La rougeole aux États-Unis : de l'élimination au retour des épidémies

Déclarée éliminée des États-Unis en 2000 grâce à la vaccination, la rougeole y est revenue en force dans les années 2020 : l'épidémie de l'ouest du Texas en 2025, puis des foyers encore plus étendus en 2026, ont porté le nombre de cas à un niveau inédit depuis 1991. En cause, le recul de la vaccination des enfants.

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La rougeole est une maladie virale parmi les plus contagieuses : une personne infectée en contamine 12 à 18 autres parmi les personnes non immunisées. Elle provoque fièvre et éruption, et peut entraîner pneumonie, encéphalite et décès, surtout chez les jeunes enfants. Un pays est dit « en élimination » lorsqu'il n'y a plus de transmission continue sur son territoire, seulement des cas importés et de petits foyers qui s'éteignent.

Vaccin introduit
1963
Deux doses recommandées
depuis 1989
Élimination déclarée
2000
Seuil d'immunité collective
environ 95 % de la population

Des millions de cas à l'élimination

Avant la vaccination, la quasi-totalité des enfants américains attrapaient la rougeole : on estime à 3 à 4 millions le nombre d'infections annuelles, avec environ 400 à 500 décès et des dizaines de milliers d'hospitalisations. Le vaccin, autorisé en 1963 puis combiné avec ceux des oreillons et de la rubéole (ROR, ou MMR en anglais) en 1971, fait s'effondrer ces chiffres. La résurgence de 1989-1991, qui touche plus de 55 000 personnes et fait plus de 120 morts, surtout parmi les jeunes enfants non vaccinés des grandes villes, conduit à recommander une seconde dose et à renforcer les obligations vaccinales scolaires. En 2000, les États-Unis sont déclarés en élimination.

Les grandes épidémies depuis 2000

AnnéeCas confirmés (CDC)Contexte
19919 643Fin de la résurgence de 1989-1991
200086Élimination déclarée
2014667Épidémie dans la communauté amish de l'Ohio
2015188Foyer parti du parc Disneyland, en Californie
20191 274Communautés juives orthodoxes de l'État de New York
202013Pandémie de Covid-19, voyages interrompus
20252 289Épidémie de l'ouest du Texas
2026Total le plus élevé depuis 1991Caroline du Sud, Utah, Arizona…

L'épisode de 2015 conduit la Californie à supprimer, par une loi de 2015, les exemptions vaccinales non médicales pour l'école. Celui de 2019 frôle la perte du statut d'élimination : les chaînes de transmission new-yorkaises ont duré près d'un an. Les données annuelles, consolidées avec quelques mois de décalage, sont publiées par le CDC.

2025 : l'épidémie de l'ouest du Texas

Partie fin janvier 2025 du comté de Gaines, dans l'ouest du Texas, au sein d'une communauté mennonite peu vaccinée, l'épidémie touche 762 personnes dans l'État avant d'être déclarée terminée en août 2025, et se propage au Nouveau-Mexique, à l'Oklahoma et au Kansas. Deux enfants non vaccinés meurent au Texas et un adulte au Nouveau-Mexique : les premiers décès dus à la rougeole aux États-Unis depuis 2015. Sur l'ensemble de l'année 2025, le CDC recense 2 289 cas et 48 foyers épidémiques, le total le plus élevé depuis plus de trente ans.

2026 : une épidémie encore plus étendue

En 2026, le virus circule à grande échelle dans plusieurs foyers, notamment dans le nord-ouest de la Caroline du Sud et à la frontière entre l'Utah et l'Arizona, où une chaîne de transmission se prolonge plus d'un an. Dès le début de l'automne, le nombre de cas de l'année dépasse largement celui de 2025, un niveau sans équivalent depuis 1991, avec des cas dans la quasi-totalité des États. Comme en 2025, l'immense majorité des malades ne sont pas vaccinés ou ont un statut vaccinal inconnu, la majorité ont moins de 20 ans, et environ un malade sur dix est hospitalisé, davantage chez les moins de 5 ans.

Pourquoi la rougeole revient : la baisse de la vaccination

La protection collective contre la rougeole exige qu'environ 95 % de la population soit immunisée. Or la couverture vaccinale ROR des enfants entrant en maternelle, qui atteignait 95 % avant la pandémie de Covid-19, est tombée autour de 92 % au milieu des années 2020, selon les données annuelles du CDC. Les exemptions aux obligations vaccinales scolaires ont atteint des niveaux records. Ces obligations sont fixées par chaque État, qui admet des exemptions médicales, religieuses ou, dans certains cas, philosophiques ; la moyenne nationale masque des poches de faible couverture, dans certaines communautés religieuses ou certains comtés ruraux, où les épidémies démarrent.

Le contexte politique pèse sur le débat. Robert F. Kennedy Jr., critique de longue date de certains vaccins, nommé secrétaire à la Santé en 2025, remplace en juin 2025 l'ensemble des membres du comité consultatif sur les vaccins (ACIP) ; il appelle à la vaccination pendant l'épidémie texane tout en mettant en avant des traitements comme la vitamine A, et la Maison-Blanche plaide pour la séparation du vaccin combiné ROR, une option dont aucun bénéfice n'a été démontré. Ses soutiens défendent la liberté de choix des familles et une remise à plat de la politique vaccinale ; les sociétés savantes, dont l'Académie américaine de pédiatrie, y voient une source de confusion qui fragilise la confiance. Le fonctionnement des institutions sanitaires est présenté sur la page agences fédérales, et le contexte plus large dans notre dossier sur le système de santé américain.

Le statut d'élimination en question

Un pays perd son statut d'élimination lorsqu'une même chaîne de transmission (même génotype du virus) se maintient plus de douze mois. Le Canada l'a perdu en novembre 2025, ce qui a fait perdre son statut à l'ensemble de la région des Amériques, qui l'avait obtenu en 2016. Pour les États-Unis, la question s'est posée dès le début de 2026, un an après le départ de l'épidémie texane : l'Organisation panaméricaine de la santé (OPS) a engagé un examen fondé sur des analyses génomiques, destinées à établir si les foyers du Texas, de la Caroline du Sud et de l'Utah formaient une seule chaîne. Le statut en vigueur est publié par l'OPS et le CDC.

Conseils aux voyageurs français

Le risque pour un voyageur correctement vacciné est très faible. Avant de partir :

  1. Vérifiez votre carnet : en France, deux doses de ROR sont recommandées à toute personne née après 1980, et obligatoires pour les enfants nés depuis 2018.
  2. Rattrapez si besoin : un adulte non vacciné ou vacciné une seule fois peut recevoir les doses manquantes chez son médecin ou en pharmacie.
  3. Bébés : demandez conseil à votre pédiatre ; une dose avancée dès 6 mois peut être envisagée avant un séjour dans une zone d'épidémie.
  4. Sur place : en cas de fièvre élevée et d'éruption, appelez avant de vous rendre aux urgences pour ne pas contaminer d'autres patients. Une hospitalisation coûte très cher aux États-Unis : voyez nos conseils sur l'assurance voyage et la santé en voyage aux États-Unis.

Aucune vaccination n'est exigée pour entrer aux États-Unis en tant que touriste avec un ESTA. Les autres grands enjeux de santé publique sont présentés sur la page société américaine.

Questions fréquentes

Où trouver le nombre de cas de rougeole aux États-Unis ?

Le CDC publie chaque semaine le nombre de cas confirmés de l'année, les États concernés et les foyers actifs sur sa page « Measles cases and outbreaks ». Les départements de santé des États publient le détail local.

Quand la rougeole a-t-elle été éliminée aux États-Unis ?

En 2000, après la généralisation de la seconde dose de vaccin recommandée en 1989. Le statut a été menacé en 2019, puis remis en question par les épidémies de 2025 et 2026.

Faut-il éviter de voyager aux États-Unis à cause de la rougeole ?

Non. Il suffit d'être à jour de ses deux doses de vaccin ROR, ce qui est le cas de la plupart des Français nés après 1980. Consultez les conseils aux voyageurs du ministère des Affaires étrangères avant le départ.

Quels États ont été les plus touchés ?

En 2019, l'État de New York ; en 2025, le Texas, foyer de l'épidémie partie du comté de Gaines ; en 2026, la Caroline du Sud et la frontière Utah-Arizona. Les épidémies démarrent là où la couverture vaccinale est la plus faible.

Sources