Royaume-Uni et États-Unis : histoire et ressorts de la relation spéciale

L'expression « relation spéciale », popularisée par Winston Churchill en 1946, désigne une proximité sans équivalent entre Londres et Washington : partage du renseignement (Five Eyes), coopération nucléaire et alliance militaire. Elle s'est construite après un siècle et demi de rivalité, de la guerre d'indépendance à la guerre de 1812.

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Aucun autre pays ne partage avec les États-Unis à la fois une langue, un droit d'inspiration commune (la common law), un réseau de renseignement intégré et une technologie nucléaire militaire. Le Royaume-Uni est aussi l'un des tout premiers investisseurs étrangers aux États-Unis, et réciproquement.

Indépendance reconnue
traité de Paris, 3 septembre 1783
Charte de l'Atlantique
14 août 1941
Accord UKUSA (Five Eyes)
1946
Accord de défense mutuelle (nucléaire)
1958

De l'indépendance au « grand rapprochement »

Les États-Unis naissent d'une rupture avec la Couronne britannique : la guerre d'indépendance (1775-1783) s'achève par le traité de Paris de 1783. Les deux pays s'affrontent de nouveau lors de la guerre de 1812, au cours de laquelle les Britanniques incendient la Maison-Blanche et le Capitole (août 1814). Le traité de Gand rétablit la paix sans modifier les frontières.

Le XIXe siècle reste tendu : partage de l'Oregon (1846), affaire du Trent et neutralité ambiguë de Londres pendant la guerre de Sécession, crise vénézuélienne de 1895. L'arbitrage de Genève de 1872, qui condamne Londres à verser 15,5 millions de dollars pour les dégâts causés par le croiseur confédéré Alabama, fonde une tradition de règlement pacifique. Vers 1900, le Royaume-Uni accepte la prééminence américaine dans l'hémisphère occidental : les historiens parlent de « grand rapprochement ».

Les deux guerres mondiales et la naissance de l'alliance

Les États-Unis entrent dans la Première Guerre mondiale en 1917 aux côtés des Alliés. En 1940-1941, Franklin D. Roosevelt soutient le Royaume-Uni isolé : échange de destroyers contre des bases (septembre 1940), loi prêt-bail (mars 1941), puis charte de l'Atlantique signée avec Churchill au large de Terre-Neuve le 14 août 1941, qui définit les buts de guerre et préfigure l'ONU.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les deux pays partagent un état-major combiné, les secrets du radar et le programme atomique (accord de Québec, 1943). Le 5 mars 1946, à Fulton (Missouri), Churchill évoque le « rideau de fer » et la « relation spéciale » entre peuples anglophones.

Les trois piliers : renseignement, nucléaire, défense

Renseignement. L'accord UKUSA de 1946, élargi au Canada, à l'Australie et à la Nouvelle-Zélande, crée l'alliance des Five Eyes. La NSA américaine et le GCHQ britannique se répartissent l'interception des communications mondiales et partagent leurs données.

Nucléaire. La loi McMahon de 1946 coupe un temps la coopération, mais l'accord de défense mutuelle de 1958 la rétablit. Depuis l'accord de Nassau (1962), la dissuasion britannique repose sur des missiles américains embarqués sur des sous-marins britanniques : Polaris, puis Trident.

Défense. Membres fondateurs de l'OTAN, les deux pays ont combattu ensemble en Corée, dans la guerre du Golfe, en Afghanistan et en Irak en 2003. Le pacte AUKUS (2021) associe Royaume-Uni, États-Unis et Australie pour doter Canberra de sous-marins à propulsion nucléaire.

Crises et désaccords

La relation a connu de sérieuses ruptures. En 1956, Dwight Eisenhower force Londres et Paris à se retirer de Suez en menaçant la livre sterling. Harold Wilson refuse d'envoyer des troupes au Vietnam. En 1983, Ronald Reagan envahit la Grenade, membre du Commonwealth, sans prévenir Margaret Thatcher, qu'il avait pourtant soutenue lors de la guerre des Malouines (1982). La guerre d'Irak de 2003, menée par George W. Bush et Tony Blair, a durablement entamé l'image de l'alliance au Royaume-Uni.

Chronologie

DateÉvénement
1783Traité de Paris : indépendance des États-Unis
1812-1815Guerre de 1812, traité de Gand
14 août 1941Charte de l'Atlantique
5 mars 1946Discours de Churchill à Fulton
1956Crise de Suez
1962Accord de Nassau (missiles Polaris)
2003Intervention commune en Irak
31 janvier 2020Sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne
15 septembre 2021Annonce du pacte AUKUS
8 mai 2025Accord de prospérité économique
Septembre 2025Deuxième visite d'État de Donald Trump au Royaume-Uni

Commerce et accord post-Brexit

Le Brexit, effectif le 31 janvier 2020, a permis à Londres de négocier seul ses accords commerciaux, mais l'accord de libre-échange complet espéré avec Washington n'a pas vu le jour. Le 8 mai 2025, les deux gouvernements annoncent un « accord de prospérité économique », plus limité : quotas d'automobiles britanniques à droits réduits, traitement particulier pour l'acier et l'aéronautique, ouverture du marché britannique au bœuf et à l'éthanol américains. Il a été suivi, en septembre 2025, d'un partenariat technologique (intelligence artificielle, nucléaire civil, quantique). Le mécanisme des droits américains est détaillé sur la page droits de douane ; pour la relation avec le continent, voir Union européenne – États-Unis.

Questions fréquentes

D'où vient l'expression « relation spéciale » ?

Winston Churchill l'emploie dans son discours de Fulton, le 5 mars 1946, pour désigner l'association entre le Commonwealth britannique et les États-Unis. Elle est devenue l'expression consacrée, surtout côté britannique.

Que sont les Five Eyes ?

C'est l'alliance de renseignement fondée sur l'accord UKUSA de 1946 entre les États-Unis et le Royaume-Uni, élargie au Canada, à l'Australie et à la Nouvelle-Zélande. Ses membres partagent l'essentiel de leur renseignement d'origine électromagnétique.

Le Royaume-Uni a-t-il un accord de libre-échange avec les États-Unis ?

Non. L'accord de prospérité économique du 8 mai 2025 porte sur des secteurs précis (automobile, acier, agriculture) et ne constitue pas un accord de libre-échange global.

Les Britanniques ont-ils vraiment brûlé la Maison-Blanche ?

Oui. Le 24 août 1814, pendant la guerre de 1812, les troupes britanniques incendient la Maison-Blanche et le Capitole à Washington, en représailles à l'incendie de York (aujourd'hui Toronto).

Sources