Comment fonctionne l'élection présidentielle américaine

Le président des États-Unis n'est pas élu directement par les citoyens mais par 538 grands électeurs désignés État par État : il faut en obtenir au moins 270. Le scrutin a lieu tous les quatre ans, les années divisibles par quatre, le mardi suivant le premier lundi de novembre.

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La course à la Maison-Blanche dure près de deux ans et se déroule en deux temps : la désignation d'un candidat dans chaque parti (primaires puis convention), puis l'élection générale de novembre. Les règles mêlent dispositions de la Constitution de 1787, amendements, lois fédérales et lois de chacun des 50 États.

Grands électeurs
538
Majorité requise
270
Jour du vote
Mardi suivant le 1er lundi de novembre
Fréquence
Tous les 4 ans (années divisibles par 4)
Investiture
20 janvier suivant, à midi

Étape 1 : les primaires et les caucus

De janvier à juin de l'année électorale, chaque parti organise dans chaque État un scrutin pour désigner des délégués à sa convention nationale. Il existe deux formats :

  • La primaire : un vote à bulletin secret organisé par l'État. Elle peut être fermée (réservée aux électeurs inscrits comme membres du parti), ouverte (à tous) ou semi-ouverte (aux indépendants).
  • Le caucus : des réunions de militants qui votent à main levée ou par regroupement, de plus en plus rares. L'Iowa conserve des caucus républicains.

Le calendrier est stratégique. Les premiers scrutins (Iowa, New Hampshire, Caroline du Sud, Nevada) attirent l'attention médiatique et les dons. Le « Super Tuesday », début mars, voit voter une quinzaine d'États le même jour, dont la Californie et le Texas. Chez les démocrates, les délégués sont attribués à la proportionnelle (seuil de 15 %) ; chez les républicains, de nombreux États appliquent la règle du vainqueur qui rafle tout.

Étape 2 : les conventions et le ticket

L'été, chaque parti réunit ses délégués en convention nationale pour investir officiellement son candidat et adopter un programme (platform). Le candidat annonce son colistier, futur vice-président, généralement choisi pour équilibrer le « ticket » (géographie, âge, courant du parti). Les conventions sont aujourd'hui des grands-messes télévisées sans suspense, sauf exception : en 2024, Joe Biden s'est retiré le 21 juillet et Kamala Harris a été investie par un vote virtuel des délégués, avant la convention de Chicago.

Les candidats s'affrontent ensuite dans des débats télévisés, une tradition ouverte par le duel Kennedy-Nixon de 1960, organisés depuis 1988 par une commission indépendante mais parfois négociés directement entre les campagnes, comme en 2024.

Étape 3 : le collège électoral

Le jour de l'élection, les électeurs votent en réalité pour une liste de grands électeurs. Chaque État en a autant que de parlementaires au Congrès (deux sénateurs plus ses représentants), le District de Columbia en ayant trois depuis 1961 : 100 + 435 + 3 = 538. La répartition est revue après chaque recensement décennal : celle issue du recensement de 2020, appliquée aux scrutins de 2024 et 2028, donne 54 grands électeurs à la Californie, 40 au Texas et 30 à la Floride, tandis que les États les moins peuplés en ont 3, le minimum possible.

Dans 48 États et à Washington, le candidat arrivé en tête, même d'une seule voix, remporte tous les grands électeurs de l'État (winner-take-all). Le Maine et le Nebraska attribuent deux grands électeurs au vainqueur de l'État et un par circonscription. Les grands électeurs se réunissent dans chaque capitale d'État le premier mardi suivant le deuxième mercredi de décembre, puis le Congrès dépouille les votes le 6 janvier. Si personne n'atteint 270, la Chambre des représentants élit le président, chaque délégation d'État disposant d'une voix ; c'est arrivé en 1801 et en 1825.

ÉtapePériode habituelle
Déclarations de candidatureAnnée précédant l'élection
Premiers caucus et primairesJanvier-février de l'année électorale
Super TuesdayDébut mars
Conventions nationalesJuillet-août
Débats télévisésSeptembre-octobre
Jour de l'électionMardi suivant le premier lundi de novembre
Vote des grands électeursMi-décembre
Dépouillement au Congrès6 janvier
Investiture20 janvier

Gagner sans la majorité des voix

Le système permet d'être élu en recueillant moins de suffrages que son adversaire au niveau national. C'est arrivé cinq fois :

AnnéeÉluVainqueur du vote populaire
1824John Quincy Adams (élu par la Chambre)Andrew Jackson
1876Rutherford B. HayesSamuel Tilden
1888Benjamin HarrisonGrover Cleveland
2000George W. BushAl Gore
2016Donald TrumpHillary Clinton (environ 2,9 millions de voix d'avance)

Les défenseurs du collège électoral estiment qu'il oblige les candidats à tenir compte des États ruraux et peu peuplés, et qu'il protège le caractère fédéral de l'Union. Ses détracteurs y voient une inégalité de poids entre électeurs et une campagne concentrée sur une poignée d'États. Supprimer le système exigerait une révision constitutionnelle ; un pacte entre États (National Popular Vote Interstate Compact), qui attribuerait leurs grands électeurs au vainqueur national, n'entrera en vigueur que lorsque ses signataires totaliseront 270 grands électeurs. Le pacte a été rejoint surtout par des États à majorité démocrate, ce qui en fait lui-même un objet de clivage partisan. Ces épisodes sont racontés sur la page élections présidentielles historiques.

Les États pivots

La plupart des États votent de façon prévisible : la Californie ou New York pour les démocrates, le Texas ou l'Oklahoma pour les républicains. L'élection se joue donc dans une poignée de swing states où l'écart est de quelques points. Leur liste évolue avec la démographie : l'Ohio et la Floride, longtemps décisifs, ont glissé vers les républicains, tandis que la Géorgie et l'Arizona sont devenus disputés. En 2024, sept États étaient considérés comme pivots : Pennsylvanie, Michigan, Wisconsin, Géorgie, Caroline du Nord, Arizona et Nevada ; Donald Trump les a tous remportés (voir résultats de l'élection de 2024 et la carte électorale 2024). Les campagnes y concentrent l'essentiel de leurs meetings et de leurs dépenses publicitaires.

Voter aux États-Unis

Il faut être citoyen américain, avoir 18 ans et s'inscrire sur les listes électorales de son État ; seul le Dakota du Nord n'exige pas d'inscription préalable. Les règles varient fortement d'un État à l'autre : pièce d'identité avec photo obligatoire ou non, vote anticipé pendant plusieurs semaines, vote par correspondance généralisé (comme dans l'Oregon ou à Washington) ou soumis à justification. Le jour du scrutin, un mardi, n'est pas férié au niveau fédéral. La participation à la présidentielle, nettement plus forte qu'aux élections de mi-mandat, a atteint environ 66 % des citoyens en âge de voter en 2020 et 64 % en 2024 selon l'University of Florida Election Lab, les niveaux les plus élevés depuis plus d'un siècle.

Les élections passées

Pour les résultats et la carte de chaque scrutin depuis George Washington, consultez l’historique des élections présidentielles.

Questions fréquentes

Combien faut-il de grands électeurs pour être élu président ?

270 sur 538, soit la majorité absolue. En cas d'égalité à 269 partout, c'est la Chambre des représentants qui élit le président, à raison d'une voix par délégation d'État.

Pourquoi vote-t-on un mardi en novembre ?

La date a été fixée par une loi de 1845 : novembre tombait après les récoltes, et le mardi laissait aux fermiers le temps de se rendre en carriole au chef-lieu sans voyager le dimanche.

Un grand électeur peut-il voter pour un autre candidat ?

C'est rare (« faithless elector ») et la plupart des États l'interdisent. En 2020, la Cour suprême a jugé dans l'arrêt Chiafalo v. Washington que les États peuvent sanctionner ou remplacer un grand électeur infidèle.

Tous les combien a lieu l'élection présidentielle ?

Tous les quatre ans, les années divisibles par quatre, le mardi suivant le premier lundi de novembre. Un président ne peut être élu que deux fois (22e amendement). Entre deux présidentielles se tiennent les élections de mi-mandat, qui renouvellent le Congrès.

Sources