Le hip-hop, né dans le Bronx en 1973

Le hip-hop est né dans le Bronx, à New York, au début des années 1970, dans les fêtes de quartier des jeunesses afro-américaine et portoricaine. Culture complète – DJ, rap, danse breaking et graffiti –, il est devenu à la fin des années 2010 le genre musical le plus écouté aux États-Unis.

Mis à jour le

Les origines : une fête dans le Bronx

Au début des années 1970, le South Bronx est un quartier sinistré : la construction de la voie express Cross Bronx a éventré des blocs entiers, les incendies se multiplient et la ville de New York frôle la faillite. Les jeunes Afro-Américains, Portoricains et Caribéens y organisent leurs propres fêtes, dans les salles communautaires et les parcs, en branchant les sono sur les lampadaires.

Le 11 août 1973, au 1520 Sedgwick Avenue, un DJ de 18 ans né en Jamaïque, Kool Herc, anime la fête d'anniversaire de sa sœur. Il isole et prolonge, en alternant deux exemplaires du même disque, les breaks de morceaux de funk et de soul, ces passages instrumentaux où les danseurs se déchaînent. Cette date est retenue comme l'acte de naissance du hip-hop. Afrika Bambaataa, fondateur de l'Universal Zulu Nation, et Grandmaster Flash, qui perfectionne le mixage, complètent la « sainte trinité » des DJ fondateurs ; Grand Wizzard Theodore invente le scratch.

Le rap lui-même puise dans une longue tradition afro-américaine : prêches, joutes verbales des dozens, toasts jamaïcains des sound systems, poésie militante des Last Poets et de Gil Scott-Heron. Les MC, d'abord simples animateurs au micro, prennent peu à peu la vedette sur les DJ.

Les grandes époques du hip-hop

PériodeÉpoqueCaractéristiquesFigures
1973-1979NaissanceFêtes de quartier, DJ, breakdance, graffitiKool Herc, Afrika Bambaataa, Grandmaster Flash
1979-1985Old schoolPremiers disques, boîtes à rythmes, premiers textes engagésSugarhill Gang, Grandmaster Flash and the Furious Five, Kurtis Blow
1986-1994Âge d'orÉchantillonnage, diversité des styles, conscience politiqueRun-DMC, Public Enemy, Rakim, De La Soul, A Tribe Called Quest
1988-1997Côte Ouest et rivalitésGangsta rap de Los Angeles, G-funk, rivalité Est-OuestN.W.A, Dr. Dre, Snoop Dogg, Tupac Shakur, The Notorious B.I.G.
1995-2010Le Sud et la domination commercialeAtlanta, Houston, La Nouvelle-Orléans, Memphis ; naissance de la trapOutKast, UGK, Lil Wayne, T.I., Jay-Z, Eminem
Depuis 2010Ère du streamingHybridation avec la pop et le R&B, scènes régionalesKanye West, Kendrick Lamar, Drake (canadien), Nicki Minaj

Le hip-hop s'est vite affirmé comme un média : Chuck D, de Public Enemy, le décrivait comme « le CNN de l'Amérique noire ». En 2018, l'album DAMN. de Kendrick Lamar a reçu le prix Pulitzer de musique, une première pour une œuvre ne relevant ni de la musique classique ni du jazz.

Les albums essentiels

TitreArtisteAnnée
Rapper's Delight (maxi 45 tours)The Sugarhill Gang1979
The Message (maxi 45 tours)Grandmaster Flash and the Furious Five1982
Raising HellRun-DMC1986
It Takes a Nation of Millions to Hold Us BackPublic Enemy1988
Straight Outta ComptonN.W.A1988
3 Feet High and RisingDe La Soul1989
The ChronicDr. Dre1992
Enter the Wu-Tang (36 Chambers)Wu-Tang Clan1993
IllmaticNas1994
The Miseducation of Lauryn HillLauryn Hill1998

Les lieux du hip-hop

Le hip-hop est une culture de quartiers plus que de musées. Ses hauts lieux se découvrent de préférence avec un guide local, en particulier dans le Bronx.

  • 1520 Sedgwick Avenue, dans le Bronx : un immeuble d'habitation ordinaire, reconnu officiellement comme berceau du hip-hop. On le regarde depuis la rue.
  • Le Bronx et Harlem : parcs où se tenaient les premières block parties, fresques murales, et l'Apollo Theater, dont les soirées amateurs ont révélé de nombreux rappeurs.
  • Queens et Brooklyn : Hollis, quartier de Run-DMC et LL Cool J ; Bedford-Stuyvesant, celui de The Notorious B.I.G. et de Jay-Z (cité de Marcy).
  • Compton et South Central, à Los Angeles : berceau du gangsta rap et de Kendrick Lamar.
  • Atlanta, capitale du rap sudiste et de la trap depuis les années 2000.
  • Le National Museum of African American History and Culture, à Washington : sa galerie musicale consacre une large place au hip-hop.

Le hip-hop et la France

La France est l'un des premiers pays à avoir adopté le hip-hop. Dès 1982, la tournée New York City Rap, avec Afrika Bambaataa, passe par Paris ; en 1984, TF1 diffuse l'émission H.I.P. H.O.P., présentée par Sidney, qui fait découvrir le breakdance à toute une génération. Les terrains vagues de La Chapelle, à Paris, deviennent un lieu de rassemblement pour graffeurs, danseurs et DJ.

Le rap français s'impose au début des années 1990 avec MC Solaar, NTM et IAM, groupe marseillais dont L'École du micro d'argent (1997) reste un classique. Au milieu des années 2010, le rap est devenu le genre le plus écouté en France, qui compte parmi les plus grands marchés du rap hors des États-Unis. Le rap français a toutefois sa propre identité : tradition littéraire, influences de la chanson et des musiques africaines.

Le hip-hop doit ses premiers échantillons à la soul, au funk et au jazz, et son art du récit au blues. Vue d'ensemble : la musique américaine.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre hip-hop et rap ?

Le hip-hop est une culture qui réunit quatre disciplines : le DJing, le rap (ou MCing), la danse breaking et le graffiti. Le rap est l'art de scander des textes rimés sur un rythme ; c'est l'élément du hip-hop qui est devenu un genre musical à part entière.

Qui a inventé le hip-hop ?

DJ Kool Herc est considéré comme son fondateur, pour la fête du 11 août 1973 au 1520 Sedgwick Avenue. Afrika Bambaataa et Grandmaster Flash ont joué un rôle aussi décisif dans les années suivantes.

Quel a été le premier disque de rap ?

Rapper's Delight du Sugarhill Gang (1979) est le premier succès commercial. King Tim III du Fatback Band, sorti quelques semaines plus tôt la même année, est parfois cité comme le premier disque comportant du rap.

Peut-on visiter le berceau du hip-hop à New York ?

Oui, mais 1520 Sedgwick Avenue est un immeuble résidentiel qui ne se visite pas de l'intérieur. Des visites guidées du Bronx et de Harlem, souvent menées par des figures de la culture hip-hop, permettent de découvrir les lieux historiques.

Sources