L'accord de défense du 27 avril 1951, conclu dans le cadre de l'OTAN, organise la présence américaine pendant la guerre froide. La base de Thulé est construite en 1951-1953 ; sa construction entraîne en 1953 le déplacement forcé d'une communauté inuite, un épisode qui pèse encore sur la mémoire locale. Le programme secret Camp Century (1959-1967), une base creusée sous la calotte glaciaire, et l'accident d'un bombardier B-52 transportant des armes nucléaires près de Thulé en janvier 1968 révèlent ensuite l'ampleur des activités américaines, à l'insu de l'opinion danoise. L'accord d'Igaliku (2004) associe pour la première fois le gouvernement groenlandais à la gestion de la base.

Des offres d'achat à la crise de 2026

DateÉvénement
1867Le secrétaire d'État William Seward, qui vient d'acheter l'Alaska, envisage l'achat du Groenland et de l'Islande.
1916En achetant les Antilles danoises (îles Vierges), Washington reconnaît la souveraineté danoise sur tout le Groenland.
1946Harry Truman propose 100 millions de dollars en or pour l'île ; refus du Danemark.
27 avril 1951Accord de défense américano-danois.
Août 2019Premier mandat de Donald Trump : proposition d'achat jugée « absurde » par la Première ministre danoise ; visite d'État annulée.
Juin 2020Réouverture d'un consulat américain à Nuuk.
Janvier 2025Donald Trump refuse d'exclure l'usage de la force ou de pressions économiques pour obtenir l'île.
28 mars 2025Visite du vice-président JD Vance à Pituffik.
Janvier 2026Menace de droits de douane contre huit pays européens ayant envoyé des militaires au Groenland ; « cadre » d'accord annoncé à Davos le 21 janvier.
22 septembre 2026Signature à New York d'un accord de sécurité entre les États-Unis, le Danemark et le Groenland.

Début 2026, plusieurs pays européens envoient des militaires au Groenland pour une mission arctique conjointe avec le Danemark. Donald Trump réplique en menaçant huit d'entre eux de droits de douane de 10 %, et le Parlement européen gèle l'approbation de l'accord commercial conclu avec Washington en 2025 (voir Union européenne – États-Unis). La crise est désamorcée le 21 janvier 2026 à Davos par un « cadre » négocié avec le secrétaire général de l'OTAN, qui prévoit une révision de l'accord de 1951 ; la menace douanière est abandonnée et le recours à la force exclu.

L'accord signé le 22 septembre 2026 à New York, en marge de l'Assemblée générale de l'ONU, prévoit selon ses signataires une présence militaire américaine accrue, de nouvelles zones de défense et un droit de regard américain sur toute implantation militaire ou investissement stratégique de pays extérieurs à l'OTAN et à l'UE. Washington le présente comme un contrôle durable de la sécurité de l'île ; Copenhague et Nuuk insistent sur le maintien de la souveraineté danoise et du droit des Groenlandais à l'autodétermination.

Le Danemark, les Groenlandais et la question de l'indépendance

La loi d'autonomie de 2009 reconnaît au peuple groenlandais le droit de décider de son indépendance, par référendum puis accord avec le Danemark. La plupart des partis groenlandais la souhaitent à terme, mais aucun ne défend un rattachement aux États-Unis, et les sondages publiés en 2025 montraient une large majorité d'habitants opposée à une intégration américaine. Le principal frein à l'indépendance est économique : l'île dépend d'une dotation annuelle du Danemark qui finance une large part de son budget.

Face aux pressions américaines, les gouvernements danois et groenlandais répètent depuis 2019 que l'île « n'est pas à vendre », tout en acceptant un renforcement de la coopération militaire. Copenhague a parallèlement engagé d'importants investissements dans la défense de l'Arctique. Ce triangle Washington-Copenhague-Nuuk, où les Groenlandais revendiquent d'être un interlocuteur à part entière, structure désormais chaque négociation sur l'île.

Questions fréquentes

Les États-Unis ont-ils acheté le Groenland ?

Non. Les offres de 1946 et de 2019 ont été refusées. L'accord signé le 22 septembre 2026 porte sur la sécurité et la présence militaire ; il ne transfère pas la souveraineté, et le Groenland reste un territoire autonome du royaume de Danemark.

Qu'est-ce que la base de Pituffik ?

C'est la base militaire américaine la plus septentrionale, dans le nord-ouest du Groenland, construite à partir de 1951 sous le nom de Thulé et rebaptisée en 2023. Elle abrite un radar d'alerte antimissile et des moyens de surveillance spatiale.

Pourquoi les États-Unis veulent-ils le Groenland ?

Pour des raisons de sécurité (défense antimissile, surveillance de la Russie et des sous-marins dans l'Atlantique Nord), d'accès aux minerais critiques et de contrôle des futures routes arctiques, en écartant la Chine et la Russie.

Le Groenland peut-il devenir indépendant ?

Oui. La loi d'autonomie de 2009 reconnaît ce droit aux Groenlandais, qui devraient l'exercer par référendum avant une négociation avec le Danemark.

Sources