Venezuela et États-Unis : du partenariat pétrolier à l'intervention de 2026

Fournisseur pétrolier majeur des États-Unis pendant la majeure partie du XXe siècle, le Venezuela est devenu sous Hugo Chávez (1999-2013) puis Nicolás Maduro l'un des principaux adversaires de Washington en Amérique latine. Cette rupture a conduit aux sanctions, à une crise migratoire régionale et, le 3 janvier 2026, à l'opération militaire américaine qui a capturé Nicolás Maduro à Caracas.

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Le Venezuela détient les plus importantes réserves prouvées de pétrole au monde, principalement du brut extra-lourd de la ceinture de l'Orénoque. Les raffineries américaines du golfe du Mexique ont été conçues en partie pour traiter ce type de pétrole, ce qui explique l'interdépendance historique des deux pays. Pour la présentation du pays lui-même, voir la fiche Venezuela.

Relations diplomatiques
établies en 1835
Nationalisation du pétrole
1er janvier 1976 (création de PDVSA)
Fermeture de l'ambassade américaine
mars 2019
Capture de Nicolás Maduro
3 janvier 2026

La doctrine Monroe et les crises du XIXe siècle

Le Venezuela est le théâtre de deux applications majeures de la doctrine Monroe. En 1895, Washington impose au Royaume-Uni un arbitrage sur la frontière avec la Guyane britannique, affirmant son droit de regard sur l'hémisphère. En 1902-1903, l'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Italie bloquent les ports vénézuéliens pour obtenir le paiement de dettes. En réaction, Theodore Roosevelt énonce en 1904 son « corollaire » : les États-Unis s'arrogent un pouvoir de police dans les Amériques pour prévenir les interventions européennes.

Le siècle du pétrole (1914-1998)

L'exploitation commence en 1914 à Mene Grande, près du lac de Maracaibo. Des compagnies américaines, Standard Oil of New Jersey (future Exxon) et Gulf en tête, dominent la production. Dans les années 1920, le Venezuela devient l'un des premiers exportateurs mondiaux. La loi de 1943 impose le partage des bénéfices à parts égales, un modèle bientôt copié au Moyen-Orient.

Le Venezuela cofonde l'OPEP à Bagdad en septembre 1960, à l'initiative de son ministre Juan Pablo Pérez Alfonzo. Le 13 mai 1958, la voiture du vice-président Richard Nixon est attaquée par la foule à Caracas, signe d'un sentiment antiaméricain déjà présent. La nationalisation de 1976 crée PDVSA, qui achète la raffinerie américaine Citgo (1986-1990) et entretient des liens commerciaux étroits avec les États-Unis, premier client du brut vénézuélien.

Chávez : la rupture (1999-2013)

Élu en décembre 1998, Hugo Chávez lance la « révolution bolivarienne » et s'allie à Cuba, puis à l'Iran et à la Russie. Le 11 avril 2002, un coup d'État l'écarte pendant deux jours ; la reconnaissance rapide du gouvernement putschiste par l'administration de George W. Bush alimente durablement les accusations d'ingérence. Le Venezuela continue pourtant de vendre son pétrole aux États-Unis. En 2006, à la tribune de l'ONU, Chávez traite George W. Bush de « diable ». Caracas expulse l'ambassadeur américain en 2008 puis refuse son successeur en 2010 : les deux pays ne sont plus représentés que par des chargés d'affaires.

Maduro : sanctions et crise migratoire (2013-2025)

Nicolás Maduro succède à Chávez en 2013. L'effondrement des cours du pétrole et la gestion économique provoquent hyperinflation, pénuries et un exode de plus de sept millions de Vénézuéliens, principalement vers la Colombie, le Pérou, le Brésil et les États-Unis. En mars 2015, Barack Obama déclare la situation vénézuélienne « menace pour la sécurité nationale », base juridique des sanctions. En 2017 puis 2019, sous Donald Trump, Washington interdit le financement de la dette vénézuélienne puis sanctionne PDVSA.

En janvier 2019, les États-Unis reconnaissent le président de l'Assemblée nationale, Juan Guaidó, comme président par intérim ; Caracas rompt les relations diplomatiques. Le 26 mars 2020, la justice américaine inculpe Nicolás Maduro de narcoterrorisme. Sous Joe Biden, une licence permet à Chevron de reprendre une activité limitée en 2022 et l'accord de la Barbade (octobre 2023) entraîne un allègement temporaire des sanctions, rétablies en 2024. L'élection présidentielle du 28 juillet 2024, dont l'opposition revendique la victoire en publiant les procès-verbaux, n'est pas reconnue par Washington.

À partir de 2025, la seconde administration Trump traite le dossier sous l'angle de l'immigration et du narcotrafic : le gang Tren de Aragua est désigné organisation terroriste en février 2025, la loi sur les ennemis étrangers de 1798 est invoquée en mars pour expulser des Vénézuéliens, et des frappes visent à partir de septembre 2025 des embarcations soupçonnées de transporter de la drogue dans les Caraïbes.

L'opération du 3 janvier 2026

Le 3 janvier 2026, après plusieurs mois de déploiement naval dans les Caraïbes, des forces spéciales américaines mènent une opération à Caracas, appuyée par des frappes aériennes, et capturent Nicolás Maduro et son épouse, Cilia Flores. Ils sont transférés à New York pour y être jugés devant un tribunal fédéral, notamment pour narcoterrorisme. La vice-présidente Delcy Rodríguez assume la présidence par intérim. Il s'agit de la première intervention militaire américaine ayant conduit à la capture d'un dirigeant latino-américain depuis celle de Manuel Noriega au Panama, en janvier 1990.

Chronologie

DateÉvénement
1895Crise frontalière avec la Guyane britannique
1902-1903Blocus européen ; corollaire Roosevelt en 1904
Septembre 1960Fondation de l'OPEP
1er janvier 1976Nationalisation du pétrole
Décembre 1998Élection d'Hugo Chávez
Avril 2002Coup d'État manqué contre Chávez
Mars 2015Décret Obama ouvrant la voie aux sanctions
Janvier 2019Reconnaissance de Juan Guaidó, sanctions contre PDVSA
26 mars 2020Inculpation de Nicolás Maduro à New York
28 juillet 2024Présidentielle contestée
Septembre 2025Premières frappes contre des embarcations dans les Caraïbes
3 janvier 2026Opération américaine à Caracas, capture de Nicolás Maduro

Questions fréquentes

Pourquoi les États-Unis s'intéressent-ils au pétrole vénézuélien ?

Le Venezuela possède les plus grandes réserves prouvées du monde, surtout du brut lourd que les raffineries du golfe du Mexique sont équipées pour traiter. Pendant des décennies, les États-Unis ont été le premier client de PDVSA, qui possède aussi le raffineur américain Citgo.

Que s'est-il passé le 3 janvier 2026 ?

Une opération militaire américaine à Caracas a capturé Nicolás Maduro et son épouse, Cilia Flores, transférés à New York pour y être jugés, notamment pour narcoterrorisme. Delcy Rodríguez, vice-présidente, a assumé la présidence par intérim.

De quoi Nicolás Maduro est-il accusé aux États-Unis ?

L'acte d'accusation rendu public le 26 mars 2020 à New York l'accuse de narcoterrorisme et de complot en vue d'importer de la cocaïne aux États-Unis, en lien avec les FARC colombiennes.

Qu'est-ce que le corollaire Roosevelt ?

Énoncé en 1904 après le blocus européen du Venezuela, il complète la doctrine Monroe : les États-Unis s'attribuent un pouvoir de « police internationale » dans les Amériques pour éviter que les puissances européennes n'y interviennent.

Sources