Ojibwés (Chippewas)
Histoire, culture et territoire d’un peuple autochtone des États-Unis.
- Autonyme
- Anishinaabe (pluriel Anishinaabeg)
- Famille linguistique
- Algonquienne
- États
- Minnesota, Wisconsin, Michigan, Dakota du Nord, Montana
Les Ojibwés se nomment Anishinaabeg, « les êtres humains » ; « Chippewa » est une déformation anglaise d'Ojibwé, et les Français les appelaient Saulteux, d'après le Sault Sainte-Marie. Avec les Odawas et les Potawatomis, ils forment le Conseil des Trois Feux. Leur pays s'étend autour du lac Supérieur et du nord des lacs Michigan et Huron, dans le Michigan, le Wisconsin et le Minnesota, ainsi qu'au Canada, de l'Ontario à la Saskatchewan. Partenaires majeurs de la traite des fourrures française, ils comptent parmi les peuples autochtones les plus nombreux d'Amérique du Nord.
Territoire
Aux États-Unis, les nations ojibwées détiennent des réserves dans quatre États des Grands Lacs et des Plaines du Nord : au Minnesota, Red Lake, White Earth, Leech Lake, Mille Lacs, Fond du Lac, Grand Portage et Bois Forte ; au Wisconsin, Bad River, Red Cliff, Lac du Flambeau, Lac Courte Oreilles, St. Croix et Sokaogon ; dans le Michigan, notamment Bay Mills, Keweenaw Bay et Sault Ste. Marie ; dans le Dakota du Nord, Turtle Mountain ; dans le Montana, Rocky Boy's, partagée avec des Cris. Red Lake, jamais lotie, appartient entièrement à la nation.
Histoire
Selon la tradition, les Anishinaabeg vivaient sur la côte atlantique lorsque des prophéties, les Sept Feux, leur enjoignirent de migrer vers l'ouest jusqu'à la terre « où la nourriture pousse sur l'eau », le riz sauvage. Guidés par un coquillage sacré, ils s'arrêtent au Sault Sainte-Marie, puis à l'île Madeline (Mooningwanekaaning), au sud-ouest du lac Supérieur.
Les Français les rencontrent au Sault dès les années 1620-1640. Missionnaires jésuites, coureurs des bois et voyageurs s'installent dans leurs villages ; les mariages mixtes donnent naissance aux communautés métisses. Armés par la traite, les Ojibwés s'étendent vers l'ouest aux dépens des Dakotas : vers 1750, ils prennent le contrôle de la région de Mille Lacs. Alliés de la Nouvelle-France, ils participent au soulèvement de 1763 contre les Britanniques : le 2 juin, des guerriers s'emparent de Fort Michilimackinac en profitant d'une partie de crosse devant ses portes.
Les traités de 1837 et de 1842 cèdent forêts et gisements de cuivre, mais les Ojibwés y conservent le droit de chasser, pêcher et récolter sur les terres cédées. En 1850, des responsables fédéraux déplacent le versement des annuités à Sandy Lake, au Minnesota, pour forcer le départ des bandes du Wisconsin : quelque 400 personnes meurent de faim, de froid et de maladie. Le chef Kechewaishke (Buffalo), parti pour Washington en 1852, obtient le traité de La Pointe de 1854, qui crée des réserves permanentes dans leur pays. La Nelson Act de 1889, au Minnesota, entraîne une perte massive de terres, sauf à Red Lake, qui refuse le lotissement. Au XXe siècle, des militants ojibwés fondent à Minneapolis l'American Indian Movement en 1968. La Cour suprême confirme en 1999 (Minnesota v. Mille Lacs Band) les droits issus du traité de 1837.
Culture et langue
La société est organisée en clans patrilinéaires, les doodemag (Grue, Huard, Ours, Martre, Poisson…), chacun associé à un rôle : chefs, défense, savoir, médecine. La Midewiwin, ou Grande Société de médecine, transmet les savoirs spirituels et médicinaux, consignés sur des rouleaux d'écorce de bouleau gravés. L'écorce de bouleau servait aussi aux canots, aux wiigiwaaman et aux contenants. Le manoomin, riz sauvage récolté à la fin de l'été en canot, en courbant les tiges pour en faire tomber les grains, est une nourriture sacrée ; la récolte de la sève d'érable rythme le printemps. Le perlage floral a valu aux Ojibwés le surnom de « peuple des fleurs ». La robe à clochettes (jingle dress), danse de guérison née dans une communauté ojibwée vers 1918-1920, et le capteur de rêves (asabikeshiinh) sont issus de leur culture. Nanabozho est le héros des récits sacrés.
Lieux à découvrir
- Grand Portage National Monument (Minnesota)Ancien poste de traite des fourrures sur les terres de la bande de Grand Portage.
- Madeline Island Museum (La Pointe, Wisconsin)Musée consacré à l'île sacrée des Anishinaabeg et à la traite française.
- Isle RoyaleL'île, Minong pour les Ojibwés, était fréquentée pour la pêche, le sucre d'érable et le cuivre.
- VoyageursLacs de la frontière canadienne, au cœur du pays ojibwé et de la route des voyageurs français.
- Mille Lacs Indian Museum (Minnesota)Musée et poste de traite géré avec la bande de Mille Lacs.
Questions fréquentes
Ojibwé, Chippewa, Anishinaabe : quelle différence ?
Ce sont trois noms du même peuple. « Chippewa » est la forme anglaise employée dans les traités et le nom officiel de plusieurs tribus ; « Anishinaabe » est l'autonyme, qui englobe aussi les Odawas et les Potawatomis.
Le capteur de rêves est-il un objet ojibwé ?
Oui. L'asabikeshiinh, « araignée », est à l'origine suspendu au berceau des enfants pour les protéger. Sa diffusion commerciale dans le monde entier l'a souvent détaché de son sens.
Que sont les droits issus des traités ?
Les traités de 1837, 1842 et 1854 ont réservé aux Ojibwés le droit de chasser, pêcher et récolter sur les terres cédées. Ces droits, contestés par les États, ont été confirmés par les tribunaux fédéraux dans les années 1980 et 1990.