La Fayette, « héros des deux mondes » et figure de la mémoire américaine

Parti en 1777 contre l'avis du roi, nommé major général à 19 ans, La Fayette devient le confident de George Washington et contribue à piéger Cornwallis à Yorktown en 1781. Sa tournée triomphale de 1824-1825 dans les 24 États de l'Union en a fait le Français le plus célébré de l'histoire américaine.

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Gilbert du Motier, marquis de La Fayette (6 septembre 1757, Chavaniac, Auvergne – 20 mai 1834, Paris), n'est pas le principal artisan militaire de l'aide française, qui revient à Rochambeau et à l'amiral de Grasse (voir l'armée française dans la guerre d'indépendance). Mais il en est devenu le symbole, parce qu'il s'est engagé avant l'alliance, à titre personnel, et qu'il a entretenu toute sa vie le lien avec les États-Unis. Lui-même signait le plus souvent « Lafayette » en un mot, graphie que retiennent les Américains.

Un engagement de jeunesse (1776-1777)

Orphelin de père (tué à la bataille de Minden en 1759), immensément riche, marié à 16 ans à Adrienne de Noailles, La Fayette s'enthousiasme pour la cause des insurgés. En décembre 1776, il signe avec Silas Deane, l'émissaire américain à Paris, un engagement comme major général. Louis XVI, qui n'est pas encore en guerre avec l'Angleterre, interdit son départ. Il passe outre : à bord de La Victoire, navire acheté de ses deniers, il quitte le port espagnol de Pasajes le 20 avril 1777 et débarque le 13 juin près de Georgetown, en Caroline du Sud.

Le Congrès, assailli d'officiers européens en quête de grades, le reçoit fraîchement à Philadelphie. La Fayette offre de servir sans solde et en simple volontaire : le 31 juillet 1777, il obtient le grade de major général, d'abord honorifique.

Aux côtés de Washington, de Brandywine à Yorktown

Entre George Washington, sans enfant, et le jeune marquis se noue une relation quasi filiale. La Fayette est blessé à la jambe à Brandywine le 11 septembre 1777, partage l'hiver de Valley Forge, se dégage habilement d'un encerclement à Barren Hill (mai 1778) et combat à Monmouth (juin 1778). Rentré en France en 1779, il plaide à Versailles pour l'envoi d'un corps expéditionnaire, et revient à Boston en avril 1780 à bord de la frégate Hermione pour annoncer l'arrivée de Rochambeau.

En 1781, Washington lui confie la défense de la Virginie avec un petit corps de troupes légères. Trop faible pour livrer bataille, il harcèle Cornwallis et le suit jusqu'à la péninsule de Yorktown, où les Britanniques se retranchent pour attendre la Royal Navy. L'arrivée de la flotte de Grasse puis des armées franco-américaines transforme la position en piège. Pendant le siège, sa division d'infanterie légère fournit les hommes d'Alexander Hamilton qui enlèvent la redoute n° 10 dans la nuit du 14 octobre 1781, tandis que les Français prennent la redoute n° 9. Cornwallis capitule le 19 octobre (voir la guerre d'indépendance).

Entre deux révolutions

De retour en France, La Fayette reste l'homme des Américains à Paris : il travaille avec Thomas Jefferson, ministre plénipotentiaire, à l'ouverture du commerce, et retourne aux États-Unis en 1784, où il revoit Washington pour la dernière fois. En 1789, il présente un projet de Déclaration des droits de l'homme inspiré des textes américains, puis commande la Garde nationale. Il envoie à Washington la clé principale de la Bastille, toujours exposée à Mount Vernon.

Débordé par la radicalisation de la Révolution, il fuit en août 1792 et passe cinq ans dans les prisons autrichiennes et prussiennes, notamment à Olmütz, d'où le gouvernement américain tente en vain d'obtenir sa libération. Son fils, prénommé Georges Washington, est accueilli à Mount Vernon pendant cette période.

La tournée triomphale de 1824-1825

Invité par le président James Monroe et le Congrès, La Fayette, alors âgé de 67 ans, débarque à New York le 15 août 1824 avec son fils et son secrétaire Auguste Levasseur, qui en publiera le récit. Prévu pour quelques mois, le voyage dure plus d'un an et le conduit dans les 24 États de l'Union. Partout, il est accueilli par des foules immenses, des arcs de triomphe et des banquets : pour une nation encore jeune, il est le dernier général survivant de la Révolution et un lien vivant avec Washington.

DateÉtapeMoment marquant
15 août 1824New YorkArrivée à bord du Cadmus
Août-septembre 1824Boston, PhiladelphieRéception à Independence Hall
17 octobre 1824Mount VernonRecueillement sur la tombe de Washington
19 octobre 1824YorktownAnniversaire de la capitulation de Cornwallis
Novembre 1824MonticelloRetrouvailles avec Jefferson ; visite avec lui de l'université de Virginie
9-10 décembre 1824WashingtonReçu solennellement par le Sénat puis la Chambre des représentants
Mars 1825Charleston, SavannahPose des premières pierres des monuments à Greene et Pulaski
Avril 1825La Nouvelle-Orléans, Saint-LouisAccueil en français par les populations créoles
8-9 mai 1825Rivière OhioNaufrage nocturne du vapeur Mechanic, sans victime
17 juin 1825BostonPose de la première pierre du monument de Bunker Hill
7 septembre 1825WashingtonDépart sur la frégate Brandywine, baptisée d'après la bataille où il fut blessé

En décembre 1824, le Congrès lui vote 200 000 dollars et un township de terres publiques, qu'il choisit près de Tallahassee, en Floride. Le voyage nourrit une véritable « Lafayette-mania » : objets, gants, assiettes et rubans à son effigie, et une vague de baptêmes de villes, de comtés et de rues.

Les lieux qui portent son nom

Aucun Français n'a autant marqué la toponymie américaine. Fayetteville, en Caroline du Nord, est la première ville baptisée en son honneur (1783). On compte plus d'une quinzaine de comtés Fayette ou Lafayette, de la Pennsylvanie au Texas, et des localités dans presque tous les États de l'Est et du Midwest (voir les noms de lieux français).

  • Lafayette (Louisiane), capitale de l'Acadiana, appelée Vermilionville jusqu'en 1884.
  • Lafayette (Indiana), fondée en 1825, en pleine tournée.
  • Lafayette Square, face à la Maison-Blanche à Washington, avec sa statue de 1891 due aux sculpteurs Falguière et Mercié.
  • Lafayette College à Easton (Pennsylvanie), fondé en 1826.
  • Le mont Lafayette, dans les White Mountains du New Hampshire.

Une mémoire franco-américaine

La Fayette est enterré au cimetière de Picpus, à Paris, sous de la terre rapportée de Bunker Hill. Un drapeau américain flotte en permanence sur sa tombe et il est renouvelé chaque 4 juillet. C'est là que, le 4 juillet 1917, le colonel Charles E. Stanton, de l'état-major de Pershing, prononce la formule « Lafayette, nous voici ! » (Lafayette, we are here), souvent attribuée à Pershing lui-même. L'escadrille La Fayette, formée en 1916 de pilotes volontaires américains au service de la France, avait déjà repris son nom.

En 2002, une résolution conjointe du Congrès lui confère à titre posthume la citoyenneté américaine d'honneur, distinction réservée à une poignée d'étrangers. En 2015, la réplique de l'Hermione, construite à Rochefort, a traversé l'Atlantique pour refaire escale à Yorktown, Mount Vernon, New York et Boston.

Questions fréquentes

Quel âge avait La Fayette en arrivant en Amérique ?

Il avait 19 ans lorsqu'il débarque en Caroline du Sud le 13 juin 1777 ; il en aura 20 en septembre, juste avant d'être blessé à Brandywine.

Faut-il écrire La Fayette ou Lafayette ?

Les deux sont admis. « La Fayette » est la graphie nobiliaire d'origine ; le marquis a lui-même adopté « Lafayette » en un mot, forme reprise aux États-Unis pour les villes et les institutions.

La Fayette a-t-il commandé l'armée française en Amérique ?

Non. Il était général dans l'armée continentale américaine. Le corps expéditionnaire français était commandé par Rochambeau, et la flotte décisive par l'amiral de Grasse.

Qui a dit « Lafayette, nous voici » ?

Le colonel Charles E. Stanton, sur la tombe de La Fayette au cimetière de Picpus, le 4 juillet 1917. Le général Pershing a lui-même précisé qu'il n'en était pas l'auteur.

La Fayette est-il citoyen américain ?

Oui, à titre honorifique et posthume depuis 2002. De son vivant, il avait déjà reçu la citoyenneté de plusieurs États, dont le Maryland et la Virginie.

Sources