Première bataille de Bull Run (1861)
Guerre de Sécession : victoire confédérée, 21 juillet 1861.
- Guerre
- Guerre de Sécession
- Date
- 21 juillet 1861
- Lieu
- Manassas (Virginie)
- État
- Virginie
- Issue
- Victoire confédérée
Le 21 juillet 1861, à une quarantaine de kilomètres de Washington, la première grande bataille de la guerre de Sécession oppose deux armées de volontaires inexpérimentés le long de la rivière Bull Run, près de Manassas, en Virginie. L'offensive nordiste, d'abord victorieuse, s'effondre dans l'après-midi devant les renforts sudistes arrivés par chemin de fer. La déroute de l'Union dissipe l'illusion d'une guerre courte.
Forces en présence
| Camp | Commandement | Effectifs |
|---|---|---|
| Union | Irvin McDowell | environ 35 000 hommes, dont 18 000 réellement engagés |
| Confédération | Joseph E. Johnston, P. G. T. Beauregard | environ 32 000 à 34 000 hommes, dont 18 000 réellement engagés |
Carte
Contexte
Après Fort Sumter, l'opinion du Nord réclame une marche rapide sur Richmond, la nouvelle capitale confédérée. Les volontaires, engagés pour 90 jours, arrivent au terme de leur contrat, et Abraham Lincoln presse le général Irvin McDowell d'attaquer malgré le manque d'entraînement de ses troupes : « Vous êtes inexpérimentés, c'est vrai, mais eux aussi. » L'objectif est Manassas Junction, nœud ferroviaire où l'armée de Beauregard couvre la route de Richmond derrière la rivière Bull Run. Plus à l'ouest, dans la vallée de la Shenandoah, l'armée de Joseph E. Johnston doit être fixée par les troupes de Robert Patterson pour l'empêcher de rejoindre Beauregard. Patterson échoue : à partir du 19 juillet, une grande partie des hommes de Johnston gagne Manassas par le Manassas Gap Railroad, première utilisation stratégique du chemin de fer dans une bataille.
Déroulement de la bataille
Le mouvement tournant. McDowell, après une escarmouche à Blackburn's Ford le 18 juillet, choisit de déborder la gauche confédérée. Le 21 juillet à l'aube, pendant qu'une division fait diversion au pont de pierre, deux divisions franchissent la rivière plus au nord, à Sudley Ford. Le colonel Nathan Evans, qui tient l'aile gauche sudiste avec un millier d'hommes, comprend la manœuvre et se porte au-devant de l'attaque sur Matthews Hill. Renforcé par les brigades de Barnard Bee et Francis Bartow, il résiste toute la matinée, puis est rejeté vers le sud en fin de matinée.
Henry House Hill. Les Confédérés en retraite se reforment sur la colline de Henry House, où la brigade virginienne de Thomas J. Jackson s'est déployée en retrait de la crête. Selon le récit le plus répandu, Bee rallie ses hommes en désignant Jackson « debout comme un mur de pierre » : le surnom de Stonewall lui restera. Vers 14 heures, deux batteries de l'Union montent sur la colline ; un régiment vêtu de bleu, que les artilleurs nordistes prennent pour des leurs, les fauche à bout portant. Pendant près de deux heures, les attaques et contre-attaques se succèdent autour des canons.
La déroute. En milieu d'après-midi, les dernières brigades de Johnston, arrivées par le train, frappent le flanc droit de l'Union. Les régiments nordistes, épuisés, commencent à se retirer en bon ordre, puis la retraite tourne à la débandade près du pont de Cub Run, où un chariot renversé bloque la route. Soldats, attelages et civils venus de Washington en spectateurs, parmi lesquels des membres du Congrès, refluent pêle-mêle vers la capitale. Les Confédérés, presque aussi désorganisés, ne poursuivent pas.
Pertes
Selon les chiffres retenus par le National Park Service, l'Union perd 460 tués, 1 124 blessés et 1 312 disparus ou prisonniers, soit environ 2 900 hommes. Les Confédérés comptent 387 tués, 1 582 blessés et 13 disparus, soit près de 2 000 hommes. Une civile, Judith Henry, âgée de 85 ans, est tuée chez elle par un obus.
Conséquences
La défaite consterne le Nord. Dès le 22 juillet, le Congrès autorise la levée de 500 000 volontaires engagés pour trois ans, et Lincoln confie le commandement à George McClellan, qui forge l'armée du Potomac et fortifie Washington. Deux unités dont l'engagement de 90 jours expirait avaient quitté l'armée la veille même de la bataille : l'Union s'appuie désormais sur des engagements de longue durée. Le Sud, galvanisé, se persuade de sa supériorité militaire, mais n'exploite pas sa victoire. La bataille révèle aussi aux deux camps les problèmes d'uniformes, encore disparates, de commandement et d'état-major. Plus d'un an plus tard, du 28 au 30 août 1862, une deuxième bataille de Bull Run se déroule sur le même terrain, à nouveau remportée par les Confédérés, cette fois sous les ordres de Robert E. Lee.
Visiter les lieux
- Manassas National Battlefield ParkLe parc couvre les deux batailles de Bull Run ; une boucle pédestre de 1,6 km parcourt Henry House Hill, avec la statue équestre de Stonewall Jackson et la maison Henry reconstruite.
- Stone BridgeLe pont de pierre sur la Bull Run, théâtre de la diversion du matin et de la retraite du soir, a été reconstruit sur ses fondations d'origine.
Questions fréquentes
Pourquoi la bataille a-t-elle deux noms, Bull Run et Manassas ?
Le Nord nommait généralement les batailles d'après le cours d'eau le plus proche (Bull Run), le Sud d'après la localité ou le nœud ferroviaire (Manassas). Les deux noms sont corrects ; le National Park Service emploie Manassas pour le parc.
D'où vient le surnom de Stonewall Jackson ?
Selon la version la plus courante, le général Barnard Bee, qui allait être mortellement blessé, l'a lancé pendant le combat de Henry House Hill pour rallier ses hommes en désignant la brigade de Jackson, inébranlable « comme un mur de pierre ». Le sens exact de la phrase, éloge ou reproche, est discuté, Bee étant mort sans pouvoir s'en expliquer.
Est-il vrai que des civils assistaient à la bataille ?
Oui. Des parlementaires, des journalistes et des habitants de Washington étaient venus en voiture à cheval, avec des provisions, pour assister à ce qu'ils pensaient être une victoire facile. Ils se sont retrouvés pris dans la retraite ; un représentant de New York, Alfred Ely, a même été capturé.