France et États-Unis, quatre siècles d'histoire partagée

La France est le plus ancien allié des États-Unis : le traité d'alliance du 6 février 1778 a été décisif pour l'indépendance américaine. Depuis, les deux pays ont été liés par la vente de la Louisiane, la Statue de la Liberté et deux guerres mondiales, sans que cette amitié exclue de fortes crises.

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Cette page retrace l'histoire de la relation jusqu'aux années 2000. L'état actuel des relations diplomatiques et commerciales est traité dans la page France – États-Unis : relations actuelles.

La Nouvelle-France sur le territoire américain

En 1524, le Florentin Giovanni da Verrazzano, au service de François Ier, est le premier Européen à entrer dans la baie de New York, qu'il baptise « Nouvelle-Angoulême ». Au XVIIe siècle, les Français explorent l'intérieur du continent depuis le Saint-Laurent : Jacques Marquette et Louis Jolliet descendent le Mississippi en 1673, Cavelier de La Salle atteint son embouchure en 1682 et nomme la Louisiane. Antoine de La Mothe-Cadillac fonde Detroit en 1701, Bienville La Nouvelle-Orléans en 1718, Pierre Laclède et Auguste Chouteau Saint-Louis en 1764. Des centaines de toponymes en témoignent : Des Moines, Boise, Baton Rouge, Pierre, Eau Claire, Vermont.

Les huguenots chassés par la révocation de l'édit de Nantes (1685) s'installent notamment à New York et à Charleston ; les Acadiens déportés par les Britanniques à partir de 1755 refont leur vie en Louisiane, où ils deviennent les Cadiens (Cajuns). La guerre de Sept Ans (1756-1763) met fin à l'Amérique française continentale.

L'alliance fondatrice (1776-1783)

Dès 1776, la France aide secrètement les insurgés américains, notamment par Beaumarchais. Benjamin Franklin, très populaire à Paris, négocie les traités du 6 février 1778 : la France est la première puissance à reconnaître les États-Unis. Le marquis de La Fayette, le comte de Rochambeau et l'amiral de Grasse jouent un rôle décisif à Yorktown en 1781 (voir la guerre d'indépendance).

La Fayette devient un héros national américain. Lors de sa tournée triomphale de 1824-1825, il visite les 24 États de l'Union ; des dizaines de villes et comtés portent son nom, dont Lafayette en Louisiane. Sa tombe, au cimetière de Picpus à Paris, est recouverte de terre de Bunker Hill ; un drapeau américain y flotte en permanence, renouvelé chaque 4 juillet. Le Congrès l'a fait citoyen d'honneur des États-Unis en 2002.

Thomas Jefferson, ambassadeur à Paris de 1785 à 1789, assiste aux débuts de la Révolution française et conseille La Fayette dans la rédaction de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.

De la quasi-guerre à la Louisiane (1793-1803)

La Révolution française divise les Américains. Washington proclame la neutralité en 1793, et le traité Jay avec Londres (1794) irrite Paris. L'affaire XYZ (1797), où des émissaires de Talleyrand réclament un pot-de-vin aux diplomates américains, débouche sur la « quasi-guerre » (1798-1800), un conflit naval non déclaré dans les Antilles. La convention de Mortefontaine (30 septembre 1800) met fin à l'alliance de 1778. Trois ans plus tard, Bonaparte vend la Louisiane : environ 2,1 millions de km² pour 15 millions de dollars (voir la vente de la Louisiane).

Le XIXe siècle : Tocqueville, Mexique et Statue de la Liberté

Alexis de Tocqueville parcourt les États-Unis en 1831-1832 avec Gustave de Beaumont ; De la démocratie en Amérique (1835 et 1840) reste l'un des livres les plus cités sur le pays. Sous le Second Empire, les relations se tendent : Napoléon III envisage de reconnaître la Confédération pendant la guerre de Sécession et installe Maximilien au Mexique, avant de retirer ses troupes sous la pression américaine en 1867.

Le juriste Édouard de Laboulaye propose en 1865 d'offrir aux États-Unis un monument célébrant la liberté et l'amitié des deux peuples. Œuvre du sculpteur Auguste Bartholdi, avec une structure interne conçue par Gustave Eiffel, financée par souscription en France, la statue est inaugurée à New York le 28 octobre 1886. Son histoire et sa visite sont détaillées dans la page Statue de la Liberté.

Deux guerres mondiales

Pendant la Première Guerre mondiale, des volontaires américains forment dès 1916 l'Escadrille La Fayette. Les États-Unis déclarent la guerre à l'Allemagne le 6 avril 1917. Le général Pershing débarque à Boulogne le 13 juin 1917 ; le 4 juillet, sur la tombe de La Fayette, le colonel Charles Stanton lance : « La Fayette, nous voici ! ». Environ 2 millions de soldats américains servent en France ; l'offensive Meuse-Argonne (26 septembre-11 novembre 1918) est la bataille la plus meurtrière de l'histoire militaire américaine, avec environ 26 000 tués. Le président Woodrow Wilson séjourne près de six mois en France pour la conférence de la paix de 1919 (voir la Première Guerre mondiale).

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Washington maintient des relations avec Vichy jusqu'en 1942, et Roosevelt se méfie du général de Gaulle. Le Débarquement du 6 juin 1944 en Normandie, celui de Provence le 15 août et la libération de Paris le 25 août 1944 scellent pourtant une mémoire commune (voir les États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale). La France compte aujourd'hui onze cimetières militaires américains, dont celui de Colleville-sur-Mer.

Alliés mais pas alignés (1945-2003)

Le plan Marshall apporte à la France environ 2,7 milliards de dollars entre 1948 et 1952. Les deux pays fondent l'OTAN en 1949. Mais les crises se succèdent : lâchage américain lors de l'expédition de Suez (1956), retrait de la France du commandement militaire intégré de l'OTAN décidé par de Gaulle en 1966, et départ des bases américaines en 1967. La France ne réintègre ce commandement qu'en 2009. De Gaulle se montre pourtant le plus ferme soutien de Kennedy lors de la crise de Cuba en 1962 (voir la guerre froide).

En 2003, le refus de Jacques Chirac et de Dominique de Villepin de soutenir à l'ONU l'invasion de l'Irak provoque la crise la plus vive depuis 1966 : appels au boycott, « freedom fries » à la cafétéria du Congrès. Les relations se normalisent dès 2004-2007, notamment dans la lutte antiterroriste et au Sahel.

Chronologie

DateÉvénement
1524Verrazzano dans la baie de New York
1682La Salle revendique la Louisiane
6 février 1778Traités d'alliance et de commerce
19 octobre 1781Victoire franco-américaine de Yorktown
1798-1800Quasi-guerre navale
30 avril 1803Vente de la Louisiane
1835-1840De la démocratie en Amérique
28 octobre 1886Inauguration de la Statue de la Liberté
4 juillet 1917« La Fayette, nous voici ! »
6 juin 1944Débarquement de Normandie
4 avril 1949Traité de l'Atlantique Nord
1966Retrait du commandement intégré de l'OTAN
Février-mars 2003Crise diplomatique sur l'Irak
2009Retour dans le commandement intégré

Questions fréquentes

Pourquoi dit-on que la France est le plus vieil allié des États-Unis ?

Parce que le traité d'alliance de 1778 est le premier signé par les États-Unis avec une puissance étrangère, et que la France a été décisive dans leur indépendance.

Qui était La Fayette pour les Américains ?

Un jeune noble français devenu major général de l'armée continentale à 19 ans, proche de Washington, présent à Yorktown, et considéré comme un héros de la Révolution américaine.

Qui a offert la Statue de la Liberté ?

Le peuple français, par souscription, à l'initiative d'Édouard de Laboulaye ; elle a été sculptée par Bartholdi et inaugurée en 1886. Les Américains ont financé le piédestal.

Combien de soldats américains sont morts en France ?

Il n'existe pas de chiffre unique : la grande majorité des 53 000 Américains tués au combat en 1917-1918 sont tombés en France, ainsi que des dizaines de milliers en 1944-1945. Les onze cimetières de l'American Battle Monuments Commission en France rassemblent des dizaines de milliers de tombes, les autres corps ayant été rapatriés à la demande des familles.

Les États-Unis et la France ont-ils déjà été en guerre ?

Jamais officiellement, mais ils se sont affrontés lors de la « quasi-guerre » navale de 1798-1800, et les troupes américaines ont combattu les forces de Vichy lors du débarquement en Afrique du Nord en novembre 1942.

Sources