Bataille de La Nouvelle-Orléans (1815)
Guerre de 1812 : victoire américaine, 23 décembre 1814 – 8 janvier 1815.
- Guerre
- Guerre de 1812
- Date
- 23 décembre 1814 – 8 janvier 1815
- Lieu
- Chalmette, près de La Nouvelle-Orléans (Louisiane)
- État
- Louisiane
- Issue
- Victoire américaine
Le 8 janvier 1815, à Chalmette, en aval de La Nouvelle-Orléans, l'armée britannique de Sir Edward Pakenham se brise contre la ligne retranchée d'Andrew Jackson. En moins de deux heures, elle perd plus de 2 000 hommes, contre quelques dizaines côté américain. Livrée après la signature du traité de Gand mais avant sa ratification, la bataille clôt la guerre de 1812 sur la plus nette victoire terrestre américaine du conflit.
Forces en présence
| Camp | Commandement | Effectifs |
|---|---|---|
| États-Unis | Andrew Jackson | environ 4 000 à 5 000 hommes sur la ligne Rodriguez le 8 janvier |
| Grande-Bretagne | Edward Pakenham, Alexander Cochrane (flotte) | environ 8 000 hommes débarqués, dont 5 000 à 6 000 engagés le 8 janvier |
Carte
Contexte
Après l'abdication de Napoléon en 1814, la Grande-Bretagne peut envoyer en Amérique des régiments aguerris par la guerre d'Espagne. Washington est incendiée en août 1814 ; à l'automne, une expédition est préparée contre La Nouvelle-Orléans, qui commande l'embouchure du Mississippi et le commerce de tout l'Ouest américain. La flotte de l'amiral Cochrane entre dans le lac Borgne, où elle détruit le 14 décembre la flottille de chaloupes canonnières américaines. Andrew Jackson, vainqueur des Creeks à Horseshoe Bend en mars 1814, arrive dans la ville le 1er décembre. Il proclame la loi martiale et rassemble une armée hétéroclite : réguliers, milices du Tennessee et du Kentucky, milice créole francophone, deux bataillons d'hommes libres de couleur, guerriers choctaws et les flibustiers de Barataria de Jean Lafitte, dont il avait d'abord refusé l'aide.
Déroulement de la bataille
L'attaque de nuit du 23 décembre. Les Britanniques débarquent par le bayou Bienvenue et atteignent le 23 décembre la plantation Villeré, à une quinzaine de kilomètres de la ville. Jackson attaque le soir même, appuyé par la goélette Carolina qui bombarde le camp depuis le fleuve. Le combat, confus, n'a pas de vainqueur, mais il donne aux Américains le temps de se retrancher.
La ligne Rodriguez. Jackson établit sa défense derrière le canal Rodriguez, un fossé de drainage qui court sur environ 1,5 kilomètre entre le Mississippi et un marais de cyprès. Ses hommes élèvent un rempart de terre armé de huit batteries, servies en partie par les canonniers baratariens de Dominique You et de Renato Beluche. Une reconnaissance britannique le 28 décembre et un duel d'artillerie le 1er janvier échouent à entamer la ligne.
L'assaut du 8 janvier. Pakenham prévoit une attaque sur les deux rives. Sur la rive ouest, la colonne du colonel Thornton, retardée par le manque d'embarcations, ne débarque qu'au lever du jour ; elle bouscule les milices du général Morgan, mais trop tard pour retourner leurs canons contre la ligne principale. Sur la rive est, à l'aube, dans le brouillard qui se lève, les colonnes britanniques avancent à découvert. Les échelles et les fascines nécessaires pour franchir le fossé n'ont pas été apportées à temps ; artillerie et fusiliers fauchent les rangs. Pakenham est tué en tentant de rallier ses troupes, Gibbs mortellement blessé, Keane blessé. Seule une colonne atteint la redoute avancée près du fleuve, avant d'en être chassée. Le général Lambert, qui prend le commandement, ordonne la retraite.
Le repli. La flotte bombarde en vain le fort Saint-Philippe, en aval, du 9 au 18 janvier ; l'armée rembarque le 18 janvier.
Pertes
Le 8 janvier, les Britanniques perdent environ 290 tués, 1 260 blessés et 480 prisonniers ou disparus, soit plus de 2 000 hommes, dont le général Pakenham et le général Gibbs. Les Américains comptent 13 tués, 39 blessés et 19 disparus ce jour-là. Sur l'ensemble de la campagne, du 23 décembre au 8 janvier, les pertes américaines s'élèvent à environ 330 hommes.
Conséquences
Le traité de Gand avait été signé le 24 décembre 1814, mais il prévoyait que les hostilités ne cesseraient qu'après sa ratification, intervenue au Sénat américain le 16 février 1815. La bataille n'a donc pas changé les termes de la paix, mais elle a garanti que la Grande-Bretagne ne contesterait pas la vente de la Louisiane. Aux États-Unis, la nouvelle arrive presque en même temps que celle du traité et nourrit l'idée d'une guerre victorieuse. Jackson devient un héros national, ce qui le portera à la présidence en 1828. Le rôle de la milice créole, des hommes libres de couleur et des Baratariens a fait de la bataille un épisode majeur de la mémoire franco-louisianaise, évoquée dans notre page sur les Créoles de Louisiane. Le 8 janvier fut longtemps fêté comme une seconde fête nationale.
Visiter les lieux
- Chalmette BattlefieldUnité du Jean Lafitte National Historical Park and Preserve : la ligne Rodriguez reconstituée, un obélisque de 30 mètres et le cimetière national de Chalmette, à 10 km du centre-ville.
- Jackson SquareLa statue équestre d'Andrew Jackson, inaugurée en 1856, domine l'ancienne place d'Armes du Vieux Carré.
- Musée d'État de Louisiane (Cabildo)Le Cabildo, où fut officialisé en 1803 le transfert de la Louisiane aux États-Unis, consacre une partie de ses collections à la bataille.
Questions fréquentes
La bataille de La Nouvelle-Orléans a-t-elle eu lieu après la fin de la guerre ?
Après la signature du traité de Gand, le 24 décembre 1814, mais pas après la fin juridique de la guerre : le traité ne prenait effet qu'à sa ratification par les deux pays, intervenue côté américain le 16 février 1815. Les combats se sont d'ailleurs poursuivis jusqu'à la prise de Fort Bowyer, près de Mobile, en février.
Quel a été le rôle de Jean Lafitte ?
Le chef des flibustiers de Barataria, que les autorités poursuivaient pour contrebande, a refusé les offres britanniques et proposé ses hommes à Jackson. Ses canonniers, expérimentés, ont servi plusieurs batteries de la ligne Rodriguez ; Lafitte et ses hommes ont été graciés par le président Madison en février 1815.
Des francophones ont-ils combattu à La Nouvelle-Orléans ?
Oui. La milice de la ville, majoritairement créole et francophone, comprenait le bataillon d'Orléans du major Plauché et deux bataillons d'hommes libres de couleur ; plusieurs officiers avaient servi dans l'armée française. Les Baratariens comptaient aussi de nombreux Français et Créoles.
Pourquoi les pertes britanniques ont-elles été si lourdes ?
Les colonnes ont attaqué de front, à découvert, un rempart défendu par de l'artillerie, sans les échelles et fascines indispensables pour franchir le fossé. La mort de Pakenham et de Gibbs a désorganisé le commandement en quelques minutes.