L'immigration aux États-Unis : histoire, règles et politique

Les États-Unis sont le pays qui compte le plus d'immigrés au monde : environ une personne sur sept y est née à l'étranger. L'immigration légale repose surtout sur la famille et le travail ; l'immigration irrégulière, au cœur du débat politique, a été fortement réduite à partir de 2025 par l'administration Trump.

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Pays bâti par les vagues successives d'arrivants, de la colonisation aux grandes migrations européennes passées par Ellis Island, les États-Unis restent la première destination des migrants dans le monde. L'immigration est aussi l'un des sujets les plus clivants de la vie politique, et l'un de ceux qui ont décidé de l'élection de 2024.

Part d'immigrés (record historique)
14,8 % en 1890
Point bas
4,7 % en 1970
Loi fondatrice du système actuel
1965 (Hart-Celler)
Dernière régularisation de masse
1986 (IRCA)

Les grandes vagues et les lois qui les ont encadrées

Jusqu'à la fin du XIXe siècle, l'entrée est presque libre. La loi d'exclusion des Chinois de 1882 inaugure les restrictions fondées sur l'origine. La grande vague de 1880-1920, venue d'Italie, d'Europe de l'Est, d'Irlande et d'Allemagne, porte la part d'immigrés à près de 15 % de la population. La loi de 1924 instaure des quotas par nationalité favorisant l'Europe du Nord et ferme presque le pays : en 1970, les immigrés ne représentent plus que 4,7 % de la population.

La loi Hart-Celler de 1965, votée dans le sillage du mouvement des droits civiques, supprime les quotas nationaux et fonde le système sur le regroupement familial et les compétences. Elle ouvre une nouvelle vague, venue surtout d'Amérique latine et d'Asie. L'Immigration Reform and Control Act de 1986, signée par Ronald Reagan, régularise environ 2,7 millions de sans-papiers et sanctionne l'emploi d'étrangers sans titre ; la loi de 1990 crée la loterie de la diversité et fixe les plafonds encore en vigueur dans leurs grandes lignes. Aucune réforme globale n'a été adoptée par le Congrès depuis : les tentatives de 2006, 2007 et 2013 ont échoué.

Les enquêtes du Census Bureau (American Community Survey) montrent la diversité des origines : le Mexique reste de loin le premier pays de naissance des immigrés (près d'un sur quatre dans les années 2020), devant l'Inde, la Chine, les Philippines, le Salvador, le Vietnam et Cuba. La Californie, le Texas, la Floride et l'État de New York en accueillent près de la moitié. Selon le Pew Research Center, la population immigrée a atteint un record d'environ 53 millions de personnes au début de 2025, avant de reculer, une première depuis les années 1960.

Les voies légales d'immigration

VoiePrincipe
Regroupement familialEnviron deux tiers des green cards. Conjoints, enfants mineurs et parents de citoyens américains sans quota ; autres membres de la famille soumis à des plafonds annuels et à de longues files d'attente.
Immigration professionnelle140 000 green cards par an fixées par la loi de 1990, réparties en catégories (talents exceptionnels, diplômés, travailleurs qualifiés, investisseurs EB-5) ; files d'attente de plusieurs années pour l'Inde et la Chine.
Visa H-1B (travail qualifié temporaire)Quota annuel légal de 85 000 nouveaux visas, attribués par tirage au sort parmi les candidatures des employeurs.
Loterie de la diversité (DV)Jusqu'à 55 000 green cards par an prévues par la loi pour les pays peu représentés, dont la France ; le programme peut être suspendu par l'exécutif, comme il l'a été en décembre 2025.
Réfugiés et asileLes réfugiés sont sélectionnés à l'étranger dans la limite d'un plafond fixé chaque année par le président ; l'asile se demande depuis le territoire ou à la frontière.

Le plafond annuel de réfugiés illustre l'ampleur des variations politiques : 125 000 en 2024 sous Joe Biden, puis un plus bas historique de 7 500 fixé par Donald Trump pour 2026. Pour un Français, les démarches concrètes sont expliquées sur les pages green card, visa américain et travailler aux États-Unis ; les frais et conditions évoluant souvent, la référence reste le site du département d'État (travel.state.gov) et celui de l'USCIS.

La frontière mexicaine et les sans-papiers

La frontière avec le Mexique s'étend sur environ 3 145 km, de San Diego au golfe du Mexique. Les passages ont culminé sous la présidence Biden, avant un recul net en 2024 après la restriction du droit d'asile, puis un effondrement en 2025 avec la fermeture de la frontière aux demandeurs d'asile, la fin de l'application CBP One et le déploiement militaire.

Exercice (oct.-sept.)Rencontres à la frontière sud-ouest (CBP)
2019environ 977 000
2021environ 1,73 million
2022environ 2,38 millions
2023environ 2,48 millions (record)
2024environ 2,14 millions

À partir de 2025, les interpellations mensuelles de la Border Patrol tombent à quelques milliers, leur plus bas niveau depuis la fin des années 1960. Les séries officielles sont publiées chaque mois par le CBP. Le nombre de sans-papiers, qui n'est connu que par estimation, était évalué par Pew à environ 14 millions en 2023, un record lié aux arrivées de 2021-2023 ; il a vraisemblablement diminué ensuite sous l'effet des expulsions et des départs.

La politique de l'administration Trump (2025-2026)

  • Frontière : état d'urgence nationale, suspension des demandes d'asile, reprise de la construction du mur, présence militaire.
  • Expulsions : arrestations massives à l'intérieur du pays par l'ICE, détention à des niveaux records, recours à l'Alien Enemies Act de 1798 contre des Vénézuéliens et expulsions vers des pays tiers comme le Salvador.
  • Statuts temporaires : fin du parole humanitaire pour les Cubains, Haïtiens, Nicaraguayens et Vénézuéliens, et des protections temporaires (TPS) de plusieurs nationalités.
  • Immigration légale : frais très élevés imposés aux nouvelles demandes H-1B en septembre 2025, suspension de la loterie de la diversité, création d'une « gold card » de résidence contre un don, et interdictions d'entrée visant les ressortissants de plusieurs pays, comme lors du premier mandat.
  • Droit du sol : le décret du 20 janvier 2025 qui refusait la citoyenneté aux enfants de parents en situation irrégulière ou de passage a été invalidé par la Cour suprême le 30 juin 2026 (Trump v. Barbara, 6 voix contre 3), au nom du 14e amendement.

Le débat

Les partisans d'une politique restrictive invoquent la souveraineté et l'État de droit, la pression des arrivées de 2021-2023 sur les villes et les services publics, la sécurité et les salaires des travailleurs peu qualifiés ; ils ont présenté la chute des entrées illégales de 2025 comme la preuve que la fermeté fonctionne. Leurs opposants soulignent le rôle des immigrés dans l'agriculture, le bâtiment, la santé et l'innovation, le vieillissement de la population, le coût économique des expulsions et les atteintes aux droits lors des opérations. Les deux camps s'accordent sur un point : le système légal, inchangé dans ses grandes lignes depuis 1990, est saturé, avec des millions de dossiers en attente devant les tribunaux de l'immigration.

Questions fréquentes

Combien y a-t-il d'immigrés aux États-Unis ?

Environ une personne sur sept est née à l'étranger, soit autour de 50 millions de personnes au milieu des années 2020, le plus grand nombre au monde. Le Census Bureau (enquête American Community Survey) et le Pew Research Center publient les estimations les plus récentes.

Combien de sans-papiers vivent aux États-Unis ?

Il n'existe que des estimations. Le Pew Research Center évaluait leur nombre à environ 14 millions en 2023, un record ; il a vraisemblablement diminué à partir de 2025 avec les expulsions, les départs volontaires et la quasi-fermeture de la frontière.

Un enfant né aux États-Unis est-il automatiquement américain ?

Oui. Le 14e amendement accorde la citoyenneté à toute personne née sur le sol américain, et la Cour suprême l'a confirmé le 30 juin 2026 en invalidant le décret de Donald Trump qui voulait l'exclure pour les enfants de parents en situation irrégulière ou temporaire.

Les Français peuvent-ils participer à la loterie de la green card ?

La France fait partie des pays éligibles à la Diversity Visa Lottery, prévue par la loi de 1990, mais le programme peut être suspendu par l'exécutif, comme en décembre 2025. Vérifiez l'ouverture des inscriptions sur le site officiel du département d'État (travel.state.gov), seul habilité, et méfiez-vous des sites payants qui prétendent vous inscrire.

Sources