Sur la route de Jack Kerouac, le roman de la Beat Generation

Sur la route (On the Road, 1957) de Jack Kerouac raconte, sous des noms d'emprunt, les traversées des États-Unis en auto-stop et en voiture que l'auteur fit entre 1947 et 1950 avec son ami Neal Cassady. Écrit d'un jet sur un rouleau de papier, il est devenu le manifeste de la Beat Generation et le roman fondateur du road trip américain.

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Fiche du roman

Auteur
Jack Kerouac (1922-1969), né Jean-Louis Lebris de Kérouac à Lowell (Massachusetts), dans une famille canadienne-française
Parution
On the Road, Viking Press, 5 septembre 1957 ; version du rouleau original publiée en 2007
Traductions françaises
Jacques Houbart (Gallimard, 1960) ; Josée Kamoun pour Sur la route. Le rouleau original (Gallimard, 2010)
Cadre
New York, Denver, San Francisco, La Nouvelle-Orléans, Chicago, Mexico ; de 1947 à 1950
Narrateur
Sal Paradise, double de Kerouac

Résumé sans spoiler

Sal Paradise, jeune écrivain new-yorkais qui vit chez sa tante, se remet mal d'une séparation lorsqu'il rencontre Dean Moriarty, garçon de Denver tout juste sorti de maison de correction, d'une énergie inépuisable, obsédé de voitures, de femmes, de jazz et de conversations sans fin. Fasciné, Sal part à son tour vers l'Ouest à l'été 1947.

Le livre, en cinq parties, enchaîne ensuite les allers-retours d'une côte à l'autre : auto-stop, voitures volées ou convoyées, autocars Greyhound, nuits blanches dans les clubs de bebop, petits boulots et fêtes. L'intrigue compte moins que le mouvement, la description des paysages et la relation entre les deux amis, dont Sal mesure peu à peu le prix.

Attention : la suite révèle toute l'intrigue, y compris la fin.

Résumé complet

Première partie (1947) : Sal rejoint Denver, où il retrouve Dean et Carlo Marx, puis San Francisco ; sur la route du retour, il vit une brève histoire avec Terry, une cueilleuse de coton mexicaine, dans les champs près de Bakersfield. Deuxième partie (1948-1949) : Dean débarque sur la côte Est dans une Hudson avec son ex-femme Marylou ; ils descendent vers La Nouvelle-Orléans, où vit Old Bull Lee, puis traversent le pays jusqu'à San Francisco, où Dean abandonne Sal. Troisième partie (1949) : à San Francisco, Dean, le pouce cassé, a été chassé par sa femme Camille ; Sal l'emmène, et ils traversent le pays à toute vitesse en convoyant une limousine jusqu'à Chicago.

Quatrième partie (1950) : Sal, Dean et un ami descendent jusqu'à Mexico, voyage vécu comme une apothéose. Sal tombe malade de dysenterie ; Dean le laisse fiévreux pour rentrer divorcer et se remarier. Cinquième partie : Dean réapparaît à New York, mais Sal, désormais en couple, part avec des amis à un concert de Duke Ellington et le laisse seul au coin d'une rue, dans son manteau mangé aux mites. Le roman se clôt sur une méditation au crépuscule face au continent, où Sal pense à Dean Moriarty.

Les personnages et leurs modèles

PersonnageModèle réel
Sal ParadiseJack Kerouac
Dean MoriartyNeal Cassady
Carlo MarxAllen Ginsberg, auteur de Howl
Old Bull LeeWilliam S. Burroughs, auteur du Festin nu
MarylouLuAnne Henderson, première femme de Cassady
CamilleCarolyn Cassady
Remi BoncœurHenri Cru, ami français de Kerouac

Thèmes

La quête : les personnages cherchent un absolu, que Dean appelle simplement « ça » (it), dans la vitesse, le jazz ou l'amitié. Le refus du conformisme : face à l'Amérique de la banlieue et de la carrière, la route offre une autre manière de vivre. La spiritualité : le mot beat, épuisé, est relu par Kerouac comme « béatitude ». Le revers : le roman n'est pas un simple éloge de la liberté ; il montre les femmes délaissées, les enfants abandonnés par Dean et la solitude du narrateur.

Le contexte historique américain

Le livre saisit l'Amérique de l'après-guerre : démobilisation, prospérité naissante, multiplication des automobiles, avant même le grand réseau des Interstates voté en 1956. Il oppose à la culture du consensus de la guerre froide la marginalité des clochards, des vagabonds et des musiciens noirs. Le jazz bebop de Charlie Parker et Dizzy Gillespie, dont Kerouac veut imiter le phrasé dans sa « prose spontanée », en est la bande-son. Les villes traversées, New York, Denver, San Francisco, La Nouvelle-Orléans et Chicago, dessinent une carte du pays d'avant les autoroutes, que l'on peut retrouver dans un road trip dans l'Ouest américain.

Kerouac est aussi un Franco-Américain : il parlait le français canadien avant l'anglais et a grandi dans le quartier ouvrier de Lowell, ville textile du Massachusetts peuplée d'immigrants québécois. Il a écrit des textes en français, publiés en 2016 sous le titre La vie est d'hommage. Voir l'héritage français aux États-Unis.

Réception et influence

Refusé pendant six ans par les éditeurs, le livre est publié dans une version remaniée et expurgée, sans les vrais noms ni certains passages sexuels. Une critique enthousiaste de Gilbert Millstein dans le New York Times le lance du jour au lendemain ; d'autres journaux le jugent puéril, et Truman Capote raille un livre « tapé » plutôt qu'écrit. Le succès fait de Kerouac, réticent, le porte-parole d'une génération ; il meurt à 47 ans, alcoolique, en Floride. Le roman a influencé la contre-culture des années 1960, Bob Dylan, Jim Morrison, Patti Smith, et tout un genre de récits de voyage. Le rouleau original, d'environ 36 mètres de long, a été acheté aux enchères en 2001 pour 2,43 millions de dollars par l'homme d'affaires Jim Irsay.

Les adaptations

Kerouac avait écrit à Marlon Brando pour lui proposer d'acheter les droits et de jouer Dean ; la lettre resta sans réponse. Francis Ford Coppola acquiert les droits en 1979 et tente pendant trois décennies de monter le film. Celui-ci est finalement réalisé par Walter Salles, avec Garrett Hedlund (Dean), Sam Riley (Sal) et Kristen Stewart (Marylou), et présenté en compétition au Festival de Cannes en 2012, avec un accueil mitigé.

Pourquoi le lire

Pour l'énergie d'une prose qui imite le jazz et pour une géographie sentimentale des États-Unis d'après-guerre. C'est aussi le livre qui a fondé le mythe du voyage à travers le continent.

Questions fréquentes

Sur la route raconte-t-il une histoire vraie ?

Oui, pour l'essentiel : les voyages ont eu lieu, les personnages sont des amis de Kerouac sous des noms modifiés, comme le montre la version du rouleau original qui garde les vrais noms.

Kerouac a-t-il vraiment écrit le livre en trois semaines ?

Il a tapé la version du rouleau en avril 1951, en trois semaines environ, mais à partir de carnets tenus pendant des années, et l'a ensuite retravaillée jusqu'à la publication en 1957.

Qu'est-ce que la Beat Generation ?

Un groupe d'écrivains new-yorkais et californiens des années 1950, autour de Kerouac, Ginsberg et Burroughs, qui rejette le conformisme d'après-guerre et explore la spiritualité, le jazz, la drogue et une écriture libre.

Les personnages prennent-ils la Route 66 ?

Rarement : Sal emprunte surtout la Route 6 et d'autres axes, et sa première tentative de suivre une seule route vers l'ouest tourne court.

Retour au dossier littérature américaine. À lire aussi : L'Attrape-cœurs, Les Raisins de la colère.

Sources