Suisse et États-Unis : deux « républiques sœurs » aux intérêts imbriqués

La relation entre la Suisse et les États-Unis repose sur trois piliers durables : les bons offices de la diplomatie suisse, qui représente les intérêts américains dans des pays sans relations avec Washington, des liens financiers marqués par la fin du secret bancaire, et un commerce dominé par la pharmacie, dont les États-Unis sont le premier débouché.

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La Suisse n'est ni membre de l'OTAN ni de l'Union européenne, ce qui fait d'elle un interlocuteur direct de Washington, sans passer par Bruxelles. Les États-Unis sont le premier marché d'exportation de la Suisse et l'un de ses premiers investisseurs étrangers, tandis que les entreprises suisses comptent parmi les principaux investisseurs étrangers aux États-Unis.

Premiers consulats
suisses aux États-Unis dès 1822
Puissance protectrice à Cuba
1961 – 2015
Puissance protectrice en Iran
depuis 1980
Accord FATCA
signé en 2013

Des « républiques sœurs »

Au XIXe siècle, la Suisse et les États-Unis se considèrent comme deux républiques fédérales dans un monde de monarchies. La Constitution fédérale suisse de 1848 s'inspire directement de la Constitution américaine : un parlement à deux chambres, dont l'une représente les cantons à égalité, comme le Sénat représente les États (voir fédéralisme américain). Les deux pays signent en 1850 une convention d'amitié et d'établissement. Des milliers de Suisses émigrent vers le Midwest, notamment au Wisconsin (New Glarus) et dans l'Ohio.

Neutralité et bons offices

La neutralité suisse est utile à Washington. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Suisse représente les intérêts américains auprès de l'Allemagne et du Japon, et Allen Dulles, futur directeur de la CIA, dirige depuis Berne le bureau des services secrets américains. Après la rupture avec Cuba en 1961, une « section des intérêts américains » fonctionne sous pavillon suisse à La Havane jusqu'au rétablissement des ambassades en 2015.

Depuis la crise des otages de 1980, la Suisse représente les États-Unis en Iran et transmet des messages entre les deux capitales, y compris en temps de crise. Genève accueille aussi des sommets décisifs : Reagan-Gorbatchev en novembre 1985, Biden-Poutine en juin 2021, ainsi que de nombreuses négociations sous l'égide de l'ONU.

Secret bancaire : l'offensive américaine

Dans les années 1990, la question des fonds en déshérence de victimes de la Shoah, dont l'enquête est conduite par la commission présidée par Paul Volcker, débouche en 1998 sur un accord de 1,25 milliard de dollars entre les grandes banques suisses et les plaignants, devant un tribunal fédéral de New York.

La décennie 2000 marque la fin du secret bancaire pour les contribuables américains. En 2009, UBS reconnaît avoir aidé des clients américains à frauder le fisc, paie 780 millions de dollars et livre les noms de milliers de titulaires de comptes. La loi FATCA (2010) oblige les banques du monde entier à déclarer les comptes de citoyens américains à l'IRS, sous peine d'une retenue de 30 % sur leurs revenus de source américaine ; la Suisse signe un accord d'application en 2013. La même année, la banque Wegelin, la plus ancienne du pays, ferme après sa condamnation, et le programme américain pour les banques suisses conduit plus de 80 établissements à payer des amendes. Credit Suisse plaide coupable en 2014.

Chronologie

DateÉvénement
1848Constitution fédérale suisse inspirée du modèle américain
1850Convention générale d'amitié et d'établissement
1961La Suisse devient puissance protectrice des États-Unis à Cuba
1980Mandat de puissance protectrice en Iran
Novembre 1985Sommet Reagan-Gorbatchev à Genève
1998Accord sur les fonds en déshérence
2009Affaire UBS
2013Accord FATCA et programme pour les banques suisses
2021Choix du F-35A américain pour l'aviation suisse
Août 2025Droits américains de 39 % sur une partie des importations suisses
Novembre 2025Accord ramenant ces droits à 15 %

Commerce : pharmacie, or et montres

La Suisse dégage un important excédent sur les biens avec les États-Unis, essentiellement grâce aux médicaments de Roche et Novartis, aux instruments de précision, à l'horlogerie et, certaines années, aux flux d'or raffiné. Washington lui reproche aussi périodiquement de maintenir le franc à un niveau artificiellement bas. À l'inverse, les États-Unis enregistrent un excédent sur les services avec la Suisse.

Ce déséquilibre explique le choc de 2025. Le 7 août 2025, les États-Unis imposent un droit de 39 % sur une partie des importations suisses, l'un des taux les plus élevés appliqués à un pays développé. Un accord conclu en novembre 2025 le ramène à 15 %, en échange d'engagements d'investissements suisses aux États-Unis. Le fondement juridique de ces droits, la loi IEEPA, est invalidé par la Cour suprême le 20 février 2026 (voir droits de douane).

Défense : la neutralité armée

Bien que neutre, la Suisse s'équipe largement de matériel américain : chasseurs F/A-18 dans les années 1990, puis choix du F-35A en 2021, validé après une campagne politique serrée, et système de défense aérienne Patriot. Elle participe depuis 1996 au Partenariat pour la paix de l'OTAN, sans engagement de défense mutuelle.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une puissance protectrice ?

C'est un État qui représente les intérêts d'un autre dans un pays avec lequel celui-ci n'a pas de relations diplomatiques. La Suisse a joué ce rôle pour les États-Unis à Cuba de 1961 à 2015, et le joue en Iran depuis 1980.

Le secret bancaire suisse existe-t-il encore pour les Américains ?

Non, pas à l'égard du fisc américain. Depuis l'accord FATCA de 2013, les banques suisses déclarent à l'IRS les comptes détenus par des contribuables américains.

Pourquoi les États-Unis ont-ils taxé la Suisse à 39 % ?

Le taux, appliqué à partir du 7 août 2025, était calculé à partir de l'excédent commercial suisse sur les biens, gonflé par la pharmacie et l'or. Un accord de novembre 2025 l'a ramené à 15 %.

Les citoyens suisses ont-ils besoin d'un visa pour les États-Unis ?

La Suisse participe au programme d'exemption de visa : pour un court séjour touristique ou d'affaires, une autorisation ESTA suffit, comme pour les ressortissants français.

Sources