La guerre froide vue des États-Unis (1947-1991)

De la doctrine Truman de 1947 à la dissolution de l'URSS le 26 décembre 1991, les États-Unis et l'Union soviétique s'affrontent pendant 44 ans sans guerre directe, par alliances, course aux armements, conflits périphériques et compétition idéologique. Les États-Unis en sortent seule superpuissance.

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L'expression « guerre froide » est popularisée en 1947 par le journaliste Walter Lippmann. Elle désigne un affrontement global où la dissuasion nucléaire empêche le conflit direct, mais où les guerres « chaudes » par procuration font des millions de morts, de la Corée à l'Afghanistan.

Les origines : de l'alliance à l'endiguement (1945-1949)

Alliés contre l'Allemagne, Américains et Soviétiques se divisent dès 1945 sur le sort de l'Europe de l'Est, où l'Armée rouge installe des régimes communistes. Dans son « long télégramme » de février 1946, le diplomate George Kennan théorise l'endiguement (containment) ; le 5 mars 1946, Churchill dénonce à Fulton (Missouri) le « rideau de fer ».

Le 12 mars 1947, Harry Truman annonce que les États-Unis soutiendront « les peuples libres qui résistent aux tentatives d'asservissement » : c'est la doctrine Truman, appliquée d'abord à la Grèce et à la Turquie. Le plan Marshall (1948-1952) apporte environ 13 milliards de dollars à l'Europe de l'Ouest, dont environ 2,7 milliards à la France. Le blocus de Berlin (juin 1948-mai 1949) est contourné par un pont aérien. Le 4 avril 1949, le traité de l'Atlantique Nord fonde l'OTAN. En août 1949, l'URSS fait exploser sa première bombe atomique ; en octobre, Mao proclame la République populaire de Chine.

Corée, maccarthysme et équilibre de la terreur (1950-1960)

Le 25 juin 1950, la Corée du Nord envahit le Sud. Sous mandat de l'ONU, les États-Unis interviennent ; l'entrée en guerre de la Chine en novembre 1950 conduit à une impasse. L'armistice du 27 juillet 1953 rétablit la ligne de partage près du 38e parallèle. La guerre coûte la vie à environ 36 500 Américains.

À l'intérieur, la « peur rouge » culmine avec le sénateur Joseph McCarthy (1950-1954), les listes noires d'Hollywood et l'exécution des époux Rosenberg (1953). Sous Dwight Eisenhower, la stratégie de « représailles massives » s'appuie sur l'arme nucléaire ; la CIA organise des coups d'État en Iran (1953) et au Guatemala (1954). Le lancement de Spoutnik par l'URSS, le 4 octobre 1957, crée un choc : les États-Unis fondent la NASA en 1958 et lancent la course à l'espace (voir la conquête spatiale).

Le moment le plus dangereux : Berlin et Cuba (1961-1962)

Sous John F. Kennedy, le débarquement d'exilés cubains soutenus par la CIA dans la baie des Cochons échoue (17-20 avril 1961). En août 1961, la RDA construit le mur de Berlin ; Kennedy y prononce son « Ich bin ein Berliner » le 26 juin 1963.

En octobre 1962, un avion espion U-2 photographie des rampes de missiles soviétiques à Cuba. Pendant treize jours (16-28 octobre), le monde est au bord de la guerre nucléaire. Kennedy impose une « quarantaine » navale ; Khrouchtchev accepte de retirer les missiles en échange de l'engagement américain de ne pas envahir Cuba et, secrètement, du retrait des missiles Jupiter de Turquie. Un « téléphone rouge » (en réalité un téléscripteur) relie Washington et Moscou à partir de 1963 (voir Cuba – États-Unis).

Vietnam et détente (1964-1979)

Au nom de la « théorie des dominos », les États-Unis s'engagent massivement au Vietnam sous Lyndon B. Johnson : jusqu'à 543 000 soldats en 1969 et plus de 58 000 morts. L'échec de la guerre du Vietnam pousse Richard Nixon et Henry Kissinger vers la détente : voyage à Pékin (février 1972), accords SALT I de limitation des armements stratégiques et traité ABM (mai 1972), puis Acte final d'Helsinki (1975). L'invasion soviétique de l'Afghanistan, en décembre 1979, y met fin ; les États-Unis boycottent les Jeux olympiques de Moscou en 1980.

Reagan et la fin de l'URSS (1980-1991)

Ronald Reagan relance la course aux armements, qualifie l'URSS d'« empire du mal » (1983) et annonce l'Initiative de défense stratégique, dite « guerre des étoiles ». La crise des euromissiles divise l'Europe. L'arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev en 1985 change la donne : le traité FNI de décembre 1987 élimine une catégorie entière de missiles nucléaires, et l'Armée rouge quitte l'Afghanistan en 1989.

Le mur de Berlin tombe le 9 novembre 1989. Sous George H. W. Bush, l'Allemagne est réunifiée le 3 octobre 1990 et le traité START I est signé en juillet 1991. Après l'échec du putsch d'août 1991, l'URSS est dissoute le 26 décembre 1991. Les historiens débattent du poids respectif de la pression américaine, de l'épuisement économique soviétique et des choix de Gorbatchev. Les relations avec Moscou depuis lors sont traitées dans la page Russie – États-Unis.

Course aux armements en chiffres

AnnéeOgives nucléaires américainesOgives nucléaires soviétiques
1950Environ 300Environ 5
1962Environ 25 500Environ 3 300
1967 (pic américain)Environ 31 255Environ 8 400
1986 (pic soviétique)Environ 23 300Environ 40 000
1991Environ 19 000Environ 35 000

Estimations de la Federation of American Scientists et du Bulletin of the Atomic Scientists ; le chiffre américain de 1967 a été rendu public par le gouvernement fédéral, les chiffres soviétiques restent approximatifs.

Chronologie

DateÉvénement
12 mars 1947Doctrine Truman
1948-1949Blocus et pont aérien de Berlin
4 avril 1949Création de l'OTAN
1950-1953Guerre de Corée
4 octobre 1957Spoutnik
Avril 1961Baie des Cochons
13 août 1961Construction du mur de Berlin
16-28 octobre 1962Crise des missiles de Cuba
20 juillet 1969Apollo 11 sur la Lune
26 mai 1972Accords SALT I
Décembre 1979Invasion soviétique de l'Afghanistan
8 décembre 1987Traité FNI
9 novembre 1989Chute du mur de Berlin
26 décembre 1991Dissolution de l'URSS

Questions fréquentes

Quand a commencé et fini la guerre froide ?

On la date généralement de 1947 (doctrine Truman) à 1991 (dissolution de l'URSS), certains historiens la faisant commencer dès 1945.

Pourquoi parle-t-on de guerre « froide » ?

Parce que les deux superpuissances ne se sont jamais affrontées directement, la dissuasion nucléaire rendant un tel conflit suicidaire. Les guerres par procuration ont cependant été meurtrières.

Quel a été le moment le plus dangereux ?

La crise des missiles de Cuba, en octobre 1962, est considérée comme le point le plus proche d'une guerre nucléaire.

Quel rôle a joué la France ?

Alliée des États-Unis et membre fondateur de l'OTAN, la France du général de Gaulle se dote de l'arme nucléaire (1960) et quitte le commandement intégré de l'OTAN en 1966, tout en soutenant Washington lors de la crise de Cuba. Elle le réintègre en 2009.

Sources