La crise de 1929, du krach de Wall Street à la Grande Dépression

Le krach de Wall Street des 24 au 29 octobre 1929 ouvre la plus grave crise économique de l'histoire américaine. Entre 1929 et 1933, la production chute d'un quart, environ 9 000 banques font faillite et le chômage atteint 25 % de la population active.

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Le krach boursier n'est pas à lui seul la cause de la Grande Dépression : c'est l'enchaînement de faillites bancaires, de contraction monétaire et de repli protectionniste qui transforme une récession en effondrement mondial, durable jusqu'à la fin des années 1930.

Baisse du Dow Jones
−89 % (sept. 1929 – juillet 1932)
PIB réel
Environ −26 % (1929-1933)
Chômage
Environ 25 % en 1933
Faillites bancaires
Environ 9 000 (1930-1933)

Les « Années folles » et la bulle

Après la Première Guerre mondiale, les États-Unis connaissent une forte croissance : automobile (la Ford T est produite à plus de 15 millions d'exemplaires entre 1908 et 1927), électricité, radio, crédit à la consommation. Sous les présidents républicains Harding, Calvin Coolidge puis Herbert Hoover, l'État intervient peu.

La spéculation boursière s'emballe à partir de 1927. Les particuliers achètent à crédit, « sur marge », en n'avançant souvent que 10 % du prix des actions ; les prêts aux courtiers atteignent environ 8,5 milliards de dollars en 1929. Le Dow Jones est multiplié par environ quatre entre 1924 et son sommet de 381,17 points, le 3 septembre 1929. Pendant ce temps, l'agriculture est déjà en crise, les inégalités de revenu culminent et la production industrielle fléchit dès l'été 1929.

Le krach d'octobre 1929

Le jeudi 24 octobre 1929 (« Jeudi noir »), la panique saisit la Bourse de New York : près de 13 millions d'actions changent de mains. Un pool de grands banquiers emmenés par J. P. Morgan & Co. achète massivement pour stabiliser les cours. En vain : le lundi 28 octobre, le Dow Jones perd 12,8 %, puis 11,7 % le mardi 29 octobre (« Mardi noir »), avec plus de 16 millions de titres échangés, un record qui tiendra près de 40 ans. Après un rebond trompeur au printemps 1930, la baisse reprend jusqu'au point bas de 41,22 points le 8 juillet 1932, soit une chute de 89 % depuis le sommet. Le Dow Jones ne retrouvera son niveau de 1929 qu'en novembre 1954. Le fonctionnement de la place est décrit dans la page Wall Street.

Comment le krach devient Grande Dépression

Les économistes retiennent plusieurs mécanismes, dont le poids respectif reste débattu :

  • Les paniques bancaires : en l'absence d'assurance des dépôts, les épargnants retirent leurs fonds en masse. Environ 9 000 banques ferment entre 1930 et 1933, anéantissant l'épargne de millions de ménages.
  • L'erreur de politique monétaire : selon Milton Friedman et Anna Schwartz (1963), la Réserve fédérale laisse la masse monétaire chuter d'environ un tiers ; Ben Bernanke, futur président de la Fed, a ajouté le rôle de la désorganisation du crédit (prix Nobel 2022).
  • L'étalon-or, qui transmet la déflation aux autres pays et empêche les relances. Les pays sortis tôt de l'or (Royaume-Uni en 1931) se redressent plus vite que ceux restés attachés, comme la France jusqu'en 1936.
  • Le protectionnisme : le tarif Smoot-Hawley du 17 juin 1930 relève les droits de douane sur plus de 20 000 produits ; les représailles contribuent à l'effondrement du commerce mondial, réduit d'environ deux tiers en valeur entre 1929 et 1934.
  • La déflation : les prix à la consommation baissent d'environ 25 % entre 1929 et 1933, alourdissant le poids réel des dettes (analyse d'Irving Fisher).

La société dans la Dépression

AnnéeTaux de chômage (estimation)Variation du PIB réel
19293,2 %+6,5 %
19308,7 %−8,5 %
193115,9 %−6,4 %
193223,6 %−12,9 %
193324,9 %−1,2 %
193714,3 %+5,1 %
193819,0 %−3,3 %

Les taux de chômage sont des reconstitutions rétrospectives (série de Stanley Lebergott reprise par le Bureau of Labor Statistics) ; les variations du PIB proviennent du Bureau of Economic Analysis. Environ 12 à 15 millions de personnes sont sans emploi en 1933, sans indemnisation fédérale. Les bidonvilles surnommés « Hoovervilles » se multiplient. En juillet 1932, l'armée disperse à Washington la « Bonus Army » de 15 000 à 20 000 anciens combattants réclamant le paiement anticipé d'une prime.

Dans les Grandes Plaines, la sécheresse et l'érosion des sols provoquent le Dust Bowl : des centaines de milliers d'habitants de l'Oklahoma, du Kansas et du Texas migrent vers la Californie, exode immortalisé par Les Raisins de la colère de John Steinbeck (1939) et les photographies de Dorothea Lange (voir la littérature américaine).

Hoover, Roosevelt et le New Deal

Herbert Hoover n'est pas resté inactif, contrairement à sa réputation : il crée en 1932 la Reconstruction Finance Corporation pour prêter aux banques et aux entreprises, mais refuse l'aide directe aux chômeurs et défend l'équilibre budgétaire. Il est battu largement par Franklin D. Roosevelt en novembre 1932.

Investi le 4 mars 1933, Roosevelt ferme toutes les banques dès le 6 mars (« bank holiday ») et ne rouvre que celles jugées solides. Les « Cent jours » produisent une avalanche de lois : Glass-Steagall Act (séparation des banques de dépôt et d'investissement, création de l'assurance des dépôts FDIC), grands travaux, soutien des prix agricoles. Suivent la Securities and Exchange Commission (1934) et le Social Security Act (14 août 1935). Le détail de ces politiques figure dans la page sur le New Deal.

La reprise est réelle à partir de 1933 mais incomplète : une rechute en 1937-1938, liée au resserrement budgétaire et monétaire, fait remonter le chômage à 19 %. Le plein emploi ne revient qu'avec la mobilisation de la Seconde Guerre mondiale.

Leçons et héritage

La crise a façonné les institutions américaines : assurance des dépôts, régulation boursière, sécurité sociale, rôle de prêteur en dernier ressort de la Fed. En 2008, face à la faillite de Lehman Brothers, Ben Bernanke, spécialiste de la Grande Dépression, applique la leçon inverse de 1930 : injection massive de liquidités et sauvetage du système bancaire. En France, la crise arrive plus tard (1931) et dure plus longtemps, contribuant à l'instabilité politique des années 1930.

Chronologie

DateÉvénement
3 septembre 1929Sommet du Dow Jones (381,17)
24 octobre 1929Jeudi noir
28-29 octobre 1929Lundi et Mardi noirs
17 juin 1930Tarif Smoot-Hawley
Décembre 1930Faillite de la Bank of United States à New York
8 juillet 1932Point bas du Dow Jones (41,22)
Juillet 1932Dispersion de la Bonus Army
4 mars 1933Investiture de Roosevelt
6 mars 1933Fermeture des banques (bank holiday)
16 juin 1933Glass-Steagall Act
14 août 1935Social Security Act
1937-1938Rechute de l'économie
23 novembre 1954Le Dow Jones retrouve son record de 1929

Questions fréquentes

Quelle est la cause de la crise de 1929 ?

Une bulle spéculative financée à crédit, puis un krach suivi de paniques bancaires, d'une contraction monétaire que la Fed n'a pas enrayée, de la déflation et du protectionnisme.

Combien de temps a duré la Grande Dépression ?

Aux États-Unis, la contraction dure d'août 1929 à mars 1933 ; la reprise est lente et interrompue en 1937-1938. Le chômage ne retombe sous 5 % qu'en 1942.

Quel était le taux de chômage pendant la crise de 1929 ?

Environ 25 % en 1933, selon les estimations rétrospectives du Bureau of Labor Statistics.

Le krach de 1929 a-t-il provoqué une vague de suicides à Wall Street ?

C'est en grande partie une légende : les statistiques ne montrent pas de pic de suicides en octobre-novembre 1929 à New York, même si quelques cas ont été très médiatisés.

Quelle différence entre la crise de 1929 et celle de 2008 ?

En 2008, la Fed et le Trésor ont injecté massivement des liquidités et garanti les banques ; la récession a été sévère, mais le PIB n'a reculé qu'environ 4 %, contre 26 % entre 1929 et 1933.

Sources