Japon et États-Unis : de l'ennemi de 1941 au premier allié en Asie
Ennemis pendant la guerre du Pacifique, le Japon et les États-Unis sont liés depuis 1951 par un traité de sécurité qui fait de l'archipel le pivot militaire américain en Asie. Cette alliance a survécu aux tensions commerciales des années 1980 et repose sur un échange simple : protection américaine contre bases au Japon.
Le Japon accueille le plus important contingent militaire américain stationné à l'étranger, dont la 7e flotte basée à Yokosuka. En échange, les États-Unis s'engagent à défendre l'archipel, y compris par la dissuasion nucléaire. Les deux pays sont aussi des partenaires économiques de premier plan : le Japon figure parmi les premiers investisseurs étrangers aux États-Unis.
- Premier traité
- Kanagawa, 31 mars 1854
- Attaque de Pearl Harbor
- 7 décembre 1941
- Fin de l'occupation
- 28 avril 1952
- Traité de sécurité actuel
- signé le 19 janvier 1960
L'ouverture forcée et la montée des rivalités (1853-1941)
En juillet 1853, le commodore Matthew Perry entre dans la baie d'Edo avec ses « navires noirs » et exige l'ouverture du pays. Le traité de Kanagawa (1854) ouvre deux ports aux navires américains ; le traité Harris (1858) établit des relations commerciales inégales. Cette pression contribue à la chute du shogunat et à la restauration Meiji de 1868, qui lance la modernisation du Japon.
En 1905, Theodore Roosevelt arbitre la paix entre le Japon et la Russie (traité de Portsmouth), ce qui lui vaut le prix Nobel de la paix. Les relations se dégradent ensuite : restrictions à l'immigration japonaise (« Gentlemen's Agreement » de 1907, loi de 1924), rivalité navale dans le Pacifique, puis condamnation de l'invasion de la Mandchourie (1931) et de la Chine (1937). En juillet 1941, Washington gèle les avoirs japonais et impose un embargo pétrolier.
Pearl Harbor et la guerre du Pacifique
Le 7 décembre 1941, l'aéronavale japonaise attaque la base de Pearl Harbor, à Hawaï : plus de 2 400 Américains sont tués. Les États-Unis entrent dans la Seconde Guerre mondiale. Sur le sol américain, le décret 9066 signé par Franklin D. Roosevelt le 19 février 1942 conduit à l'internement d'environ 120 000 personnes d'origine japonaise, dont deux tiers de citoyens américains ; le Congrès présente des excuses officielles et indemnise les survivants en 1988.
Après Midway (juin 1942), Guadalcanal, Iwo Jima et Okinawa, Harry Truman fait larguer les bombes atomiques sur Hiroshima (6 août 1945) et Nagasaki (9 août). Le Japon capitule le 2 septembre 1945 à bord de l'USS Missouri.
Occupation et naissance de l'alliance
De 1945 à 1952, le général Douglas MacArthur dirige l'occupation. La Constitution de 1947, rédigée sous supervision américaine, instaure une monarchie parlementaire et, par son article 9, fait renoncer le Japon à la guerre. La guerre de Corée transforme l'ancien ennemi en base arrière indispensable.
Le traité de paix de San Francisco et un premier traité de sécurité sont signés le 8 septembre 1951. Le traité révisé de 1960 engage les États-Unis à défendre les territoires administrés par le Japon et autorise le stationnement de forces américaines ; sa ratification provoque d'immenses manifestations à Tokyo. Okinawa reste sous administration américaine jusqu'au 15 mai 1972 et concentre encore la majorité des installations réservées à l'usage exclusif des forces américaines au Japon, source de tensions locales durables.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 1853-1854 | Expédition Perry, traité de Kanagawa |
| 1905 | Traité de Portsmouth sous médiation américaine |
| 7 décembre 1941 | Attaque de Pearl Harbor |
| 6 et 9 août 1945 | Bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki |
| 8 septembre 1951 | Traité de San Francisco et premier traité de sécurité |
| 19 janvier 1960 | Traité de coopération mutuelle et de sécurité |
| 15 mai 1972 | Rétrocession d'Okinawa |
| 22 septembre 1985 | Accords du Plaza sur la réévaluation du yen |
| 27 mai 2016 | Barack Obama à Hiroshima, première visite d'un président en exercice |
| Décembre 2016 | Shinzo Abe se recueille à Pearl Harbor |
| Juillet 2025 | Accord commercial : droits de 15 % et promesse d'investissements japonais aux États-Unis |
Rivalités commerciales : du « Japan bashing » à l'investissement
Dans les années 1970 et 1980, l'essor de l'industrie japonaise (acier, automobile, électronique) creuse un déficit commercial américain considérable. Washington obtient des « restrictions volontaires » sur les exportations de voitures japonaises (1981), la réévaluation du yen par les accords du Plaza (1985), puis un accord sur les semi-conducteurs (1986). La réponse japonaise est durable : Toyota, Honda ou Nissan construisent des usines aux États-Unis, notamment dans le Sud (Kentucky, Tennessee, Alabama), et deviennent des employeurs majeurs.
Les droits de douane restent un instrument récurrent. En 2025, après l'imposition de droits sur l'automobile, les deux pays concluent en juillet un accord fixant à 15 % la plupart des droits américains, assorti d'un engagement d'investissements japonais aux États-Unis. La même année, Nippon Steel rachète U.S. Steel après plus d'un an de blocage politique, en concédant au gouvernement américain une « action spécifique ». Le cadre général de ces mesures est expliqué sur la page droits de douane.
Une alliance au cœur de la stratégie asiatique
L'alliance s'est élargie à mesure que montait la puissance chinoise. Les directives de défense de 1997 et de 2015 étendent le rôle des Forces japonaises d'autodéfense, et la réinterprétation constitutionnelle de 2014 autorise la « légitime défense collective ». Le Japon participe au Quad avec les États-Unis, l'Australie et l'Inde. Washington a confirmé à plusieurs reprises que l'article 5 du traité de 1960 s'applique aux îles Senkaku, revendiquées par Pékin (voir Chine – États-Unis). La menace balistique de la Corée du Nord renforce cette coopération, notamment en matière de défense antimissile.
Questions fréquentes
Pourquoi y a-t-il des bases américaines au Japon ?
Le traité de sécurité de 1960 autorise le stationnement de forces américaines en échange de l'engagement des États-Unis à défendre le Japon. Ces bases, de Yokosuka à Okinawa, permettent aussi aux États-Unis d'intervenir partout dans le Pacifique occidental.
Un président américain s'est-il excusé pour Hiroshima ?
Non. Barack Obama s'est rendu à Hiroshima le 27 mai 2016, première visite d'un président en exercice, pour rendre hommage aux victimes sans présenter d'excuses. En décembre de la même année, Shinzo Abe s'est rendu à Pearl Harbor.
Le Japon a-t-il une armée ?
L'article 9 de la Constitution de 1947 renonce à la guerre, mais le Japon dispose depuis 1954 des Forces d'autodéfense, dont le rôle a été progressivement élargi, notamment en 2014-2015 avec la reconnaissance du droit à la légitime défense collective.
Qu'est-ce que l'internement des Américains d'origine japonaise ?
À partir de 1942, environ 120 000 personnes d'origine japonaise vivant sur la côte Ouest sont déplacées dans des camps. Le Civil Liberties Act de 1988 reconnaît une injustice fondée sur des préjugés raciaux et verse 20 000 dollars à chaque survivant.