La religion aux États-Unis : un pays croyant sans Église officielle

Les États-Unis n'ont aucune religion officielle, mais restent l'un des pays riches les plus religieux. Le christianisme y est majoritaire, partagé entre une multitude d'Églises protestantes et une Église catholique qui est la plus importante dénomination prise isolément, tandis que la part des Américains sans religion a fortement progressé depuis les années 1990.

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Le paradoxe américain tient en une phrase : l'État ne finance, ne reconnaît et ne recense aucune religion, et pourtant la foi imprègne la vie publique, de la devise In God We Trust imprimée sur les billets aux prières qui ouvrent les séances du Congrès. Le Census Bureau ne pose aucune question obligatoire sur la religion : les données disponibles proviennent d'enquêtes privées, comme celles du Pew Research Center ou de Gallup.

Des colonies refuges à la liberté religieuse

Plusieurs des treize colonies sont fondées par des minorités religieuses fuyant l'Europe : puritains au Massachusetts (1620-1630), catholiques au Maryland (1634), quakers en Pennsylvanie, autour de William Penn (1681). Ces colonies ne sont pas pour autant tolérantes : le Massachusetts puritain bannit les dissidents, et c'est l'un d'eux, Roger Williams, qui fonde en 1636 le Rhode Island sur le principe de la liberté de conscience. Les huguenots français s'installent aussi dans plusieurs colonies après la révocation de l'édit de Nantes.

Des vagues de renouveau, les « Grands Réveils » (années 1730-1740, puis 1800-1830), diffusent un protestantisme émotionnel, fondé sur la conversion personnelle, qui marque durablement le pays et fait la fortune des baptistes et des méthodistes. Au XIXe siècle naissent des mouvements proprement américains : l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours (mormons), fondée en 1830 par Joseph Smith et installée en Utah à partir de 1847, les adventistes ou les témoins de Jéhovah. En 1906, le réveil d'Azusa Street à Los Angeles lance le pentecôtisme, aujourd'hui répandu dans le monde entier.

La séparation de l'Église et de l'État

La Constitution de 1787 interdit d'exiger une profession de foi pour exercer une fonction publique (article VI). Le 1er amendement (1791) ajoute deux clauses : le Congrès ne peut ni établir une religion (Establishment Clause) ni en interdire le libre exercice (Free Exercise Clause). Thomas Jefferson parle en 1802 d'un « mur de séparation » entre l'Église et l'État. Ces règles ne visent d'abord que le gouvernement fédéral : le Massachusetts finance une Église officielle jusqu'en 1833.

La Cour suprême en a précisé la portée :

ArrêtAnnéeApport
Everson v. Board of Education1947La clause d'établissement s'impose aussi aux États
Engel v. Vitale1962Interdiction de la prière officielle à l'école publique
Lemon v. Kurtzman1971Test en trois critères pour juger les aides publiques aux écoles religieuses
Burwell v. Hobby Lobby2014Une entreprise familiale peut invoquer ses convictions religieuses pour refuser de financer la contraception de ses salariés
Kennedy v. Bremerton School District2022Un entraîneur d'école publique peut prier sur le terrain ; abandon du test Lemon

Depuis les années 2010, la jurisprudence fait davantage de place à la liberté religieuse, y compris pour l'accès des écoles confessionnelles aux aides publiques. La devise nationale In God We Trust (1956) et la mention « sous l'autorité de Dieu » dans le serment d'allégeance (1954), adoptées en pleine guerre froide pour se distinguer du communisme athée, ont été jugées compatibles avec la Constitution.

Le paysage religieux : un marché très divers

Faute d'Église d'État, les cultes fonctionnent comme des associations en concurrence, financées par les dons des fidèles et exonérées d'impôt. Depuis 1954, l'amendement Johnson leur interdit en principe de soutenir officiellement un candidat sous peine de perdre cette exonération. Les grandes familles :

  • Protestants évangéliques : baptistes du Sud (la plus grande dénomination protestante), pentecôtistes, Églises non confessionnelles et megachurches de plusieurs milliers de fidèles. Très présents dans le Sud, la « Bible Belt ».
  • Protestants « historiques » (mainline) : méthodistes, presbytériens, épiscopaliens, luthériens. Dominants jusqu'au milieu du XXe siècle, ils déclinent depuis les années 1960.
  • Églises noires : issues de l'esclavage et de la ségrégation, elles ont été le cœur du mouvement des droits civiques, dont le pasteur baptiste Martin Luther King était la figure centrale.
  • Catholiques : longtemps minorité suspecte, renforcée par les immigrations irlandaise, allemande, italienne et polonaise, puis latino-américaine ; c'est la première Église du pays si l'on compte chaque dénomination séparément.
  • Autres traditions : mormons, très majoritaires en Utah ; juifs, concentrés autour de New York ; musulmans, hindous, bouddhistes et sikhs, dont la présence s'est accrue après la réforme de l'immigration de 1965.

La montée des « sans religion »

La tendance la plus marquante des dernières décennies est la progression des nones : athées, agnostiques et surtout personnes ne se reconnaissant dans aucune religion particulière. Marginale jusqu'aux années 1990, cette catégorie est devenue l'un des plus grands groupes du pays, surtout chez les jeunes adultes, sur les côtes et dans le Nord-Ouest Pacifique. Le recul a principalement touché le protestantisme historique et, dans une moindre mesure, le catholicisme. Les enquêtes de grande ampleur menées au début des années 2020 suggèrent que ce déclin a ralenti, sans retour en arrière. La religiosité américaine reste néanmoins bien plus forte que celle de la France ou de l'Europe occidentale, qu'on la mesure par la croyance en Dieu, la prière ou la fréquentation des offices.

Religion et politique

Tous les présidents ont été chrétiens, et seuls deux étaient catholiques : John F. Kennedy, qui dut affirmer en 1960 devant des pasteurs de Houston qu'il ne recevrait pas d'ordres du pape, et Joe Biden. Depuis la fondation de la Moral Majority par le pasteur Jerry Falwell en 1979, la « droite religieuse » est un pilier du Parti républicain, mobilisée contre l'avortement et le mariage homosexuel. Le comportement électoral suit largement la pratique : les protestants évangéliques blancs votent très majoritairement républicain, les Afro-Américains protestants et les personnes sans religion penchent nettement vers les démocrates (voir partis politiques).

Les questions religieuses reviennent aussi devant les juges : place de la prière à l'école, enseignement de l'évolution face au créationnisme (procès Scopes en 1925, arrêt Edwards v. Aguillard en 1987), exemptions accordées aux employeurs ou aux commerçants croyants.

Laïcité française et séparation américaine

La loi française de 1905 et le 1er amendement américain reposent tous deux sur la séparation, mais pas dans le même esprit. La laïcité française protège d'abord l'État et l'espace public de l'influence religieuse ; la séparation américaine protège d'abord les religions de l'ingérence de l'État. D'où des pratiques qui étonnent un Français : un président qui conclut ses discours par « God bless America », des aumôniers rémunérés par le Congrès, ou le port de signes religieux par les élèves et les fonctionnaires, qui ne pose pas de difficulté juridique.

Questions fréquentes

Quelle est la religion officielle des États-Unis ?

Il n'y en a pas. Le 1er amendement interdit au Congrès d'établir une religion, et cette interdiction s'applique aussi aux États depuis 1947.

Quelle est la principale religion aux États-Unis ?

Le christianisme, majoritaire. Les protestants, toutes Églises confondues, sont plus nombreux que les catholiques, mais l'Église catholique est la plus grande dénomination prise isolément.

Le recensement américain demande-t-il la religion ?

Non. Le Census Bureau ne pose pas de question obligatoire sur l'appartenance religieuse. Les chiffres proviennent d'enquêtes d'instituts privés comme le Pew Research Center ou Gallup.

Qu'est-ce que la Bible Belt ?

La « ceinture de la Bible » désigne les États du Sud et du Sud-Est, du Texas à la Caroline du Nord, où le protestantisme évangélique et la pratique religieuse sont les plus forts.

Sources