L'ICE, la police de l'immigration des États-Unis

L'ICE (Immigration and Customs Enforcement) est l'agence fédérale chargée d'arrêter, de détenir et d'expulser les étrangers en situation irrégulière à l'intérieur des États-Unis, et d'enquêter sur la criminalité transfrontalière. Créée en 2003, elle a connu sous le second mandat de Donald Trump un changement d'échelle sans précédent, au prix de vives controverses.

Mis à jour le

Créée en 2003 au sein du nouveau département de la Sécurité intérieure (DHS), après les attentats du 11 septembre 2001, l'ICE a repris une partie des missions de l'ancien service de l'immigration et de la naturalisation (INS) et des douanes. Elle ne doit pas être confondue avec la police des frontières (Border Patrol, rattachée au CBP), qui opère aux frontières, ni avec l'USCIS, qui instruit les demandes de visa, de green card et de naturalisation.

Création
1er mars 2003
Tutelle
Département de la Sécurité intérieure (DHS)
Branches
ERO (expulsions) et HSI (enquêtes)
Prédécesseurs
INS (1933-2003) et service des douanes

Missions et organisation

L'ICE comprend deux grandes branches :

  • ERO (Enforcement and Removal Operations) : l'arrestation, la détention et l'expulsion des étrangers sans titre de séjour ou condamnés. C'est la branche visible des opérations d'immigration.
  • HSI (Homeland Security Investigations) : les enquêtes criminelles transnationales (trafic de drogue, d'armes et d'êtres humains, pédocriminalité en ligne, contrefaçon, fraude douanière). HSI dispose de bureaux dans une cinquantaine de pays, dont la France.

L'agence est dirigée par un directeur nommé par le président et, en principe, confirmé par le Sénat. Dans les faits, elle a très souvent été dirigée par des intérimaires depuis le milieu des années 2010, faute de confirmation. Ses priorités sont fixées par le secrétaire à la Sécurité intérieure et varient fortement d'une administration à l'autre : sous Barack Obama puis Joe Biden, elles visaient surtout les étrangers condamnés et les arrivants récents ; sous Donald Trump, toute personne en situation irrégulière est redevenue une cible potentielle.

L'expulsion elle-même relève d'une procédure administrative : un juge de l'immigration, qui dépend du ministère de la Justice et non du pouvoir judiciaire, statue sur le droit au séjour, l'asile ou l'expulsion. Les tribunaux de l'immigration accumulent depuis des années des millions de dossiers en attente.

Une histoire depuis 2003

Dans ses premières années, l'ICE s'appuie de plus en plus sur les polices locales. Le programme 287(g), du nom d'un article de la loi de 1996, permet de déléguer des pouvoirs d'immigration à des shérifs volontaires ; le programme Secure Communities (2008) transmet automatiquement à l'ICE les empreintes des personnes arrêtées par la police. Sous Barack Obama, surnommé « deporter in chief » par certaines associations, les expulsions atteignent des niveaux élevés, avant un recentrage sur les étrangers condamnés à partir de 2014.

Le premier mandat de Donald Trump (2017-2021) élargit les priorités et voit naître le slogan « Abolish ICE » après la séparation des familles à la frontière en 2018, une politique menée surtout par la Border Patrol. De nombreuses villes et États se déclarent alors « sanctuaires » et limitent leur coopération avec l'agence. L'administration Biden restreint à nouveau les priorités en 2021.

Le changement d'échelle de 2025-2026

Le second mandat de Donald Trump fait de l'ICE l'instrument central de sa politique d'expulsions massives. La loi budgétaire du 4 juillet 2025 (One Big Beautiful Bill Act) lui attribue des crédits supplémentaires de plusieurs dizaines de milliards de dollars sur plusieurs années, consacrés surtout à la détention et au recrutement : ses effectifs d'agents font plus que doubler en un an. Le nombre de personnes détenues atteint des records au début de 2026, une majorité d'entre elles n'ayant aucune condamnation pénale selon les données compilées par l'université Syracuse (TRAC), et l'année 2025 compte le plus grand nombre de décès en détention depuis deux décennies.

L'ICE ne possède qu'une petite partie de ses lieux de détention : la majorité sont des prisons privées (gérées notamment par GEO Group et CoreCivic) ou des prisons de comtés sous contrat. Pour absorber l'afflux, l'administration ouvre des sites temporaires, dont le centre installé en 2025 dans les Everglades par l'État de Floride, surnommé « Alligator Alcatraz », et utilise des bases militaires.

À partir de juin 2025, l'ICE mène, avec la police des frontières et d'autres agences fédérales, des opérations de grande ampleur dans des villes dirigées par des démocrates : Los Angeles en juin 2025 (avec déploiement de la Garde nationale et des Marines), Chicago à l'automne 2025, puis Minneapolis (« Operation Metro Surge », de décembre 2025 à février 2026). Le 7 janvier 2026, Renee Good, citoyenne américaine de 37 ans, y est tuée par un agent de l'ICE ; le 24 janvier, Alex Pretti, 37 ans également, est abattu par des agents de la police des frontières. Ces deux morts provoquent des manifestations nationales et un bras de fer budgétaire au Congrès, à l'origine des deux shutdowns de 2026.

Les controverses

Les critiques portent sur les agents masqués, les arrestations dans les tribunaux, les écoles ou les églises, l'interpellation de citoyens américains, le recours à la force, la surpopulation des centres et l'accès limité aux avocats. Les démocrates réclament des mandats judiciaires, des caméras-piétons et l'identification des agents. L'administration et ses partisans répondent que les agents subissent une hausse des agressions, que les normes de détention sont respectées et que la priorité donnée aux expulsions répond au mandat reçu lors de l'élection de 2024. Les statistiques d'expulsion elles-mêmes font débat : le DHS additionne volontiers les expulsions de l'ICE, les refoulements à la frontière et des « départs volontaires » estimés, catégories qui ne sont pas comparables. L'ensemble de la politique migratoire est présenté sur la page immigration aux États-Unis.

Vos droits face à l'ICE

La Constitution protège toute personne présente sur le sol américain, quel que soit son statut :

  • Droit au silence (5e amendement) : vous pouvez refuser de répondre aux questions sur votre lieu de naissance ou votre statut.
  • Domicile (4e amendement) : les agents ne peuvent entrer sans votre consentement qu'avec un mandat signé par un juge. Un mandat administratif de l'ICE (formulaires I-200 ou I-205) ne suffit pas pour pénétrer dans un domicile.
  • Avocat : vous pouvez en demander un, mais en procédure d'immigration il n'est pas fourni gratuitement.
  • Consulat : un étranger arrêté peut demander que son consulat soit prévenu.
  • Documents : ne présentez jamais de faux papiers et ne signez aucun document que vous ne comprenez pas, notamment une acceptation de départ volontaire.

Pour un touriste français en règle, le risque est faible mais pas nul : gardez sur vous une copie de votre passeport et de votre autorisation ESTA ou de votre visa, respectez strictement la durée de séjour autorisée et, en cas de difficulté, contactez le consulat de France compétent. Plusieurs ressortissants européens ont été placés en détention en 2025 après un refus à la frontière ou un dépassement de séjour.

Questions fréquentes

Que signifie ICE ?

Immigration and Customs Enforcement, soit « Service de l'immigration et des douanes ». C'est une agence fédérale du département de la Sécurité intérieure, créée en 2003.

Quelle est la différence entre l'ICE et la Border Patrol ?

La Border Patrol (police des frontières, au sein du CBP) intervient à la frontière et dans une zone de 100 miles autour. L'ICE agit à l'intérieur du pays. En 2025-2026, la Border Patrol a aussi participé aux opérations urbaines, comme à Chicago ou Minneapolis.

Où trouver les chiffres d'expulsions de l'ICE ?

L'agence publie ses statistiques de détention et d'expulsion sur ice.gov, et le Bureau des statistiques du DHS des séries annuelles. Le centre TRAC de l'université Syracuse les compile et les analyse de façon indépendante.

L'ICE peut-elle arrêter un citoyen américain ?

Elle n'a pas compétence pour expulser un citoyen, mais des citoyens ont été interpellés ou retenus lors d'opérations, notamment faute d'avoir pu prouver immédiatement leur nationalité. Plusieurs ont engagé des poursuites.

Sources