Sacagawea

Interprète de l'expédition Lewis et Clark (1788-1812) : un portrait pour comprendre son rôle dans l’histoire américaine.

Mis à jour le

Domaine
Interprète de l'expédition Lewis et Clark
Naissance
1788, Vallée de la Lemhi, territoire shoshone (actuel Idaho), bien avant la création de l'État ; année approximative
Décès
20 décembre 1812

Sacagawea (vers 1788-1812) est la jeune femme shoshone qui accompagne l'expédition de Lewis et Clark jusqu'au Pacifique en 1805-1806, son nourrisson sur le dos. Interprète auprès des Shoshones, elle facilite l'achat des chevaux indispensables à la traversée des Rocheuses, et sa présence signale aux peuples rencontrés le caractère pacifique du groupe. Devenue une icône nationale au XXe siècle, elle reste mal connue : on ignore jusqu'à l'orthographe exacte de son nom.

Biographie

Sacagawea naît vers 1788 chez les Shoshones Lemhi (Agaidika), dans la vallée de la rivière Lemhi, dans l'actuel Idaho. Vers 1800, à environ 12 ans, elle est capturée lors d'un raid hidatsa près des Three Forks du Missouri, dans l'actuel Montana, et emmenée dans les villages hidatsas de la Knife River, dans l'actuel Dakota du Nord. Elle devient l'une des épouses de Toussaint Charbonneau, un trafiquant de fourrures canadien-français.

En novembre 1804, l'expédition de Lewis et Clark s'installe pour l'hiver à Fort Mandan, à proximité. Les capitaines engagent Charbonneau comme interprète, en comptant surtout sur Sacagawea pour parler aux Shoshones, dont ils doivent obtenir des chevaux. Le 11 février 1805, elle donne naissance à Jean-Baptiste Charbonneau, que Clark surnomme « Pomp ». L'expédition repart le 7 avril 1805. La traduction se fait en chaîne : du shoshone vers l'hidatsa (Sacagawea), de l'hidatsa vers le français (Charbonneau), puis du français vers l'anglais.

En mai 1805, lorsqu'une pirogue manque de chavirer, elle sauve des journaux, des instruments et des médicaments. En août, près du col de Lemhi, les explorateurs rencontrent un groupe shoshone dont le chef, Cameahwait, se révèle être son frère : les chevaux sont obtenus. Elle reconnaît des repères de son enfance, sans être la « guide » de l'expédition que décrira la légende. Sur la côte pacifique, elle participe en novembre 1805 au vote sur l'emplacement du camp d'hiver et obtient, en janvier, d'aller voir une baleine échouée. Au retour, en juillet 1806, elle indique à Clark le passage aujourd'hui appelé col de Bozeman.

Après l'expédition, Clark propose d'élever Jean-Baptiste à Saint-Louis, où la famille séjourne. Selon le journal d'un commis de la Missouri Fur Company, la femme shoshone de Charbonneau meurt le 20 décembre 1812 à Fort Manuel, dans l'actuel Dakota du Sud, quelques mois après la naissance d'une fille, Lisette. En 1813, Clark devient le tuteur légal de ses deux enfants.

Héritage

Sacagawea compte parmi les femmes les plus honorées des États-Unis : statues, lacs, sommets et écoles portent son nom, et une pièce d'un dollar frappée à partir de 2000 la représente. Sa légende a été forgée au début du XXe siècle par les militantes du suffrage féminin, qui en ont fait une héroïne guidant les explorateurs vers l'Ouest, image que les historiens ont nuancée. Une tradition orale de la réserve de Wind River, au Wyoming, affirme qu'elle y aurait vécu jusqu'en 1884, mais la plupart des historiens retiennent sa mort en 1812. Son nom fait débat : « Sacagawea », d'origine hidatsa, signifierait « femme-oiseau » ; « Sacajawea » serait d'origine shoshone ; le Dakota du Nord écrit « Sakakawea ». Captive, mariée sans son consentement, elle n'apparaît que dans les journaux des capitaines, qui ne lui donnent jamais la parole directement.

À retenir

  • Elle avait environ 16 ans et un bébé de deux mois au départ de Fort Mandan, en avril 1805.
  • Elle était la seule femme de l'expédition, qui comptait une trentaine de membres permanents.
  • Aucun portrait d'elle n'a été réalisé de son vivant ; le dollar de 2000 s'inspire d'un modèle shoshone contemporain.
  • En 1905, Susan B. Anthony assiste à Portland à l'inauguration d'une statue à son effigie, financée par des militantes du droit de vote des femmes.
  • Son fils Jean-Baptiste Charbonneau, éduqué à Saint-Louis, a vécu six ans en Europe auprès du prince Paul de Wurtemberg.

Lieux de mémoire

  • Sacajawea Interpretive, Cultural and Educational Center, Salmon (Idaho)Centre consacré à sa vie et à la culture des Shoshones Lemhi, dans sa vallée natale.
  • Knife River Indian Villages National Historic Site (Dakota du Nord)Vestiges des villages hidatsas où elle a vécu captive, puis épouse de Charbonneau.
  • Lewis and Clark National Historical Park (Oregon)La réplique de Fort Clatsop, camp d'hiver 1805-1806, près d'Astoria.

Questions fréquentes

Sacagawea était-elle la guide de l'expédition Lewis et Clark ?

Pas au sens de la légende. Elle ne connaissait qu'une partie de l'itinéraire, celle de sa région natale, où elle a reconnu des repères et indiqué des passages. Son rôle essentiel a été celui d'interprète auprès des Shoshones et de « gage de paix » auprès des peuples rencontrés.

Faut-il écrire Sacagawea ou Sacajawea ?

Les deux graphies coexistent. « Sacagawea », la plus utilisée par les historiens et le gouvernement fédéral, s'appuie sur une étymologie hidatsa (« femme-oiseau ») et sur les journaux de l'expédition. « Sacajawea », répandue en Idaho, renverrait au shoshone. Le Dakota du Nord emploie « Sakakawea ».

Quand Sacagawea est-elle morte ?

Très probablement le 20 décembre 1812 à Fort Manuel, sur le Missouri, d'une « fièvre putride » selon le journal du commis John Luttig. Une liste établie par William Clark dans les années 1820 la note également comme décédée. La thèse d'une mort en 1884 au Wyoming repose sur des témoignages oraux.