La guerre du Vietnam et l'engagement américain

Pour contenir le communisme en Asie du Sud-Est, les États-Unis s'engagent au Vietnam d'abord par des conseillers (1955), puis par une guerre ouverte à partir de 1965, avec jusqu'à 543 000 soldats. Ils se retirent en 1973 après plus de 58 000 morts ; Saïgon tombe le 30 avril 1975.

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Les Vietnamiens parlent de « guerre américaine ». Ce fut la plus longue guerre de l'histoire des États-Unis jusqu'à celle d'Afghanistan, et la première qu'ils ont perdue. Elle a profondément divisé la société américaine et transformé les rapports entre le pouvoir, la presse et l'opinion.

L'héritage de la guerre d'Indochine

Après 1945, la France tente de reprendre le contrôle de l'Indochine face au Viêt-minh de Hô Chi Minh. Avec la guerre froide et la victoire communiste en Chine (1949), Washington voit dans ce conflit un front contre le communisme : à partir de 1950, l'aide américaine finance une part croissante de l'effort de guerre français, environ 80 % en 1954 selon les estimations courantes. Dwight Eisenhower refuse toutefois une intervention aérienne pour sauver le camp retranché de Diên Biên Phu, qui tombe le 7 mai 1954.

Les accords de Genève (21 juillet 1954) partagent provisoirement le Vietnam au 17e parallèle et prévoient des élections de réunification en 1956. Les États-Unis, qui ne signent pas les accords, soutiennent au Sud le régime de Ngô Dinh Diêm, qui refuse ces élections. Eisenhower justifie l'engagement par la « théorie des dominos » : si le Vietnam tombe, toute l'Asie du Sud-Est suivra.

Des conseillers à la guerre ouverte (1955-1965)

Le Military Assistance Advisory Group pour le Vietnam est créé le 1er novembre 1955, date retenue par le département de la Défense comme début de l'engagement. Sous John F. Kennedy, le nombre de conseillers passe d'environ 900 à plus de 16 000 fin 1963. Le régime Diêm, impopulaire, est renversé et Diêm assassiné le 2 novembre 1963, avec l'assentiment de Washington.

Les 2 et 4 août 1964, des incidents opposent des destroyers américains à des vedettes nord-vietnamiennes dans le golfe du Tonkin ; on sait aujourd'hui que la seconde attaque n'a pas eu lieu. Le Congrès vote le 7 août la résolution du golfe du Tonkin (416 voix contre 0 à la Chambre, 88 contre 2 au Sénat), qui donne carte blanche à Lyndon B. Johnson. En mars 1965 commencent les bombardements du Nord (opération Rolling Thunder) et le débarquement des premières unités de combat, les Marines, à Da Nang.

L'escalade et l'offensive du Têt (1965-1968)

Fin d'annéeMilitaires américains au Vietnam
1960Environ 900
1963Environ 16 300
1965Environ 184 300
1967Environ 485 600
Avril 1969 (pic)Environ 543 400
1971Environ 156 800
1972Environ 24 200

Le général Westmoreland mène une guerre d'usure fondée sur le « décompte des corps » et des opérations de « recherche et destruction », face à une guérilla insaisissable ravitaillée par la piste Hô Chi Minh. Les États-Unis larguent sur l'Indochine plus de bombes que pendant toute la Seconde Guerre mondiale, et l'agent orange défolie environ 2 millions d'hectares.

Le 30 janvier 1968, pendant la trêve du Nouvel An lunaire, le Viêt-cong et l'armée nord-vietnamienne attaquent plus de 100 villes du Sud, jusqu'à l'ambassade américaine de Saïgon. Militairement, l'offensive du Têt est un échec pour les communistes ; politiquement, elle ruine la crédibilité du discours officiel. Le 16 mars 1968, des soldats américains massacrent environ 500 civils au village de My Lai, fait révélé fin 1969. Le 31 mars 1968, Johnson renonce à se représenter.

La contestation aux États-Unis

Environ 2,2 millions d'hommes sont appelés par la conscription ; le système d'ajournements pour les étudiants fait peser l'effort sur les classes populaires et, au début, sur les Afro-Américains. Le mouvement antiguerre grandit dans les universités : marche sur le Pentagone (octobre 1967), Moratoire du 15 octobre 1969, qui réunit des millions de participants dans tout le pays. Martin Luther King dénonce la guerre en 1967 (voir les droits civiques). Le 4 mai 1970, la garde nationale tue quatre étudiants à l'université d'État de Kent (Ohio), après l'annonce de l'intervention au Cambodge. En 1971, la publication des « Pentagon Papers » par le New York Times révèle que plusieurs administrations ont trompé l'opinion.

Vietnamisation, accords de Paris et chute de Saïgon

Élu en 1968, Richard Nixon engage la « vietnamisation » : retrait progressif des troupes et transfert des combats à l'armée sud-vietnamienne, tout en étendant les bombardements au Cambodge et au Laos. Les négociations ouvertes à Paris en mai 1968, notamment les rencontres secrètes entre Henry Kissinger et Lê Duc Tho, aboutissent aux accords de Paris du 27 janvier 1973. Les derniers soldats de combat quittent le pays le 29 mars 1973. La conscription est suspendue la même année, et le Congrès vote en novembre 1973 la War Powers Resolution, qui encadre l'engagement des forces armées.

Privé du soutien américain, le Sud-Vietnam s'effondre lors de l'offensive nord-vietnamienne du printemps 1975. Sous Gerald Ford, l'opération Frequent Wind évacue par hélicoptère environ 7 000 personnes les 29 et 30 avril. Saïgon tombe le 30 avril 1975.

Bilan et héritage

Environ 2,7 millions d'Américains servent au Vietnam. Le mur du Vietnam Veterans Memorial à Washington, conçu par Maya Lin et inauguré le 13 novembre 1982, porte plus de 58 000 noms, liste complétée au fil des ans par des soldats morts des suites de leurs blessures ; les Archives nationales recensent 58 220 morts américains dans leur fichier statistique. Environ 153 000 militaires sont blessés gravement. Les pertes vietnamiennes, civiles et militaires, sont estimées entre 1,3 et 3 millions selon les sources, Hanoï avançant en 1995 le chiffre d'environ 3 millions ; il faut y ajouter les victimes au Laos et au Cambodge. Environ 1 500 Américains sont toujours portés disparus.

Le « syndrome du Vietnam » pèse durablement sur la politique étrangère américaine, jusqu'à la guerre du Golfe de 1991. Les relations diplomatiques avec Hanoï sont rétablies en juillet 1995 sous Bill Clinton. Le Vietnam est aujourd'hui un partenaire économique important des États-Unis. Le cinéma a largement façonné la mémoire du conflit, de Voyage au bout de l'enfer à Apocalypse Now (voir Hollywood).

Chronologie

DateÉvénement
7 mai 1954Chute de Diên Biên Phu
21 juillet 1954Accords de Genève
1er novembre 1955Création du MAAG Vietnam
2 novembre 1963Assassinat de Ngô Dinh Diêm
7 août 1964Résolution du golfe du Tonkin
8 mars 1965Débarquement des Marines à Da Nang
30 janvier 1968Offensive du Têt
16 mars 1968Massacre de My Lai
4 mai 1970Fusillade de Kent State
27 janvier 1973Accords de Paris
29 mars 1973Départ des dernières troupes de combat
30 avril 1975Chute de Saïgon
11 juillet 1995Normalisation des relations

Questions fréquentes

Combien d'Américains sont morts au Vietnam ?

58 220 selon le fichier statistique des Archives nationales ; le mémorial de Washington porte plus de 58 000 noms, liste complétée régulièrement.

Pourquoi les États-Unis sont-ils intervenus au Vietnam ?

Pour empêcher la victoire du communisme au Vietnam et, selon la théorie des dominos, en Asie du Sud-Est, dans le cadre de la stratégie d'endiguement de la guerre froide.

Quand les États-Unis ont-ils quitté le Vietnam ?

Les dernières troupes de combat partent le 29 mars 1973 ; les derniers Américains sont évacués de Saïgon le 30 avril 1975.

Quel lien avec la France ?

L'engagement américain prend la suite de la guerre d'Indochine perdue par la France en 1954, et la paix de 1973 est négociée et signée à Paris.

Qu'est-ce que l'incident du golfe du Tonkin ?

Des affrontements navals en août 1964, dont le second n'a en réalité pas eu lieu, qui ont servi à justifier l'escalade décidée par Johnson.

Sources