Peuples autochtones d'Alaska
Histoire, culture et territoire d’un peuple autochtone des États-Unis.
- Autonyme
- Iñupiat, Yupiit, Unangax̂, Sugpiat, Dené, Lingít, Xaadas, Ts'msyen…
- Famille linguistique
- Eskaléoute, na-dené, haïda (isolat) et tsimshianique
- États
- Alaska
L'Alaska abrite une vingtaine de langues et des peuples aux modes de vie très différents. Les Iñupiat occupent l'Arctique, les Yupiit (Yup'ik, Cup'ik) le delta du Yukon et de la Kuskokwim, les Yupiget de Sibérie l'île Saint-Laurent, les Unangax̂ (Aléoutes) l'archipel des Aléoutiennes, les Sugpiat (Alutiiq) Kodiak et le golfe d'Alaska, les Athapascans (Dené) l'intérieur ; au sud-est vivent les Tlingits (Lingít), les Haïdas (Xaadas) et les Tsimshians. Le terme « Esquimau », perçu comme péjoratif par beaucoup, est remplacé par les noms propres de chaque peuple ; on parle collectivement d'Alaska Natives, une catégorie distincte des Amérindiens dans les textes fédéraux.
Territoire
Le régime foncier de l'Alaska est unique : à l'exception de Metlakatla, fondée en 1887 par des Tsimshians venus de Colombie-Britannique, il n'existe pas de réserve. Les terres de l'ANCSA appartiennent en pleine propriété à des sociétés autochtones, tandis que plus de deux cents gouvernements tribaux de village sont reconnus par l'État fédéral sans disposer de territoire au sens des réserves. Les sociétés régionales correspondent aux grandes aires culturelles : Arctic Slope, Bering Straits, Calista (Yukon-Kuskokwim), Doyon (intérieur), Sealaska (Sud-Est), entre autres.
Histoire
Les ancêtres des peuples d'Alaska ont été les premiers à franchir la Béringie. Vers l'an 1000, la culture de Thulé, ancêtre des Iñupiat et des Inuits, se répand depuis le détroit de Béring jusqu'au Groenland. En 1741, les expéditions de Béring et de Tchirikov ouvrent l'ère russe. Les chasseurs de fourrures (promychlenniki) prennent en otage des femmes et des enfants pour contraindre les Unangax̂ à chasser la loutre de mer ; épidémies et violences réduisent la population de manière catastrophique. En 1784, le massacre d'Awa'uq, à Kodiak, établit la domination russe sur les Sugpiat. Les Tlingits détruisent le fort russe de Sitka en 1802 avant d'être repoussés en 1804. L'Église orthodoxe s'implante durablement.
Le 30 mars 1867, la Russie vend l'Alaska aux États-Unis sans consulter les habitants, dont les droits fonciers restent indéterminés. Ruées vers l'or, conserveries de saumon et pensionnats transforment les sociétés. En 1912, l'Alaska Native Brotherhood est fondée à Sitka. En 1945, la Tlingit Elizabeth Peratrovich contribue par son discours devant le Sénat territorial à l'adoption de la première loi anti-discrimination des États-Unis. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les habitants d'Attu sont emmenés captifs au Japon, et l'armée américaine évacue de force quelque 880 Unangax̂ vers des camps du sud-est de l'Alaska, où des dizaines meurent ; une loi de 1988 leur accorde des réparations.
La découverte du pétrole de Prudhoe Bay, en 1968, impose de régler la question foncière avant la construction de l'oléoduc. L'Alaska Native Claims Settlement Act du 18 décembre 1971 éteint les titres autochtones contre 44 millions d'acres et 962,5 millions de dollars, confiés non à des tribus mais à douze sociétés régionales et à plus de deux cents sociétés de village, dont les Autochtones sont actionnaires. La loi de 1980 sur les terres d'intérêt national (ANILCA) protège ensuite la chasse et la pêche de subsistance en milieu rural.
Culture et langue
La subsistance (chasse, pêche, cueillette) reste au cœur de l'identité. Les Iñupiat chassent la baleine boréale en umiaq, bateau en peau, et célèbrent la fin de la saison au Nalukataq, avec le lancer sur couverture. Les Yupiit sont connus pour leurs masques de danse et le yuraq, danse au tambour. Les Unangax̂ fabriquaient des visières de chasse en bois courbé et des paniers d'herbe d'une finesse exceptionnelle. Au sud-est, les sociétés tlingit et haïda sont divisées en deux moitiés, Corbeau et Aigle (ou Loup), et en clans matrilinéaires qui possèdent emblèmes, récits et objets (at.óow) ; les potlatchs (koo.éex') marquent les deuils et les transmissions, et les mâts sculptés racontent l'histoire des lignages. Les Athapascans pratiquent aussi le potlatch et un perlage floral réputé. En 2014, l'État a reconnu vingt langues autochtones comme langues officielles, aux côtés de l'anglais.
Lieux à découvrir
- Alaska Native Heritage Center (Anchorage)Centre culturel présentant les grandes aires culturelles, avec maisons traditionnelles grandeur nature.
- Sitka National Historical ParkMâts sculptés tlingits et haïdas, sur le site de la bataille de 1804.
- DenaliLe nom vient du koyukon Deenaalee, « le haut » ; le parc protège des terres athapascanes.
- Kobuk ValleyLe site d'Onion Portage, au bord de la Kobuk, témoigne d'environ 9 000 ans de passages de caribous et de chasseurs.
- Glacier BayTerre ancestrale des Tlingits de Hoonah, dont la maison tribale Xunaa Shuká Hít a été inaugurée dans le parc en 2016.
Questions fréquentes
Faut-il dire Esquimaux ou Inuits en Alaska ?
Ni l'un ni l'autre de façon générale. « Inuit » désigne surtout les peuples du Canada et du Groenland ; en Alaska, on parle d'Iñupiat, de Yupiit ou de Yupiget de Sibérie. « Esquimau », encore employé dans quelques noms d'institutions, est souvent jugé péjoratif.
Pourquoi n'y a-t-il presque pas de réserves en Alaska ?
L'ANCSA de 1971 a choisi de transférer les terres à des sociétés autochtones plutôt qu'à des tribus. Seule la communauté tsimshiane de Metlakatla a conservé une réserve.
Qui était Elizabeth Peratrovich ?
Une militante tlingit dont le discours de 1945 devant le Sénat territorial a permis l'adoption de l'Alaska Anti-Discrimination Act, loi pionnière en matière de droits civiques. L'Alaska lui consacre une journée, le 16 février.